"> - Indiepoprock

Il fallait faire preuve de motivation pour traverser l?esplanade de La Villette ce soir là, tant le froid était mordant. Malgré la différence de température, c?est un Trabendo certes complet, mais plutôt frais, qui applaudit du bout des doigts les premières parties. C?est en tout cas avec le concert de Gliss que nous prenons les choses en route. Dans une salle plus que calme – le silence arrachera même quelques sarcasmes au chanteur, le trio alterne l’efficace et l’anecdotique. En dehors d?un morceau où les feulements de Victoria, la bassiste/batteuse, viennent pimenter d?un soupçon de sensualité bienvenue ce mélange de post-punk et de new wave, l?ensemble peine à décoller.

Quelques minutes plus tard, c?est un public nettement plus enthousiaste qui accueille les quatre Editors, dont le concert, comme l’album, s?ouvre avec l?impeccable Lights. Editors déroulent un concert solide, sans fioritures, tout juste ponctué de quelques « Merci » à l’accent impeccable. Le groupe n?ayant encore qu?un répertoire limité, la setlist est sans surprise : tous les morceaux de l’album défilent, dans des versions presque identiques à celles du disque. Quelques faces B et quelques nouvelles chansons viennent parfaire l?ensemble.

Pourtant, l?ensemble convainc au-delà de toute espérance : l?interprétation des morceaux parvient à en magnifier la belle exubérance. Le groupe peut s?enorgueillir d?une section rythmique parmi les plus précises et les plus puissantes du moment. Statiques à l?extrême, Russell Leetch (basse), Chris Urbanowicz (guitare) et Ed Lay (batteur) réussissent à dégager une énergie soufflante, et ne sont pas étrangers, loin s?en faut, à la réussite du concert. Leur efficacité discrète offre un écrin parfait au chanteur-guitariste Tom Smith, qui peut assurer le spectacle en toute quiétude. Malgré un chant encore quelque peu approximatif, sa belle voix grave séduit visiblement quelques adolescentes qui, postées parmi les premiers rangs, évitent de justesse de tomber en pâmoison…

On pourrait reprocher à Tom Smith un jeu de scène un peu trop forcé dans le registre « Thom-Yorkien » de l?expressionnisme torturé, et on espère vraiment que son impardonnable propension à exhorter le public à taper dans ses mains n?est qu?une erreur de jeunesse. Mais il faut surtout lui reconnaître un vrai potentiel de séduction, une énergie qui fera oublier bien des fautes de goût, et surtout, la capacité à donner à son chant une intensité spectaculaire. De toute façon, un homme qui avoue en privé son attachement au dernier album de The National ne peut être totalement mauvais.

Peu à peu, une évidence se fait jour : ce groupe est taillé pour la gloire. Ses chansons, terriblement entraînantes, résonnent comme autant d’hymnes faits pour mouvoir, émouvoir les foules. Cette conviction se fait certitude lorsque nous parviennent les premières notes de Munich. Point culminant évident et attendu du concert, ce titre résume à lui seul le talent du quatuor. C?est sur ce morceau que le contraste entre le chant étrangement hiératique de Tom Smith et la tension extrême de la rythmique réussit le mieux à créer ce formidable sentiment d?urgence.

Editors achève un public conquis par quelques morceaux supplémentaires, et deux rappels dont un Fingers In The Factories d?anthologie. En à peine plus d?une heure, les Anglais ont parcouru l?intégralité de leur répertoire ; mais plus qu?un groupe jeune, on repart du Trabendo avec le sentiment d?avoir croisé le chemin d?un groupe déjà en pleine possession de ses moyens. Passons donc l?éponge sur quelques menus faux pas : si l?on avait des doutes à ce sujet, les voilà balayés, Editors est un vrai groupe de scène.

Chroniqueur
  • Publication 232 vues27 janvier 2006
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