On a aussi écouté Aja Monet – The Color of Rain
Aja Monet est une poète qui mêle – depuis son fantastique premier album, « when the poems do what they do » – ses mots puissants à la profondeur du blues. Dans cette lignée impressionnante d’artistes américains qui contribuent à injecter dans la poésie l’hypermodernité et le chaos contemporain. En fracassant les genres, les cloisons, le rapport ambigu qu’entretient la poésie avec le livre. Performeuse, musicienne, elle implose les cadres, et fait de la scène le lieu vibrant de ses textes connectés.
Ce nouvel album pousse encore les murs, et pose sa poésie au cœur de compositions qui doivent autant au jazz, au hip hop, qu’à l’expérimentation. Le résultat est saisissant. Musique introspective nourrie des fragments d’une époque explosée, elle en ramasse le plus remuant, le plus essentiel. L’énergie intacte d’une poésie percutée de plein fouet par un climat politique désastreux. Mais qui ne peut rien contre cette force créative, en réinvention permanente, en réflexion infinie. Ecriture qui remonte inlassablement à la surface les ferments d’une humanité intime et collective. C’est doux et d’une force qui renverse tout, surtout la noirceur.
Un groove dévastateur qui en appelle à ce qui fonde notre dignité, ce lien avec l’art, avec l’altérité. Aja Monet porte le spoken word très loin, renouant avec l’avant-gardisme d’une Amérique tourné vers le meilleur d’elle-même. Terre soul et de rhythm and blues, d’écritures neuves.
Cette poésie aventureuse renverse tous les codes. Ce surréalisme là fait, paradoxalement, sens. Il déroule tout un imaginaire à la beauté tragique. Dont l’intériorité semble répondre à la vacuité des discours toxiques.






