On a aussi écouté Matthieu Eveillard – The Big Snooze
« The Big Snooze », nouvel album du plus français des new-yorkais – et vice-versa – flotte entre deux états. La poésie y occupe une place de choix. Cette écriture révélant le plus profond, le plus intemporel de nos vies se heurte à sa fragilité. Cet état d’apesanteur, tout juste incarnée, elle s’y confronte toujours. Ayant fait de cet équilibre instable une force.
L’époque est à la vulgarité, aux outrances, à l’inculture comme slogan. Matthieu Eveillard déroule un disque sans âge, qui doit autant à Suicide qu’au Beck mélancolique de « Sea Change ». Il impose, tout en douceur, une résistance acharnée. On devine aussi qu’une lutte est en cours dans ces chansons lancinantes, contre l’effacement d’un art en proie à la puissance de l’entertainment. Contre la désincarnation progressive de l’acte même de créer.
Machines à bout de souffle, boites à rythmes faméliques, guitares fantomatiques, voix d’outre-tombe construisent un étrange mur du son, presque effondré. Il tient pourtant debout. Et parvient à convoquer les âmes damnées d’illustres crooners revenus des enfers. Comme à faire décoller un disque, puis à le faire voler au cœur de déflagrations entre colères et songes.
Matthieu Eveillard signe là son album le plus noir. Le plus bruitiste. Et paradoxalement le plus impressionnant. Un disque obsessionnel, envoûtant, presque dérangeant. Totalement hanté. On y croise les ombres de Leonard Cohen, de Jim Morrison, en figures incantatoires et poétiques.
C’est d’une beauté crépusculaire, d’une noirceur abyssale. Juste sublime.
- Publication 279 vues7 juillet 2026
- Tags Matthieu EveillardAutoproduction
- Partagez cet article







