"> Nesles - Barocco - Indiepoprock

On a aussi écouté Nesles – Barocco

Nesles se taille, disque après disque, un territoire d’une singularité jamais démentie. S’il conquiert des pans entiers de ce terrain hautement sensible, c’est pacifiquement. Sans rien voler ni arracher à une chanson française pourtant si riche.

Il appartient à cette catégorie – rare – d’artistes dont on reconnait immédiatement et la voix et l’univers. « Barocco » poursuit ce fascinant travail de tissage entre textes à la beauté indéfinissable et compositions oscillant entre ligne claire – d’une pop française érigée au rang de haute couture – et noirceur abrasive. Ce nouvel album pousse cette ambivalence dans ses plus retranchements les plus émouvants, remuants.

Il y a quelque chose qui tient de la géopoésie dans les chansons de Nesles, qui puisent dans les paysages, dans les lieux et les villes tout un imaginaire moins complexe que d’une subtilité renversante. Un vocabulaire dont la richesse confine parfois au surréalisme. Avant que la réalité ne retombe lourdement, son poids terrifiant assombrit soudain un propos d’une grâce souvent bouleversante. Une explosion de couleurs dans un noir profond – ce que Matthieu Dufour a si bien capté dans ses photos d’illustration -.

Une autre beauté bizarre qui saute aux visages, aux oreilles, et qui montre un monde différent, où la dureté des sentiments s’effondre dans une douceur enivrante. Et vice-versa. Nesles compose des chansons où s’épanouissent dans une harmonie remarquable, l’aridité du rock – sa violence sans fard -, la délicatesse infinie d’un néo-folk, la densité de savants arrangements.

Au carrefour d’influences qu’il parvient merveilleusement bien à conjuguer, puis à dépasser, Nesles, avec une élégance folle, renouvelle l’esthétique et la grammaire d’une pop française – trop – souvent enfermée dans des thématiques attendues. Avec Nesles, un film argentique devient sujet poétique, les fleurs des personnages à part entière. Derrière cette imagination foisonnante, on devine le regard profond, sur le fil d’une mélancolie pesante, d’un homme en quête perpétuelle.

 

Yan
Chroniqueur