Rodolphe Burger @ Le BBC – 14 Avril 2017


Le ballet des mots et de la main droite.

Il aura fallu patienter jusqu’en avril pour démarrer notre saison live dans la région caennaise, qui souffre d’une programmation indé pour le moins famélique. Mais comme dit le vieil adage, tout vient à point à qui sait attendre. Et de fait cette soirée aura su, sur presque trois heures, nous enchanter comme si c’était notre première.

Tout démarre avec Fred Atome, rejeton du projet local Undobar (duo de guitare sèches aux accents métalleux). Le jeune homme va livrer une prestation solide en one man band. Armé de sa guitare, ses percussions et ses boucles, le garçon déclame un blues viril, moderne et légèrement psychédélique, une musique qui habillerait à merveille un film ou une série de bad boys. Bien entendu, le schéma one man band offre quelques limites, surtout face au public bas normand réputé pour être des plus froid, mais l’artiste aura su maintenir un set prenant, dépassant largement le simple le rôle de faire valoir.

Après ces quelques riffs bien sentis, entre en scène le héros de la soirée accompagné de son batteur et de sa multi-instrumentiste (clavier, contrebasse …). Tous trois occuperont exclusivement le tout devant de la scène. Perché sur son tabouret, l’artiste va alors déclamer son blues cérébral avec un jeu et une prestance majestueux à un point que l’on ne soupçonnait pas. D’une voix sombre et gutturale, l’homme et son aura prennent lentement possession de l’ambiance en toute aisance, sans forcer. La puissance du verbe, anglais, allemand ou français, tient peut-être du background de l’homme (ancien prof de philo) mais s’il y a un bien quelque chose qui se dégage de sa voix, c’est de la puissance et du sens. Bien que faisant la part belle à sa dernière sortie “Good”, l’artiste nous fera ressentir la même chose sur des productions plus anciennes (comme les vestiges de Kat Onoma ou l’inévitable et inoubliable Samuel Hall).

Sur chacun de ces titres, un pan de l’art de Burger, qui ne semble pas si flagrant à l’écoute des albums studio, va nous frapper en plein visage. A la manière d’un Hendrix, il manie sa guitare avec virtuosité, comme si celle-ci n’était qu’une excroissance de son corps. Nous aurions pu rester l’ensemble du concert à fixer sa main droite qui semblait dessiner un ballet chorégraphié, ample et aérien.

Encore une fois, nous nous sentons tout penauds d’avoir eu besoin de Bashung pour connaître cet artiste passionnant et passionné, une chance pour lui que d’autres furent plus avisés. En tout cas, de tels moments montrent le garçon, pourtant d’une timidité flagrante sur scène, sous un jour plus animal, plus rock tout en conservant la beauté comme vecteur d’expression. Un instant plus essentiel qu’il n’y paraît pour s’immiscer dans le travail fouillis de l’artiste.

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  • Publication 633 vues20 avril 2017
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