"> Ray Bartok - Bees - Indiepoprock

On a aussi écouté Ray Bartok – Bees

On écrivait sur un autre support – il y a 11 ans, quasiment jour pour jour – au sujet de « Dirtyworks » , que la musique de Ray Bartok ressemblait à un « corps découpé puis recousu, morceau par morceau ». Rien n’a vraiment changé avec « Bees », et c’est tant mieux.

On ne dira donc pas que les années ont canalisé un rock à l’inventivité fulgurante – quelque part entre Morphine et Gallon Drunk -, mais qu’elles ont densifié un son impressionnant. Renforcé par le guitariste de Bristol, Jesse D.Vernon, le duo laisse son imagination musicale divaguée au fil de compositions aux allures de patchworks. Des fragments de blues, de no wave, de punk, de rockab – et tant d’autres choses – dessinent les contours de monstrueuses et fascinantes chansons, toutes habitées par un groove démoniaque.

Il y a de la folie dans « Bees », une énergie affolante venant percuter l’ordre d’un rock trop polissé, d’une pop trop mélodique pour être honnête. Tout semble ici se percuter, être en conflit. Pourtant, miracle de la musique, tout fonctionne dans une disharmonie remarquable. Le groove est terrifiant certes, mais il est irrésistible. Cette beauté bizarre et surpuissante envoie des uppercuts dévastateurs, que l’on est heureux de recevoir.

Ray Bartok déploie son univers de weirds à l’abri de tout conformisme, tissant des titres flingués, perdus entre les continents, avec une maîtrise paradoxale. Poreuse à tous les accidents, à toutes les hybridations, à tous les voyages. Cette musique là n’a pas, plus, de frontières mentales. C’est du chaos savamment, et sauvagement, orchestré. Et dans cette confusion de la matière sonore, c’est l’origine d’un style que l’on entend. Imparable et génial.

Yan
Chroniqueur