"> Mathieu Bec - HE-GOAT - Indiepoprock

On a aussi écouté Mathieu Bec – HE-GOAT

Une année indescriptible s’achève. Dans ce que Derrida aurait pu appeler « l’évènement ». C’est-à-dire la déconstruction presque intégrale d’une réalité que l’on pensait, forcément à tort, intangible. Chacun dans sa vie, et chacun dans la certitude qu’il en serait toujours ainsi. Un évènement en a décidé autrement, et l’édifice s’est écroulé.

Il reste, selon son degré d’espoir, un champ de ruines. Ou l’essentiel, c’est-à-dire la musique première d’un monde que les artifices ont abandonné. Enfin, peut-on penser, on entend à nouveau le bruit primordial.

Voilà ce qu’est la musique du percusionniste Mathieu Bec. Et sur « HE-GOAT » cela n’a jamais été aussi évident. Les frottements, les battements, les roulements entraînent dans un univers sonore d’une exceptionnelle densité. Là où la musique n’a pas encore cédé aux sirènes d’une rationalité bien trop rassurante. Mais il ne faudrait pas croire pour autant que cette musique-là est sauvage. C’est l’incarnation du contraire.

Elle est sophistiquée, d’une extrême précision même. Simplement elle s’épanouit dans une expression viscérale, d’autant plus impressionnante qu’elle est nue. Sans le recours à la moindre technologie. En dehors de la prise de son. Et de son traitement. Comme on capture un mystère, sans jamais le résoudre.

Au cœur de la musique vraiment. Là où elle émerge et s’échappe de l’âme d’un artiste prodigieux, qui, à l’instar de Ryosuke Kiyasu, explore des territoires de plus en plus essentiels. Mathieu Bec ne compose pas. Il traque littéralement les pulsations du monde.

 

Yan
Chroniqueur
Mathieu Bec - HE-GOAT