Interview de Intenable
Depuis qu’on est ensemble, on se fait écouter toutes nos compos et on se montre nos textes, on s’entraide, c’est assez agréable de pouvoir compter sur l’autre pour nous aiguiller, nous faire des retours sincères.
Pour cette interview, on sort des sentiers battus, et on part à la rencontre de deux artistes.
Madeleine (Bad Bad Bird) et Kévin (Intenable) jouent dans deux des formations punks les plus excitantes du moment. Et, chance pour nous, ils vivent en couple. Ce qui a permis de leur envoyer un petit questionnaire croisé. Un grand grand merci à eux deux !
– Vous chantez tous les deux, et en Français. Est-ce que vous vous êtes toujours dit que ce serait vous qui chanteriez sur vos albums ?
Madeleine : Oui ! Mes textes sont très très perso, ça n’aurait pas eu de sens qu’ils soient chantés par quelqu’un d’autre. C’est la première fois que je me suis retrouvée au poste de chant lead, je n’étais pas sûre d’être à la hauteur, et j’en suis toujours pas sûre, mais j’aime trop chanter ces mots qui me font du bien.
Kevin : Je faisais de la batterie dans le premier groupe que j’ai monté au collège. Le guitariste était médiocre donc j’ai commencé à apprendre la guitare pour composer. Puis on a eu un chanteur qui savait pas placer sa voix donc j’ai commencé à chanter et écrire des textes. J’ai pris ces places par défaut et au final ça fait 25 ans et j’y suis toujours !
– Et est-ce que le français s’est imposé directement ?
M : J’ai bien sûr commencé par envisager l’anglais, mais ça a duré 5 secondes, je me suis très vite dit que je voulais quelque chose de frontal, sans filtre, et que les gens puissent chanter avec moi en concert. Je suis fière d’avoir relevé ce challenge, parce que oui on se dévoile beaucoup plus en français… Mais tant qu’à se jeter à l’eau autant y aller à fond !
K : Dès le début j’ai écrit en français parce que ça ne me venait même pas l’idée d’écrire dans une langue que je maîtrisais peu, puis je pense que j’étais imprégné des chanteur.euses français.es que mes parents écoutaient ou qui passaient à la radio quand j’étais petit : Georges Brassens, Barbara, Renaud, puis des choses plus récentes à l’époque comme Louise Attaque par exemple. Musicalement j’étais plus influencé par les groupes américains mais niveau textes, c’est vers ces références que je tendais.
– Avez-vous déjà écrit en anglais et changé d’avis en cours de route (J’ai vu que toi, Kevin, tu proposes la traduction des paroles sur Bandcamp) ?
M : Non jamais, il m’arrive de baragouiner des mots en anglais quand je cherche mes mélodies, mais j’essaye de rapidement mettre des mots en français, même pour dire n’importe quoi. Juste histoire de vite ancrer une sonorité « langue française » dans le processus de compo et d’écriture.
K : J’ai déjà calé de l’anglais dans les textes, mais juste des mots ou des phrases. Esthétiquement, je trouve que ça peut claquer. Par contre faire toute une chanson en anglais non. Il y a une seule chanson en anglais dans la discographie de mon ancien groupe Nina’school qui s’appelle Rad Boys et c’est le bassiste qui l’avait écrite. La traduction des paroles d’Intenable est une idée qu’on a eu après avoir fait pas mal de concerts à l’étranger où des gens nous posait souvent des questions sur les textes. Ça nous semblait être une bonne démarche de pouvoir partager des traductions un peu travaillées et pas juste littérales, donc Franck, notre bassiste super fort en anglais, s’y est collé.
– Dans vos derniers albums, il y a un featuring (Peno des Traders pour Intenable, Marie-Eve Roy des Vulgaires Machins). Comment se sont faites les rencontres, sachant que Peno est de Lyon, et que Marie-Eve est au Canada ?
M : J’ai découvert les Vulgaires très très récemment, à l’occasion de leur album Disruption. On m’a dit plusieurs fois à cette époque que ma musique pouvait évoquer celle des Vulgaires. Je me suis plongée dans cet album que j’ai absolument adoré. Je me suis prise alors à rêver d’un feat avec Marie-Eve. Je lui ai donc tout simplement demandé via Instagram, et elle a dit d’accord ! On a travaillé le morceau à distance, et puis par un superbe hasard nous étions programmés au Pouzza 2024, juste après l’enregistrement de l’album, donc nous avons pu enregistrer les voix ensemble à Montréal. Le rêve quoi !
K : The Traders est un groupe que je côtoie depuis leurs débuts, on est très proches humainement, on a fait des tournées ensemble, donc la rencontre a eu lieu bien en amont. Quand j’ai composé « À la renverse », l’idée de faire un duo avec Péno (chanteur guitariste du groupe) est venue à moi direct, comme si c’était évident et imposé par l’atmosphère du morceau. Je lui ai envoyé l’instru avec des idées de lignes de chant, il s’est lancé tout seul dans le texte avant même que je propose quoique ce soit, et m’a envoyé des essais 2 jours après. J’ai adoré. C’est assez dingue quand on connaît un peu le bonhomme, à la fois gros procrastinateur et qui t’envoie chier dès que tu lui évoque l’idée d’écrire un seul texte en français pour Traders !
– Niveau texte, on a deux profils assez différents. Chansons d’amour pour l’une. Plus social pour l’autre. Est-ce que cela traduit une approche du monde totalement différente, une sorte de positivisme / négativisme ?
