"> Interview de Bror Gunnar Jansson - Indiepoprock

Interview de Bror Gunnar Jansson

Interview de Bror Gunnar Jansson

Bror Gunnar Jansson, One Man Band Suédois, défend cette année le très bon Moan Snake Moan avec beaucoup de réussite en France. Après un « Album de la semaine Canal » qui lui a été consacré, le scandinave a décroché il y a peu le prix coup de cœur blues de la prestigieuse académie Charles Cros. Nous sommes fiers chez IPR d’avoir perçu la richesse de ce personnage. Dans le cadre d’un concert privé, Bror Gunnar, avec grande simplicité, nous a accordé une interview en toute décontraction, peu avant un magnifique set en petit comité dans une ambiance feutrée, une atmosphère parfaite pour jouir du blues intimiste du monsieur.

 

Vous avez démarré votre carrière au sein d’un groupe (ndlr Serve Your Right To Suffer), qu’est-ce qui vous a conduit à un projet de one man band ?

Plusieurs facteurs ont influé. Je jouais du saxophone dans tous les groupes auxquels j’ai participé, mais j’ai arrêté le sax, parce qu’à partir d’un moment, mon seul but était de pouvoir tout jouer, de chercher la difficulté et très vite ce n’est devenu que du boulot, et j’ai perdu le plaisir. Je jouais de la guitare et je chantais depuis un moment déjà, juste pour le fun, je n’ai pas rapidement trouvé de gens pour monter un groupe alors je me suis dit pourquoi ne pas tenter moi-même.

 

Je suppose qu’animer un live en tant que groupe est bien plus évident que seul, assis sur une chaise. Comment vous y prenez-vous ? Quelles sont les différences ?

J’ai le sentiment que si je suis complètement immergé dans mes sensations, ce sera pareil pour le public. Donc je suppose que je suis très très immergé (rire). J’ai le sentiment, quand je joue, de me projeter bien au-delà du public, de là où je suis assis.
Je pense qu’il faut que le public soit prêt à prendre ce que je lui donne et tout fonctionne naturellement, même si ça demande un peu plus d’attention. C’est un travail difficile mais très fun. La communication avec le public est ultra importante, certainement plus qu’avec un groupe. Quand le public n’est pas très réceptif, en groupe, vous continuez à jouer les uns pour les autres, alors qu’un one man band avec un public qui n’est pas dedans est fini.

 

Le blues est né dans un contexte particulier, esclavage, ségrégation, pauvreté. Comment un jeune blanc suédois en vient à s’exprimer via cette musique ?

Ce n’est pas si étrange que cela, depuis de nombreuses années, le blues est vraiment devenu quelque chose de global pour qui veut en jouer. Du point de vue des différences sociétales, au fil du temps, une musique évolue, et peu importe le contexte car, quand un style est vraiment fort, il se suffit à lui-même. Que vous ayez une vie difficile ou pas, ça ne compte pas.

 

Quand on écoute Moan Snake Moan, on a le sentiment que votre blues a dépassé le cadre old school de vos précédentes productions, avec notamment un songwritting flirtant avec la pop. A contrario, bien des one man band actuels, à grand coup de saturation et d’effets cherchent un son plus heavy, plus gras. Qu’est-ce qui vous a amené vers une composition plus épurée et plus complexe dans l’écriture ?

Pour moi, la chanson, la composition c’est clairement l’essentiel. Le songwritting, c’est tout. J’ai besoin de ressentir que je fais de l’art, pas besoin que se soit nouveau, juste quelque chose auquel je crois. Je ne veux pas critiquer les autres, mais beaucoup de one man band sont dans le mimétisme, dans la posture, enfin c’est le cas pour beaucoup de groupes aussi. Il y a une part de challenge dans ce que je fais, je me teste pour savoir jusqu’où je peux aller en tant que one man band, sur un groove particulier, sur un élément technique que je dois travailler.

 

Donc, quand vous écrivez une chanson, vous avez déjà une idée sur le thème ? A quel moment intervient le texte dans votre composition ?

Cela dépend, certains morceaux naissent d’une idée « technique », d’autres d’une image ou d’une idée de son dans ma tête, parfois aussi de personnages ou d’histoires. Pour ce qui est de l’écriture, la composition musicale et le texte se font de concert, j’ai mon petit livre et un stylo à côté de ma guitare. Si je finissais un élément avant de commencer l’autre, je serais incapable d’aboutir.

 

Dans la description que vous faites de Moan Snake Moan (ndlr, sur Bandcamp et sur le vinyle), vous évoquez Nick Cave, Willis Earl Beal, Earth et beaucoup d’influence blues. Dans votre voix on entend du Tom Waits, et dans la composition des titres on entend des morceaux très orchestrés, presque théâtraux, un peu à la Nick Cave. Vous vous définissez comme un vrai bluesman ou est-ce plus compliqué que cela ?

Tout d’abord, Tom Waits est une figure majeure dans ce que j’essaie de faire en musique. Je ne pense pas être un musicien blues uniquement. En fait je veux me sentir capable d’exprimer tout ce dont j’ai envie. Certaines chansons sont vouées à être blues d’autres beaucoup moins. Le résultat est plus dû au hasard qu’à une volonté technique.

 

Qu’écoutez-vous actuellement comme musique ? Vous en écoutez souvent ?

Pas autant que je le voudrais. Il y a quelques années je travaillais dans une salle de concert, j’entendais donc de la musique live tous les jours. Maintenant c’est plus lié aux artistes que je croise en concert ou en festival. J’aimerais être plus volontaire dans la recherche de nouvelles musiques, mais je manque de temps. J’écoute principalement de la folk américaine. Et la plupart de mes amis en Suède sont musiciens, donc je vais les voir souvent en concert.

 

La production de Moan Snake Moan sonne très analogique, à la manière d’un Jack White. Etes-vous obsessionnel des productions vintage ou est-ce juste un souhait précis pour cet album ?

Je suis vraiment très fan de tout ce qui est vintage, clairement. « Moan Snake Moan » est plus un mix entre analogique et numérique, car il est très rare qu’un album soit entièrement analogique. Au final, en terme d’équipement, j’utilise ce que je trouve, pour moi le matériel passe au second plan, j’y attache une importance bien moindre qu’à l’écriture.

 

Savez-vous vers quoi vos futurs projets vont vous porter ?

Tout à fait, j’ai énormément d’idées, je dois bien avoir 4 albums dans ma tête. Sensiblement dans la même veine que « Moan Snake Moan ». Aussi différents que semblables (rires).

 

Moan Snake Moan profitera d’une distribution à grande échelle (Fnac, etc…) à compter du 8 décembre prochain. On a jamais eu un blues aussi proche de la Laponie à offrir pour Noel!

Interview réalisée le 22 novembre 2014.

Merci à Nicolas de Normandeep blues records pour avoir rendu cette entrevue possible.

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