"> Interview - Aucklane - Indiepoprock

Interview de Aucklane

Interview - Aucklane

Je ne pense pas qu’on révolutionne quoi que ce soit en musique... On s’inscrit dans une veine qu’on adore et on fait les choses comme on aime, simplement...

Une semaine avant la sortie du premier EP de Aucklane (« Nightfall »), j’ai eu la chance de rencontrer Charlotte Maquet qui porte ce projet à bout de bras.  La Liégeoise de 32 ans a programmé le rendez-vous dans un bar à proximité de l’université de Liège, à proximité immédiate de la Meuse.  Charlotte n’est pas nouvelle sur la scène indie belge mais avec Aucklane, elle change d’orientation musicale pour se focaliser sur une approche plus électrique d’un rock qui lorgne farouchement sur les années 90… Même si cette période du rock alternatif n’a pas influencé l’artiste.  J’étais très impatient de rencontrer Charlotte car sa musique, dont nous avons parlé par ici et par , pour en apprendre plus sur le projet.  Au final, nous avons trouvé que la spontanéité de Aucklane provenait de la personnalité de sa leader : naturelle, authentique et qui s’exprime sans détour.

 

Comment en es-tu arrivée à faire de la musique ?

La musique fait partie intégrante de ma vie depuis toujours. Avec un papa musicien qui a eu plusieurs groupes de rock dans les années 60 et 70, je suis littéralement née au milieu des claviers et des guitares. Voyant que j’étais très attirée par les sons et les instruments, mes parents m’ont assez vite inscrite à l’éveil musical, puis au solfège. J’ai fait une année de piano avant d’apprendre la guitare acoustique en autodidacte à l’adolescence.

À côté de cela, jai toujours chanté et été passionnée par lapprentissage des paroles. J’apprenais par coeur les disques que je possédais à la maison. Même les trucs en anglais que je répétais de manière phonétique sans savoir ce que ça racontait. J’ai toujours eu besoin de pouvoir chanter les chansons par coeur. Et pour ce qui est de l’écriture, jai toujours écrit aussi, des poèmes, des réflexions, des journaux intimes… et des chansons.

J’ai fondé un premier groupe en 2008, avec lequel on a fait 2 EP et énormément de scènes jusqu’à 2014. J’ai rejoint Condore, le side project de Leticia Collet (Dan San, Antoine Wielemans…) en 2017 et Aucklane a suivi en 2020.

 

Tu ne chantes quen anglais, cest une volonté ?

Tout à fait. Déjà, le français ne fait pas du tout partie de ma culture musicale, contrairement à l’anglais. Et puis, face à un public majoritairement francophone, tu es totalement à poil quand tu chantes en français. Alors qu’avec l’anglais, tu peux davantage te cacher : il ny a que les gens qui seront attentifs qui vont comprendre ce que tu racontes vraiment.

 

Concernant tes autres projets musicaux, es-tu toujours active dedans ?

Oui, je tourne toujours avec Condore – contrairement à ce qu’on a pu lire dans certains articles de presse – que j’accompagne sur scène comme claviériste et choriste. L’album de Letitia « Winding Whispers » vient justement de sortir ce 22 avril dernier et les concerts reprennent enfin sérieusement.  

Outre le fait que tu aies été baignée dans la musique depuis ton plus jeune âge, quelles sont tes influences ?

J’écoute énormément de rock et de britpop. Avant de lancer Aucklane, je me disais que s’il existait un juste milieu entre Arctic Monkeys, Blak Rebel Motorcycle Club et Florence and the Machine, j’aimerais me retrouver làJ’aurais pu ajouter Jack White.

Je dois bien avouer que je suis très admirative du travail d’Alex Turner en général, que ce soit en tant que songwriter dans AM ou The Last Shaddow Puppets, ou comme producteur comme avec Alexandra Savior, dont j’ai usé l’album « Belladonna of Sadness » quand je composais pour Aucklane.

Quoi qu’il en soit, j’ai essayé de retirer de mes références ce qui me faisait vibrer pour les infuser dans Aucklane : les sections rythmiques très présentes, les guitares puissantes, les ambiances sombres, les tensions, le songwriting soigné et plein de références, l’électricité qui se dégagent des morceaux…

Le premier EP dAucklane va sortir dici peu (ndlr : il est sorti le 15 avril 2022), les premières critiques voient en toi la relève du rock belge. Était-ce ton ambition ?

Alors là pas du tout. Et je ne m’attendais pas du tout à un tel accueil.

Mes ambitions avec Aucklane étaient de me prouver à moi-même que je pouvais me remettre à composer autre chose que de gentilles ballades folk sans jeter tout ce que je faisais, de parvenir à créer des chansons qui me correspondent vraiment et me font vibrer. Et grâce à ça, de partir tourner à l’étranger. Je rêve de m’entasser dans un van avec mes gars et d’aller jouer dans plein de pays différents. C’est tout !

Je ne pense pas qu’on révolutionne quoi que ce soit en musique et je ne cherche pas ça. On s’inscrit dans une veine qu’on adore et on fait les choses comme on aime, simplement. Après, je suis perfectionniste et quand je me consacre à quelque chose, je ne sais pas faire autrement que de travailler dur pour que les choses soient faites du mieux possible.

 

Du coup, ça te fait quoi davoir lu tout le bien que lon pensait de ta musique ?

