On a aussi écouté Fred Signac – Signac

Voici un album que l’on peut qualifier sans risque d’outrance, de chef d’oeuvre. Et ce pour plusieurs raisons. Fred Signac nous livre ici l’album des hommes brisés. Mais qui donnent tout à leur art. Dans une discrétion remarquable. Une pudeur et un talent que l’on ne rencontre que si peu.

Il y a la musique. Noire, électronique, électrique, minimaliste, tendue. Une musique urbaine qui emporte avec elle tout ce que la musique populaire a pu générer de plus fort ces derrières années. On y devine l’inquiétant et lancinant trip-hop de Massive Attack, la simplicité bouleversante des premiers The xx, le blues moderne et sombre de Legendary Tigerman.

Il y a la voix de Signac. Incroyable, grave et expressive comme jamais, aux limites du chant et du spoken words que n’aurait pas renié Kerouac ou Burroughs. Fred Signac est un immense chanteur, qui s’est hissé, au fil de ses albums, au niveau d’Alain Bashung.

Il y a les paroles signées Joël Rodde – à l’exception d’une, que l’on doit à Eric Signor – et quelles paroles ! Cette plongée dans les tréfonds de la solitude, du deuil, de la résurrection est tout simplement renversante. Cette poésie forgée dans l’intimité la plus désespérée possède pourtant une énergie paradoxale qui nous montre un chemin. Ce parcours sonorisé par la musique ultra-hypnotique, le chant douloureux et fascinant de Signac, c’est celui de la mort. Et de la renaissance aussi. Un disque beau, terrible, effondré, qui possède la force d’un roman. Un roman, comme trempé dans La Divine Comédie.

Un autre disque majeur pour une année qui décidément est très riche pour la scène française.

Yan
Chroniqueur
Fred Signac - Signac