On a aussi écouté Bertrand Belin – Tambour Vision
Il était écrit en quelque sorte qu’un jour Bertrand Belin trouverait la voie d’un minimalisme synthétique. Cette ligne musicale portant quasiment comme une seconde peau des textes de plus en plus réduits à leur plus simple expression. Des textes pleins de vides et de silences, se permettant l’ellipse et le mystère d’un sens à peine dissimulé.
Mais dans les espaces ainsi dégagés, Bertrand Belin laisse passer une foule d’images intérieures, de souvenirs et de constats aux limites existentielles. Pour cette langue-là, prodigieusement évocatrice et ciselée, il fallait une musique elle-même réduite à ses souffles et pulsations. Elle s’approche pour cela d’une minimal wave, dont l’inspiration berlinoise renforce l’étrangeté d’un propos volontairement décalé.
Décalé, absurde, mais à la manière de toutes les grandes déconstructions artistiques à l’oeuvre depuis le 20ème siècle. De Marcel Duchamp à Tarkos, pour synthétiser à l’extrême. Le génie propre à Bertrand Belin est de faire passer dans la musique populaire ces failles créatrices. Des failles qui ont pourtant totalement renouvelé les représentations visuelles, comme l’objet même de la littérature.
« Tambour Vision » fonce, paisiblement mais puissamment, dans l’ordre d’une pop bien rangée et bien écrite. Il en ramasse les morceaux et en livre une vision différente. Gorgée d’une synth-pop dansante et martiale, d’une poésie passionnante dans sa vraie-fausse abstraction.
Crooner cérébral, chanteur techno-pop, Bertrand Belin incarne plus que jamais le renouveau d’une chanson française assumant son dépouillement. Comme le basculement complet d’une langue longtemps rétive à se fondre totalement dans la musique.
- Publication 890 vues10 mai 2022
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