Pour être honnête, quand les premiers articles avec justement ces titres comme « la relève du rock Belge »sont sortis pour Gamblers (ndlr : premier single sorti en 2020), ça m’a fait plus peur quautre chose. Je me suis demandé « mais quel niveau pensent-ils que jai et quelle quantité de travail vais-je devoir fournir pour atteindre ce niveau ?! ». Un bon syndrome de l’imposteur et un manque de confiance en moi. J’ai eu un moment de panique… puis je me suis calmée et me suis remise à travailler.

À côté de ça, il y avait ce très bon accueil général et ça c’était très enthousiasmant. J’ai eu le sentiment d’être directement reconnue comme musicienne belge, ça m’a donné la légitimité que je ne pensais pas avoir et ça m’a conforté dans ma motivation. Je me suis dit « tu es dans le bain avec tout le monde alors on y va à fond ! ».

La relève du rock belge c’est surtout la génération en dessous de la mienne qui débarque avec plein de super nouveaux groupes !  À Liège, je trouve quil y a une nouvelle vague rock hyper chouette qui fait suite à toute cette période ou le hip-hop était roi. Si je peux conseiller les lecteurs dIPR, je leur dirais de foncer écouter Eosine (shoegaze), Diemen Sniep (rock expérimental) ou Satchel Heart (pop psyché).

Quand tu écris tes chansons, est-ce pour toi l’occasion de transmettre un message ?

Ce n’est pas mon intention première. Écrire des textes répond surtout au besoin de faire quelque chose du trop plein que j’ai à l’intérieur de moi, des émotions, des pensées, du romantisme qui déborde. Je suis quelqu’un de très solaire dans le quotidien, ça me permet de donner une utilité et une raison d’être à mes côtés sombres en en faisant finalement quelque chose de joli. C’est thérapeutique. La musique, elle, a quelque chose de cathartique : transmettre une énergie aux gens, que ce soit quand ils marchent dans la rue avec leurs écouteurs ou dans le cadre festif d’un concert, c’est génial !

Comment s’est déroulé l’enregistrement de « Nightfall » ?

On a eu la chance de se rendre en France pour enregistrer Nightfall au White Bat Recorders, le studio de Remi Gettliffe qui est notamment le réal du groupe Last Train. Je les ai vus en live dans notre ville en 2019 et les ai trouvés incroyables. Une fois mes maquettes terminées, j’ai pris contact avec eux et leur ai demandé s’ils avaient un producteur-réalisateur à me conseiller. Sans hésiter ils mont renvoyée vers le leur. Rémi a adoré Aucklane et il nous a proposé d’enregistrer lEP dans son studio en Alsace. On a eu un super feeling avec lui, il a très bien compris vers où on voulait aller et à rendu l’expérience absolument parfaite.

On est arrivés en studio avec des morceaux déjà très aboutis car les longs mois de confinement m’avaient laissé le temps de pousser mes « maquettes » le plus loin possible : on avait énormément travaillé en amont avec Hugo Vandendriessche, notre ingé-son, dans son home studio de Liège pour peaufiner l’identité d’Aucklane, enregistrer correctement les morceaux, réaliser toutes mes idées d’arrangements… Mais je savais qu’on avait besoin d’une personne extérieure au projet pour faire un pas supplémentaire.

Le White Bat Recorders est un studio complètement dingue. C’est dans une ancienne grange typiquement alsacienne mais dès que tu as franchi les murs en colombage, tu te retrouves dans un studio rétrofuturiste rempli de matériel vintage et analogique. On a joué sur des instruments des années 70 et enregistré sur bandes, ça apporte une vraie chaleur au son.

On y est allé une première fois avec les garçons pour enregistrer toutes les instrus, et j’y suis retourné quelques semaines plus tard pour enregistrer mes voix, terminer les arrangements et faire le mix avec Remi. On a vraiment passé de super moments, je garde un très beau souvenir de l’enregistrement de ce premier EP.

Qu’en est-il d’un éventuel album d’Aucklane ?

J’espère bien en sortir un d’ici quelques années ! Nos avons une dizaine de morceaux aboutis qu’on présente sur scène et un tas de maquettes qui n’attendent que d’être retravaillées. J’avais de quoi sortir un album directement donc mais pour un nouveau projet indépendant en pleine pandémie, ce n’était ni judicieux ni financièrement réalisable. Le covid m’a fait changer mes plans à plusieurs reprises. Actuellement j’imagine sortir un deuxième EP d’ici un an et demi, et je l’espère, enchaîner sur un premier album. Mais on verra ce que l’avenir nous réserve !

En concert, avec qui aimerais-tu partager l’affiche ?

En Belgique il y a Sylvie Kreusch dont je rêverais de faire les premières parties. Je la trouve tout simplement incroyable de charisme et de classe. Son album Montbray est génial. Tout comme les Anglais de Black Honey que j’ai découvert récemment, qui proposent un brit-rock hyper énergique et dont la chanteuse a l’air bien barrée. J’écoute aussi leur dernier album Written & Directed en boucle. Ce sont mes deux derniers coups de coeur en date…mais c’est une question difficile ! Il y a vraiment un tas de groupes avec lesquels jadorerais tourner, impossible de choisir ou de les citer tous !

Quelle est ta playlist du moment ?

Pour faire simple, je te renvoie à cette playlist que je mets à jour par ici :

Rédacteur en chef
  • Date de l'interview 460 vues 2022-04-09
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