M : Pourtant on est tous les deux autant fleur bleue ahah ! Mais oui, mes premières chansons ont été écrites dans un contexte assez dramatique, et je voulais absolument tirer quelque chose de solaire de tout ça, pas tomber dans le pathos. Et quand ma situation personnelle s’est largement améliorée, j’ai aussi voulu le chanter, c’est bien de dire quand tout va bien !
K : Le terme social qui revient souvent quand on me parle d’Intenable est pas si évident pour moi. Si on regarde notre discographie, les textes politiques/sociaux sont moins présents que les textes davantage de l’ordre de l’intime. Je pense que ça vient du fait que dans le dernier album, les chansons « importantes » (à notre petit niveau bien sûr) sont « L’époque » et « Le portrait de Marcel » qui sont frontalement engagées socialement. En revanche, ce que je perçois quand je relis un peu tous les textes, c’est un certain pessimisme, beaucoup de mélancolie. Aujourd’hui, passé 35 ans, ça va beaucoup mieux, le prochain album sera sûrement plus joyeux !
– Est ce que vous vous demandez vos avis avant de composer / écrire quelque chose ?
M : Kévin me demande toujours mon avis, et il est prêt à tout entendre. Moi j’écris et compose depuis beaucoup moins longtemps, donc je suis encore fragile et il faut vraiment qu’il formule bien ses retours sinon je peux très rapidement bouder ! Mais il m’a souvent débloqué des compo ou des textes sur lesquels je n’avais plus aucun recul et je tournais complètement en rond.
K : Depuis qu’on est ensemble, on se fait écouter toutes nos compos et on se montre nos textes, on s’entraide, c’est assez agréable de pouvoir compter sur l’autre pour nous aiguiller, nous faire des retours sincères. Ça sécurise pas mal, après c’est sûr qu’il faut être prêt.e.s à des retours qu’on attendait pas. J’avoue me sentir assez blindé sur ça après autant d’années et je pense pouvoir encaisser mieux de la part de Madeleine parce que je sais qu’elle sera vraiment sincère et jamais dans le ressentiment.
– Pour la musique, c’est pareil, on a un peu deux écoles. Un côté insouciant chez Bad Bad Bird, et quelque chose de plus dur chez Intenable. Est ce que ce sont vos textes qui impliquent obligatoirement ce genre de sonorités, ou bien l’inverse ?
M : Je me suis mise à composer vraiment tard, de façon très spontanée et naïve, et oui visiblement mon inconscient a beaucoup retenu Weezer et Blink ! J’ai toujours adoré le combo mélodies hyper efficaces + grosses guitares. Avec mes textes et ma voix un peu enfantine ça crée quelque chose d’assez étonnant je pense, mais clairement plus insouciant qu’Intenable de toutes évidences.
K : Pour ma part c’est l’inverse, c’est la musique qui sort en premier et définit ensuite l’atmosphère des textes. J’ai une approche très physique et émotionnelle de la musique en tant que telle (sans les textes). Les textes, même si c’est très important pour moi, sont secondaire. Le seul écueil à ça, c’est que souvent j’ai envie d’écrire des trucs fun et j’ai pas d’instrus qui vont dans ce sens, ou alors j’ai envie d’écrire beaucoup sur des sujets mais la musique ne laisse pas assez de places pour être un peu bavard.
– Quelle est l’actu de chaque groupe, et peut-on attendre de nouvelles sorties bientôt ? Sachant que le dernier album de Bad Bad Bird est sorti l’an dernier, et celui d’Intenable en 2020, je m’attends à des réponses un peu différentes :-)
M : On a une belle actu à gérer ensemble en ce moment : un bébé de 2 mois. J’ai dû annuler pas mal de concerts pour cette occasion, et je prends encore un peu de temps avant de reprendre, mais ça ne va pas tarder ! C’était pas évident de gérer l’arrivée d’un bébé en pleine promo du 1er album, mais après tout cette petite fille est la suite absolument logique de mon album. J’en ai même parlé dans L’Odeur du soleil alors que je n’étais même pas encore enceinte ! Donc pas de nouvelles sorties prévues pour moi pour le moment, je veux continuer à défendre Si Brutal, mais cela dit je travaille de nouveaux morceaux, on verra où ça me mène, je me mets pas la pression pour le moment.
K : On travaille sur de nouvelles chansons mais on ne se met pas de deadline pour l’instant. Tout est un peu flou : la direction qu’on prend, l’ambiance, les choix qu’on fera, on navigue à vue pour l’instant mais il se passe des trucs !
– Question bonus. Pouvez-vous recommander chacun un groupe qui mérite un petit coup de projecteur ?
M : En ce moment on écoute beaucoup Fragile, je suis sûre que Kévin aurait voulu répondre ça aussi, je prends les devants ! Bon et le dernier album des Vulgaires est superbe mais vous devez déjà le savoir…
K : Mince je vois que je me suis fait doubler !! Je maintiens quand même : Fragile, groupe de post hardcore angevin qui a sorti un premier album très puissant, même si j’ai l’impression que les projecteurs sont déjà sur eux !

Le dernier album de Intenable, Envier les Vivants, est en écoute ici :
Le dernier album de Bad Bad Bird, Si Brutal, s’écoute juste là :
Et pour Fragile, voici le lien :
- Date de l'interview 357 vues 2026-01-27
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