"> Raphael Julliard - Cousu de fil rouge - Indiepoprock

On a aussi écouté Raphael Julliard – Cousu de fil rouge

Pour rentrer dans « Cousu de fil rouge », il faut préalablement abandonner ses repères bien établis, entre pop, rock et électro. Accepter l’effacement des frontières entre musique, philosophie et art plastique. C’est que Raphael Julliard est peintre, artiste visuel, docteur en anthropologie. Sa musique ne ressemble pour ainsi dire à rien de bien défini. Le croisement, de son propre aveu, des errements de Gainsbourg, des mondes absurdes de Philippe Katerine avec la nonchalance calculée de Chilly Gonzales. Il en résulte un OVNI où les mashups côtoient les francs dérapages dans le n’importe quoi, et des sommets de la culture littéraire et musicale classiques.

« Cousu de fil rouge » tient ainsi du bricolage génial, qui renverse le rapport de séduction inhérent à chaque oeuvre musicale. Difficile, en effet, de s’en tenir au strict plaisir de l’écoute, ou encore à la seule dimension parodique de ces reprises ou de ces relectures. La volonté de brouiller les frontières entre à peu près tous les territoires ultra-underground et mainstream traverse tout le disque, et dessine une oeuvre intrigante, dérangeante mais suffisamment aboutie pour s’y plonger.

Le disque, au final, mérite mieux que ces références certes prestigieuses mais réductrices. L’humour ici ne sert aucun dessein plus ou moins commercial, la provocation ne couvre aucune compromission. L’électro effondrée et systématiquement déconstruite –  qui accompagne des textes oscillant entre postures dada et réflexions philosophiques tirées de tout contexte – percute les évidences d’une époque en pleine mutation-perdition. A l’instar de cette musique fragmentée à l’extrême, où s’empilent des savoirs et des pitreries dans le plus grand désordre.

Yan
Chroniqueur
Raphael Julliard - Cousu de fil rouge