Troy_Von_Balthazar-Knights_Of_Something

Knights of Something


Un album de sorti en chez .

7

La science de la fragilité ou le murmure artistique...

La sortie d’une nouvelle production de Troy Von Balthazar constitue toujours un réel événement dans notre monde de l’indé, c’est un fait. Chanteur du groupe culte Chokebore dont l’influence fut citée par des personnalités telles que Kurt Cobain, Troy vole de ses propres ailes depuis déjà 3 albums. Trois disques soumis à la personnalité de touche-à-tout Do It Yourself de leur géniteur, moins rock que les productions du groupe hawaïen, plus dans une veine folk contrariée.

Peut-être moins aventureux sur ce “Knights of Something” en termes de sonorités, le troubadour se recentre sur les ambiances introspectives. Il est vrai que le chant caractéristique, sorte de chuchotement usé, trouve en ce type de climat un environnement plus que propice à son expression. Absence de batterie et dialogue guitare électrique / acoustique pour le premier titre, Surfer, avec cette manière symptomatique d’agencer de simples mesures répétées à l’infini, conférant à l’autisme, accompagnée de quelques mouvements pleins de langueur sur les phases les plus puissantes. Thugs, dans la même veine, s’agrémentera d’arrangements plus divers, notamment un clavier, habillant la déprime ambiante d’une touche enfantine à la beauté simple. La beauté simple, un concept qui sied parfaitement à l’art de Von Balthazar. A ce titre, quel meilleur exemple que le magnifique Smarter, dont chaque élément (piano, guitare, voix) séparé n’aurait en aucun cas retenu notre attention, mais dont l’agencement emprunt de magie résumerait presque à lui seul le talent si particulier de l’artiste, un alchimiste qui magnifie la simplicité.

Loin de se complaire dans une apoplexie qui finirait par fatiguer, l’artiste insuffle plus de vie et étoffe sa composition sur le titre Astrid, beaucoup plus produit, plus rythmé, sur lequel les fûts font leur apparition. Le morceau offre une respiration allégeant l’ambiance lourde et dépressive omniprésente. On repartira ensuite sur un patchwork musical suivant les mêmes préceptes que les premiers titres, avec un compositeur usant de ses talents de multi-instrumentiste pour nous asséner une moiteur froide et chancelante via différents media, toujours avec distance et classe. On retiendra particulièrement Manic High et Lemon Seed clôturant de superbe manière “Knights of Something”. Le premier, plus fourni, avec encore une fois une géniale utilisation du clavier, des ruptures rythmiques au bord du silence assourdissant, et un tempo plus soutenu que l’on retrouve avec plaisir. Le second, et donc ultime titre de l’album intervient comme un cheveu sur la soupe tant seule la voix subsiste. Ambiance plus diffuse, rythmes presque tribaux, chant vaporeux, Lemon Seed prend plus d’envergure, délaissant l’introspection pour quelque chose de plus complexe.

Il est clair que la rythmique particulière (absence de rythmiques ?) des compositions de Troy Von Balthazar associée à un sens de l’écriture et de l’interprétation à ce point marqué ne peut emporter l’unanimité. Parfois peut-être un brin psychorigide, l’artiste gagnerait à se mettre en danger plutôt qu’à insister sur l’ambiance qu’il maîtrise, mais difficile de ne pas de déceler la pureté cristalline qui émane de cet homme. Quiconque jusque-là insensible aux travaux précédents du chanteur ne trouvera certainement pas en “Knights of Something” de quoi  s’imprégner. A contrario, les fans peuvent se réjouir de trouver le talent intact d’un artiste culte qui n’a toujours pas trouvé le moyen de se perdre et délivre encore une fois une oeuvre précieuse et fragile dont il a le secret.

S’il ne devait en rester qu’un titre : Smarter.

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Tracklist

  1. Surfer
  2. Thugs
  3. We Need You
  4. Smarter
  5. Astrid
  6. Empire of my Hate
  7. New World Lamb
  8. Touch is Meat
  9. Curses!
  10. Smile
  11. My Black Prize
  12. Manic High
  13. Lemon Seed