"> Vlady Miss - Vulnérable - Indiepoprock

On a aussi écouté Vlady Miss – Vulnérable

Il y a deux mois, nous avions découvert deux titres de ce nouvel album de Vlady Miss, derrière lequel on retrouve Charles-Eric Charrier. Deux chansons qui annonçaient un « Vulnérable » saisissant et inclassable.

Le voici aujourd’hui entièrement dévoilé. Prolongeant l’impression que les premiers extraits avaient provoquée. En reliant la chanson française populaire à  l’avant-gardisme rock et électro new-yorkais des années 70, Vlady Miss a cassé la cloison épaisse séparant deux mondes. Deux visions que l’on sait à présent beaucoup plus proches qu’on ne le pensait.

Au fil des chansons – où se mêlent paroles sombres, réalistes ou poétiques, et drone music, bandonéon, basse, synthés – se dresse un imaginaire sidérant. Un univers dans lequel le spoken word sonne comme le punk rock déglingué d’Alan Vega – impossible de ne pas le citer à nouveau -, la poésie si particulière de Vlady Miss comme l’échos d’un crossover magistral. Ce bruit urbain qui synthétise des influences modernes et une tradition antédiluvienne.

Ce faisant, l’artiste rapproche le monde de Fréhel – au plus près des émotions – d’une musique dépouillée, répétitive et industrielle. Il éclaire ainsi le lien invisible unissant des parcours de vie et artistiques réputés aux antipodes. C’est oublié que Fréhel a fini ses jours comme Amy Winehouse. Dans une chambre, ravagée par la drogue et l’alcool. Le passé n’est jamais vraiment mort. Et le punk est né bien avant sa date officielle.

« Vulnérable » est un disque incroyablement novateur, fracassant de sa musique en apparence agressive, rongée par un acide électro, les pudeurs de la chanson française contemporaine. La replongeant dans la source subversive qui fut la sienne.

Vlady Miss fait oeuvre à la fois temporelle – en reliant et analysant des époques différentes – et profondément actuelle. Sa compréhension et l’usage qu’il fait ici de la musique post-moderne explosent littéralement nos habitudes d’écoute. L’heure est bien au dépassement. Le crossover de Suicide, qui vit le blues percuter l’électro, le rockabilly secouer la musique minimaliste, poursuit sa course impossible à stopper. Une course qui ne cesse d’ouvrir des perspectives neuves.

Des perspectives permettant à des phrasés et champs lexicaux de se renouveler enfin, à la musique de se réinventer sous nos yeux.  Vlady Miss vient de signer un sublime exemple de ce mouvement.

Yan
Chroniqueur