On a aussi écouté Bertrand Louis – Stéréotype(s)
On a suivi Bertrand Louis dans son sublime dialogue avec la poésie. On le retrouve en proie avec les soubresauts d’une pensée politique contemporaine sérieusement abîmée. Comme si après avoir abordé pendant presque 10 ans la langue poétique – de Muray à Verlaine -, il investissait tous les angles morts du discours. Manière, on aime à le croire, d’éclairer le fossé qui se creuse – mais est-ce si nouveau ? – entre la véritable altérité explorée par l’art poétique et le naufrage collectif du discours politique.
Au fil de compositions séduisantes – cette pop élégante et catchy qu’il décline toujours aussi brillamment – il dégomme, avec un soin obsessionnel, les idées reçues, pensées uniques, bonne conscience et pseudos progrès sociétaux. Pour en déterrer tous les excès, sources de conflits perpétuels. Il faut un certain courage pour secouer ainsi ce qui apparaît, par ailleurs, comme de salutaires débats de société. Surtout depuis qu’une contre-révolution ultraconservatrice, aux airs de sinistre maccarthysme, s’est enclenchée aux Etats-Unis, avec ses relents bien dégueulasses de masculinisme violent qui débordent jusqu’en Europe.
On aurait tort évidemment de voir dans les constats amers que dressent Bertrand Louis un appui à ces révoltantes – et intolérables – remises en question de principes élémentaires d’humanité. On y lit plutôt le désarroi d’un artiste en quête de vérité. De sa vérité à tout le moins. Au cœur d’une guerre idéologique qui a désormais sorti les armes, après avoir mis les mots sous tension.
Il pointe le risque de devenir, tous, un stéréotype, une caricature de soi à force de ne prendre aucun recul avec ses idéaux. Risque renforcé par l’entre-soi installé par des algorithmes aux allures de murs épais. C’est ainsi que l’on écoute un disque, vent debout contre une époque complexe, qui se débat avec des changements si rapides qu’ils fascinent ou irritent.
- Publication 1 557 vues18 juin 2025
- Tags Bertrand LouisPolydor
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