Présences Électroniques


Pour la deuxième année consécutive, à l?initiative du Groupe de Recherches Musicales de l?Institut National de l’Audiovisuel et de Radio France, le festival ?Présences Électroniques? propose de faire découvrir créateurs, chercheurs et autres explorateurs en musiques électroniques, dans une salle au système sonore impressionnant, l?Acousmonium de la Salle Olivier-Messiaen de la Maison de la Radio, […]

Pour la deuxième année consécutive, à l?initiative du Groupe de Recherches Musicales de l?Institut National de l’Audiovisuel et de Radio France, le festival ?Présences Électroniques? propose de faire découvrir créateurs, chercheurs et autres explorateurs en musiques électroniques, dans une salle au système sonore impressionnant, l?Acousmonium de la Salle Olivier-Messiaen de la Maison de la Radio, à côté duquel le 5.1 fait figure de bien belle rigolade.

La bonne idée également est de donner accès à ces conditions exceptionnelles au plus grand nombre, c?est la raison pour laquelle cet événement est gratuit. C?est donc une file d?attente de plusieurs centaines de mètres qui s?étire dans le froid, depuis la porte d?entrée, chacun espérant être l?un des heureux privilégiés de l?une de ces séances tout à fait particulières.

Un public plutôt 25-35 ans, même si l?on retrouve quelques seniors barbus qui ont souhaité prolonger les expériences des deux jours précédents, qui présentaient entre autres des ?uvres de Pierre Henry, Ryoji Ikeda, Oval, Kasper T. Toeplitz ou Bernard Parmegiani. En ce samedi, honneur est fait à la jeune garde, à commencer par Robert Hampton.

Ce musicien anglais, qui a créé Main en 1990 sur les cendres de son précédent groupe, Loop, utilise principalement des sonorités dérivées de la guitare, agrémentant l?ensemble de crépitements, de bruits déformés qu?il fait circuler dans la salle via les multiples enceintes. Il développe ainsi une ?ambient? fort appréciable qui tire vers la musique électroacoustique. Ce sera sans aucun doute celui qui aura le mieux exploité les conditions acoustiques de l?Acousmonium.

L?allemande Antye Greie qui sévit sous le nom de AGF propose un enchaînement de pièces proches de l?electronica sur lequel elle chante parfois, d?une voix relativement mono-tonale. Exploration artistique, manipulations en direct, entre pop malmenée et poésie contemporaine, dissimulée sous une sorte de capuchon de moine-anorak, sa démarche séduit même si elle semble parfois un peu nous perdre.

Depuis le milieu des années 1990, le japonais Yoshihiro Hanno, multiplie les expériences électroniques, acoustiques et les bandes originales. Des « Fleurs de Shangaï » au magnifique « Platform », en passant par des réalisations pour les labels Progressive Form, Cirque et quelques entités européennes, on le croise régulièrement sous son nom ou son pseudonyme Radiq. C?est cette alliance qu?il propose ce soir en alternant les éléments sonores. La sobriété vibrante de cordes, la simplicité d?une guitare sèche, les notes éthérées d?un piano se trouvent confrontées à des grésillements, craquements et autres bruits parasites qui passent d?une enceinte à l?autre. Le public, déjà sensible à son travail, aura su apprécier.

Après un entracte d?une demi-heure, nécessaire pour modifier l?installation de la salle, le duo Pan Sonic passe derrière les machines pour réaliser la prestation la plus éprouvante de cette soirée. Plus d?une heure de sons abrupts, parfois étrangement amenés, au point que l?on se demande si la chose est faite exprès. Dommage, car certains développements sont d?une rare intensité et créent une richesse indéniable tout en suscitant un certain malaise intéressant. Cette impression d?enchaînement de titres comme sur un disque est néanmoins regrettable, alors que l?on parle de création pour l?occasion. La longueur ainsi que cette imperfection non voulue auront largement terni cette prestation pourtant prometteuse.

Heureusement, Amon Tobin permet de terminer ce troisième jour du festival sur une bien meilleure impression. Ce pilier du label Ninja Tune propose des pièces qui font peu appel à l?acoustique de la salle, néanmoins ce mélange de jazz, de drum?n?bass, et d?abstract séduit et se retrouve sans aucun doute sur les mêmes sentiers glorieux que le « Endtroducing » du sieur DJ Shadow. Il conclut une belle soirée qui a demandé une attention de tous les instants à l?auditeur parfois malmené. Angleterre, Allemagne, Finlande, Japon et Brésil, tous ont été célébrés : l?Internationale électro était sans aucun doute en marche, ce soir !

Chroniqueur
  • Publication 73 vues11 mars 2006
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