Rock En Seine 2004


Annoncée comme un événement musical incontournable de la fin de l’été, cette deuxième édition du seul gros festival rock en plein air de Paris (enfin… dans le joli Parc de Saint-Cloud) fût, en effet, un succès au niveau de l?affluence. La programmation laissait présager ce raz de marée humain. Cependant, le premier sentiment à l’arrivée […]

Annoncée comme un événement musical incontournable de la fin de l’été, cette deuxième édition du seul gros festival rock en plein air de Paris (enfin… dans le joli Parc de Saint-Cloud) fût, en effet, un succès au niveau de l?affluence. La programmation laissait présager ce raz de marée humain.

Cependant, le premier sentiment à l’arrivée à 15 h sur le site, fût la colère. Comment peut-on soumettre cette foule à 1h30 d’attente à l’entrée de Rock En Seine ? Reconnaissons d’ailleurs l’exceptionnelle patience des festivaliers qui râlent, soit, mais savent se contenir, d’autant qu’ils viennent de manquer les prestations des trois premiers groupes (sur 11 !). Un vrai défaut d’organisation pour un festival qui, une fois dans l’enceinte du parc s’avère très chaleureux.

Vendredi 27 septembre

Donc, une fois l’énervement ravalé (bien qu’il faille une demi-heure supplémentaire pour avoir une bière trop onéreuse…) je peux assister à mon premier concert, The Roots, sur la grande scène. Un véritable groupe avec 2 guitares, 1 basse, batterie, synthés… Porté par l’accueil dithyrambique de « The Tipping point » leur dernier disque, le groupe s’avère fait pour la scène révélant toute l’étendue de leur savoir faire rock, funk et bien sûr hip-hop. Mené par Black Tought la formation fait preuve de beaucoup d?aisance et enchaîne sans temps morts leur répertoire grâce principalement à leur impressionnante section rythmique (le leader guestlove à la batterie et Hubb à la basse), le tout ponctué de solos et d?impros.

Dans un même temps Electrelane jouait sur la Scène de la Cascade, à l’opposée donc (ce qui impose de faire des choix tout au long du festival). Sur scène le groupe se montre beaucoup plus agressif que sur leur très bon premier disque. Le son est sec, sinueux, un héritage new-yorkais qui rappelle The Feelies. On retournera les voir.

New-York toujours avec Sonic Youth qui succède aux Roots (qui ce sont montrés un peu poussifs sur la fin). L’expérience scénique du groupe (allez faire un tour sur leur chouette site) est flagrante. Alors soit, ils ont la quarantaine passée mais ils font preuve d’une belle énergie et d’une formidable musicalité. Avec Jim O’Rourke en nouveau membre de luxe, le groupe créé une vrai toile d’arpèges et de larsens. Dès le troisième titre, ils nous gratifient d?une destruction sonore bleuffante. Thuston Moore et Lee Ranaldo frottant leurs instruments sur chaque montant de la scène… et s’en est beau ! En s’excusant presque de ne pouvoir jouer plus longtemps, le groupe termine le set avec un « Brother James » foudroyant, chanté par une Kim Gordon théâtrale. Une gifle.

The White Stripes furent très attendus, probablement le point de mire de cette journée. Le son est massif, pas toujours très distinct (ce qui est propre à ce genre de manifestation). Jack White se montre très en verve et assure à lui seul le spectacle grâce notamment à ses talents de guitariste. Car Meg White ne l?aide pas particulièrement tant son jeu est approximatif et bancal. Alors soit l’ombre de cette jeune femme projetée sur la toile de fond est du meilleur effet, mais on se demande encore comment elle a pu terminer le set…

Enfin, pour clore cette première journée, la Grande Scène eut les honneurs des The Chemical Brothers. Le son est gargantuesque, les lights virevoltants, le premier titre, « Hey Boy hey girl » fédère immédiatement l?audience. Mais tout ceci devient vite saoulant… tout cette artillerie semble un peu désuète, très associée aux années 90. Une formule répétitive seulement ponctuée de vrais bon morceaux (Musique : Response, énorme). A force de les voir systématiquement lors de tels événements, on s?en lasse.

Pas vus : Joss Stone, Mike Patton et Rhazel (annulé), Wax Poetic, Flogging Molly, Daniel Darc,Blanche, Yann Destal (pas envie).

Samedi 28 septembre

L’invitée surprise de ce samedi fût la pluie qui transforma rapidement le lieu en véritable bourbier. Bienvenu dans l’esprit des festivals anglais fondateurs comme Reading ou Glastonbury.

En début d’après midi, Nosfell présenta un show très maîtrisé. Pour l’essentiel, la mise en scène repose sur les postures (sur un pied) et expressions du visage de l’artiste interprétant des morceaux à la guitare et à la voix, entrecoupés de danses animales, de déhanchements et de grimaces (qui semblaient tout autant improvisées que parties intégrantes du récit), avec quelques incursions sobres et soignées d’un second musicien alternant violoncelle et guitare. Les compositions et l?interprétation ont sans aucun doute séduit le public, visiblement impressionné par des capacités vocales démultipliées (du plus guttural au plus cristallin) et une telle audace artistique. Quand on pense que cette énergumène n’a sorti qu?un disque autoproduit… Un ovni !

