Sans titre – 2006-01-23 – Paris [La Flèche d’Or]


Los Chicros, qu?on aura connus plus barbus, investissent la scène vers 21h30 pour un set sans fioriture, déroulant leur pop électrique et dépressive face à une assistance à moitié réceptive. La prestation sera courte, mais le groupe semble surtout là pour garder la main. On pourrait même s?ennuyer un peu si une poignée de midinettes […]

Los Chicros, qu?on aura connus plus barbus, investissent la scène vers 21h30 pour un set sans fioriture, déroulant leur pop électrique et dépressive face à une assistance à moitié réceptive. La prestation sera courte, mais le groupe semble surtout là pour garder la main. On pourrait même s?ennuyer un peu si une poignée de midinettes toutes excitées d?avoir pu braver la vigie des videurs n?attirait pas l’attention en venant gentiment pogoter sous le nez du groupe. Ce dernier envoie d?ailleurs un ultime morceau, apparemment fraîchement composé, avant de quitter la scène, discrètement.

Narrow Terence, jeune groupe parisien au côté baba-cool-grungy légèrement cliché prend la suite. Il entame son concert par une petite ritournelle guitares, guitares-banjo, violon et chant jouée au milieu du public, accompagné par Jesse D. Vernon et Kate de Morning Star. Passant sur scène, le groupe enchaîne aux antipodes avec un morceau rentre-dedans aux accents bluesy façon Blues Explosion. On se dit alors que le concert s?annonce plutôt bien. Hélas, le reste sera bien plus anecdotique, le groupe donnant dans une pop lo-fi aux tonalités dépressives pas très emballante, voire irritante par moment. Bizarrement, le groupe finit le concert comme il l?avait entamé, avec un excellent titre. Mais impossible d?oublier la frustration qui a précédé, et surtout un set longuet. On retiendra des éclairs prometteurs.

Morning Star se fait donc attendre avec impatience et Jesse D. Vernon ne tarde pas à investir les lieux, accompagné de sa jolie comparse Kate et? des petits gars de Narrow Terence recyclés à la batterie (pour le chanteur) et à la basse (pour le guitariste). Deux ou trois phrases baragouinées en français suffisent au chanteur de Brighton pour se mettre l?audience dans la poche et l?on comprend que décidément, le charisme, ça ne s?apprend pas. Ou pas complètement. Avec sa dégaine mi-nerd mi-dandy, on se demande ce que ce garçon peut bien avoir de spécial pour se retrouver là. Lui ne tergiverse pas et embraye sur un folk-rock-country (Sunbeam, Great Day) à la fois complexe et étonnament « catchy ». Avec un sens accru de la transition brutale, il s’autorise des envolées psychés aux accents destroy très « velvétiens » (Going Home) ou des solos à la limite du rockabilly, sans que jamais tout cela ne sonne maladroit. On n?ose à peine y croire, tant le mélange, a priori improbable, fonctionne à merveille, avec un art du grand écart sidérant. Faire passer la country pour le genre le plus branché qui soit, ça n?est quand même pas rien. A l?évidence, Jesse D. Vernon est surtout un grand songwriter. Chanteur à la voix suave, guitariste inspiré, il a ce talent pour provoquer des petits miracles à partir de chansonnettes anodines, auxquelles la jolie voie de Kate, sa choriste (quand elle n?est pas à la trompette ou à la guitare-banjo), ajoute une délicieuse touche de sensualité. Le concert s’achève d?ailleurs par un rappel à deux, devant un public conquis.

Au final, on a ce sentiment qu’assister à un concert de Morning Star, cela revient un peu à faire une virée dans les décombres poussiéreux de la musique populaire anglo-saxonne des cinquante dernières années : partir sur le chemin pavé des pionniers, et se laisser porter par des échappées tortueuses et délurées dans des contrées aux sonorités alcoolisés et sombres. Et rentrer au petit matin, plein d?une ivresse étoilée…

Chroniqueur
  • Publication 79 vues23 janvier 2006
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