On a aussi écouté Neniu – <3
On devine que Neniu n’a pas choisi son nom par hasard. Adjectif indéfini tiré de l’esperanto, signifiant « personne » ou « aucun », il permet d’appréhender ce qui sous-tend l’œuvre musicale et visuelle d’un musicien qui revendique ce qu’autrefois on aurait appelé le « Do It Yourself ». Transcendée par la mutation technologique, cette démarche ne fait plus vraiment sens aujourd’hui, où un simple ordinateur et quelques machines abordables peuvent remplacer un studio entier.
Le plus troublant est que cette époque transforme tout artiste inspiré en véritable chef d’orchestre de son univers intérieur. Neniu déroule ainsi des visions que l’on pourrait distraitement qualifier d’états d’âme. Ou de simples oscillations sentimentales. Ce serait passer à côté de l’étrange profondeur de chansons faussement légères. Elles sont connectées au monde de l’enfance, c’est une évidence. Mais derrière ces compositions nourries d’une électro baignant dans les jeux vidéos, on perçoit une gravité déroutante.
Musique sensible et rêveuse souvent, puis musique soudain noir de suie, remplie d’une conscience très nette du mal et de la mort. Les bons sentiments s’effacent brutalement, au profit d’une réalité à bien des égards effrayante. Neniu enclenche alors une accélération où l’espoir vole en éclats. « Mini Sculpture » clôture le disque, sur fond de sirènes d’ambulance et de constats amers. On plonge alors dans un conflit intérieur poignant, une danse funeste mais enivrante. Les combats collectifs semblent se dissoudre dans une indétermination saisissante. On découvre alors un artiste sacrément lucide et brillant.