Pas évident pour Buck 65 de succéder, toujours en solo sur la grande scène du festival, à Nosfell. Buck 65 dispose en outre de peu d’accessoires scéniques: pas de musiciens, pas d’instrument. Il lâche le micro, peut-être trop rarement à mon goût, pour titiller les platines, avec brio il faut le dire. C’est classe, peut-être un peu trop. Le canadien tente également le second degré : il se lâche à sa manière en improvisant des pas de kung-fu amateur (vraiment très amateur) ou en singeant des plantages dans le mix, avec arrêts brusques en plein morceaux, notamment quand il reprend No one knows des QOTSA. Le public n’a pas toujours saisi (moi non plus d’ailleurs). Humour de DJ…?

Les groupes qui eurent la chance de jouer sur la Grande Scène ne furent pas toujours salués avec ferveur. Radio 4 en fit l’expérience. Malgré leur dépense d’énergie (l’efficace mélange funk/punk très en vogue), la réaction du public fut assez réservée (excepté pour leur tube Dance to the underground joué en fin de set). Et compte tenu de la mine déconfite du bassiste, cette relative indifférence n’a pas dû laisser un bon souvenir aux new-yorkais.

En remplacement des pourtant attendus Black Rebel Motorcycle Club (annulé), nous eûmes droit à la canadienne Melissa Auf Der Maur. Celle-ci, très heureuse de se retrouver ici, communique beaucoup avec le public, faisant preuve de beaucoup de charisme, au contraire de ses musiciens, effacés (à l’exception du batteur, qui cogne vraiment). Musicalement ça ne suit pas forcement, les chansons manquant de relief (le titre en français, très faible). Seuls les morceaux les plus métal parviennent à convaincre un moment. Mais elle est très jolie… ça…

Nous arrivons à la seconde fausse note de ce festival, après l’attente interminable réservée aux festivaliers le vendredi : pourquoi programmer quasiment simultanément les deux têtes d’affiche de ce samedi, à savoir Muse et Archive ? Absurde d’autant qu’Archive se voit attribuer la Scène de la Cascade dont l’envergure ne permet pas à tout le public d?apprécier le spectacle… Très regrettable.

La prestation d’Archive (d’après les quatre titres auxquels j’ai eu droit) fût pourtant convaincante faisant la part belle aux deux derniers disques. Le groupe (guitares, batterie, basse et machines) s’affirmant davantage dans une esthétique rock, grâce surtout à leur chanteur present depuis You all look the same to me. Malgré des tempos lents les anglais font preuve de beaucoup d’énergie, rendant le set intense. C’est alors que débuta la grande migration vers la Grande Scène…

Un aveu préalable s’impose, je ne suis pas un féru de Muse, or, à la vue des cohortes d?ados affublés de tee-shirts arborant le nom de leur groupe favori, je suis pas idéalement placé pour juger avec à propos de ce déluge. De tout le festival, Muse possède le son le plus massif. Euh… non… pas massif… tellurique. Ils sont trois pourtant… Show gigantesque, tubes enchaînés qui comblent tous le monde (repris en coeur), un Matthew Bellamy théâtral multipliant les effets guitaristiques (tapping et tout l’attirail, très bon musicien), maîtrise totale… bref, plein la vue (oui, parce que les lumières sont au diapason). Ajoutée à cela la pleine lune juste au dessus de la scène… z’ont tout pour eux ces types ! Moi je trouve ça excessif et grandiloquent à l’écoeurement mais se serait pris pour un affront…

Je suis resté 45 minutes (dont 20 abasourdi) puis je suis aller rejoindre les quelques centaines de spectateurs venus voir Hoggboy prévu en début d’après midi mais retardés dans l’Eurostar et décalé en fin de festival. Vraiment peu de monde. Le chanteur du combo de Sheffield s’en amusera : « You don’t like Muse ?? oh yeah ! ». La balance terminée juste avant de monter sur scène, les quatre gars déversèrent leur rock garage simple mais efficace (plusieurs très bons titres) avec une belle énergie communicative. A noter, le slam d’un type sur une chaise longue. Très drôle. Très agréable pour clore ces deux jours.

Pas vus : Mr. Vegas, Kaolin, Colour of Fire, Zero 7.

En résumé, ce festival, situé sur un site idéal possède un avenir radieux tant le public s’est montré nombreux (48 000 personnes) et enthousiaste. La programmation s’affine et on en vient vite à espérer un troisième jour, voire une troisième scène (soyons fous). Just gimme indie rock !

Par Marie et

Chroniqueur
The White Stripes