Nick Cave and The Bad Seeds@ Paris Le Trianon


On pensait devoir attendre plusieurs mois pour espérer voir Nick Cave et ses Bad Seeds remonter sur une scène française. Finalement, divine surprise, l'Australien a fait de Paris et du Trianon l'une de ses toutes premières destinations pour dévoiler son nouvel album, en avant-première et en intégralité qui plus est. Autant dire qu'il fallait (avoir la chance d') y être.

Si le Trianon a un charme un peu désuet, cette salle a au moins la vertu de ne pouvoir accueillir qu’un gros millier de spectateurs. Pour véritablement profiter d’un concert, c’est parfait. Et justement, le concert du soir avait un côté exceptionnel : Nick Cave et les Bad Seeds n’étaient plus remontés sur scène tous ensemble depuis plusieurs années et allaient se livrer à un exercice atypique : interpréter « Push The Sky Away », leur nouvel album à sortir le 18 février, dans l’ordre et en intégralité. Interpréter un album que le public ne connaît pas encore, ou peu, n’est pas sans risques, et ce (on aura l’occasion d’y revenir lors de sa sortie) d’autant plus que « Push The Sky Away » est un disque ambitieux, sophistiqué, délicat et plutôt intimiste. Mais, après la diffusion d’un petit film où l’on voit le groupe en plein travail à La Fabrique de St Remy de Provence où a été enregistré l’album,  dès l’entrée en scène, on comprend vite que l’affaire a été plus que bien préparée : les Bad Seeds sont là (Thomas Wydler, malade, en moins quand même et dont Nick Cave regrettera l’absence), appuyés par une section de cordes, deux choristes féminines et un choeur d’enfants anglais. Dès les premiers accords, le son est impeccable, chacun joue sa partition à la perfection et surtout, Nick Cave survole les débats. Sa présence est magnétique, les mains dans les premiers rangs se tendent, presque implorantes, dès son entrée en scène, sa voix est plus belle que jamais. « La mode est au shuffle mais nous, nous allons jouer notre nouvel album dans l’ordre » lance-t-il, un sourire aux lèvres. Bien sûr, les morceaux de ce nouvel album vont certainement évoluer au fil du temps et des concerts, mais déjà, de grands moments se dégagent : Waters Edge et ses cordes sont magnifiées par le chant imprécateur de Nick Cave, Jubilee Street et son final en apothéose remporte tous les suffrages et s’inscrit immédiatement dans les classiques du groupe en live. Au passage, on admire la présence de Warren Ellis, plus Paganini que jamais quand il prend son violon, et parfait dans son rôle de chef d’orchestre, Jim Sclavunos impressionne par son toucher subtil derrière ses fûts et, évidemment Nick Cave remplit l’espace en arpentant la scène, en venant se pencher sur les premiers rangs. Très à son avantage, il échange beaucoup avec le public, plaisante. Higgs boson blues est un autre grand moment, sa structure ascensionnelle laissant toute latitude à Nick Cave de faire enfler sa voix et d’égrener ses paroles hallucinées, qui font référence aussi bien à Robert Johnson qu’à Miley Cyrus (fallait oser).

Mais une fois les neuf morceaux de « Push The Sky Away » interprétés, pas question d’en rester là ! « Maintenant, on va jouer d’autres trucs », lance Nick Cave avant d’entamer From Her To Eternity. Commence alors un véritable feu d’artifice qui va voir la troupe enchaîner les morceaux de bravoure : The Ship Song, Red Right Hand, Jack The Ripper, The Mercy Seat, n’en jetez plus… Certes, enfiler tous ces titres que le public connaît et acclame depuis de nombreuses années pourrait être une ficelle pour remporter les suffrages à moindres frais. Sauf qu’à aucun moment Nick Cave ne tombe dans la banalité. Il interprète tous ces morceaux avec une fougue, une intensité et une fraîcheur bluffante, se déhanche dans tous les sens, infatigable, et harangue sans cesse son groupe qui à aucun moment ne baisse de pied ou donne l’impression de jouer en pilotage automatique. Il faut voir Jim Sclavunos martyriser ses fûts sur Jack The Ripper, Martyn Casey faire chalouper sa basse pour comprendre que ces types prennent un plaisir immense à jouer ensemble et restent un des meilleurs groupes en activité. Et puis, bien sûr, il y a la facilité à passer du déluge de Deanna à la délicatesse d’un Love Letters, sur lequel Nick Cave se met au piano, car la force première de l’Australien, c’est évidemment la richesse, la profondeur et la diversité de son répertoire. A la sortie de scène, les acclamations sont généreuses, spontanées, et en rappel, le public se verra gratifier d’un Stagger Lee foudroyant. Deux heures de live, de l’inédit, des grands moments par un groupe et un chanteur au meilleur de leur forme. Que demander de plus ?

Rédacteur en chef