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Interview de Caprice

Depuis le début du nouveau millénaire, les Russes de Caprice ont crée une musique onirique autour de l?univers de J.R.R. Tolkien, dans une trilogie elfique. L?été dernier, ils ont mis en musique des poèmes anglo-saxons pour réaliser l?un de leur album les plus aboutis, « Sister Simplicity ». C?est la raison pour laquelle il nous semblait temps de nous entretenir avec Anton Brejestoski, leader du groupe.

Retranscription par Olf bm.

Malgré ce quatrième album sorti en France, vous demeurez encore connu d?un public relativement confidentiel. Pourrais-tu nous présenter un peu ce projet et le monde dans lequel vous évoluez ?
Le noyau dur de Caprice est composé de six musiciens Inna Brejestovskaya (chant), Alexei Bazhalkin (basson), Alexandra Korzina (violon), Anton Konchakov (clarinette), Vladimir Bobovnikov (flûte), et moi-même (claviers, composition). Comme tu peux le voir, nous n?avons ni basse, ni batterie, le genre de musique que nous jouons n?en nécessite pas. Mais nous pensons enregistrer un album dans lequel nous les utiliserions.

Tous vos albums y compris le dernier sont une mise en musique de la littérature anglo-saxonne? Comment t?es venu ce goût pour cette culture ?
En fait, nous utilisons le russe dans de nombreux projets. Dans notre premier album « Mirror » par exemple. C?est un ?bébé? auquel nous tenons beaucoup, j?en ai écrit les paroles. Il y a également le mini-opéra « The Architect », dont le livret a été écrit par Daniel Harms. C?est un classique de la poésie absurde russe.

« Chinese pastoral poetry » ne s?appuie pas non plus sur la littérature anglaise, mais sur de très vieux poèmes chinois ? en les lisant, je ne peux pas m?empêcher de croire que les chinois ont réellement atteint la perfection dans la poésie.

De plus, cet album avec basse et batterie dont je parlais ? qui s?appellera « Masquerade » ? contiendra des créations de poètes russes. Je peux également ajouter que nous avons de nombreuses ?uvres uniquement instrumentales. Comme tu peux le voir, la littérature anglaise n?est pas notre seule source d?inspiration.

D?un autre côté, nous avons effectivement quatre albums en anglais ? les deux premières parties de la trilogie « Elven music » (la poésie de J.R.R. Tolkien), « Songs of Innocence and Experience » dans lequel nous avons utilisé des poèmes de William Blake, et « Sister Simplicity » qui a été conçu lorsque j?ai trouvé sur une étagère un vieux livre d?école sur la littérature anglaise, tout corné. Ces choix n?ont pas tant été déterminés par un goût pour la culture anglaise que par la personnalité des poètes.

Prévois-tu de t?attaquer à d?autres patrimoines littéraires, français, russe ou d?écrire tes propres textes ?
Dans « Elvenmusic 3 » toutes les paroles seront en Laoris, le langage des fées. Je les ai écrites moi-même. Dans « Masquerade », que nous pensons sortir après « Elvenmusic 3 », nous utiliserons des ?uvres de poètes russes. Principalement des auteurs qui ont vécu pendant ce qu?on appelle « l?âge d?argent », c?est à dire au début du XXème siècle.

J.R.R. Tolkien semble prendre une part importante dans votre ?uvre. Que représente-t-il exactement pour toi ?
Il a créé un monde qui vit et qui s?épanouit. C?est très impressionnant.

Comment vois-tu ton approche des Terres du Milieu par rapport à celle de Peter Jackson ?
Elle lui ressemble beaucoup. La façon dont il a perçu les elfes est tout simplement incroyable. Avant lui, de nombreuses tentatives avaient été faites pour adapter l??uvre de Tolkien à l?écran, mais M. Jackson est le seul qui semble avoir une vision réellement convaincante de l?univers de Tolkien. Le visage des elfes, les arbres, les vêtements, la musique? C?est vraiment un travail formidable !

Est-ce que le fantastique, la magie ont un rôle important dans la tradition russe ?
La magie est plutôt sombre ou étrange et les habitants du ?monde merveilleux de Russie? sont en général hostiles aux humains. Les superstitions, les rituels païens, et les croyances sont encore très présentes, surtout dans les campagnes. Lors des fêtes de village, comme au Noël orthodoxe ou à la nuit de la Saint-Jean, on assiste à de nombreux rituels : on dit la bonne aventure, on communique avec des forces surnaturelles. Pour autant que je sache, ces forces ne sont pas très intéressées par la musique, c?est pourquoi les coutumes de fées européennes sont beaucoup plus intéressantes pour moi. Particulièrement celles qui ont trait aux talents musicaux des habitants du monde féerique.

Sur le deuxième volet, vous ayez fait quelques tentatives d?ouverture sur Athelas, The Tower of Cirith Ungol voire Shadow Bride entre sonorités slaves, musique contemporaine. Vous développez également une certaine tension qui n?existait pas précédemment. Qu?en est-il exactement ?
La musique que je compose dépend uniquement de l?image que je cherche à créer. Je ne pourrais pas dire que j?ai mis quoi que ce soit de slave dans la musique d? »Elvenmusic 2″ (en tout cas pas consciemment), tout simplement parce qu?il n?y a rien de slave dans « Le Seigneur des Anneaux » !
La tension dont tu parles est très présente dans nos autres ?uvres. Cependant, dans « Elvenmusic 1 », il n?y en avait pas besoin. Dans « Elvenmusic 2 », contrairement à cette première partie, il y avait non seulement des chansons (de la poésie sans action) mais aussi de l?action. Par exemple, The Tower of Cirith Ungol est l?illustration musicale d?un des épisodes clés du « Seigneur des Anneaux », lorsque Sam se bat pour aller secourir son maître Frodo. Pour créer la bonne image, la musique avait besoin de cette tension, de cette complexité, de cette part sombre.

Est-ce un élément que vous développerez sur ce troisième épisode ? Où en êtes vous d?ailleurs ?
La troisième partie n?aura plus à voir avec « Le Seigneur des Anneaux » mais avec le monde des fées. Elle ressemblera plus aux chansons de la première partie qui parlent de cet univers (Princess Mee, Of True Thomas et Faerie Queen). L?enregistrement débutera en février.

Sur cet album vous n?êtes plus que sept?
En réalité, la plupart des chansons ne sont interprétées que par cinq musiciens. Le basson et la clarinette ne font que des apparitions.

Est-ce que Caprice est un groupe à géométrie variable en fonction de tes besoins ou est-ce que cela correspond à « une nécessité de survie » ?
Bien sur, il n?y a aucune raison ?économique? à cela. Pendant l?enregistrement ça ne dépend que des besoins, du point de vue de l?artiste. En concert, par contre, nous modifions parfois les arrangements si l?un ou l?autre d?entre nous ne peut pas être présent.

Votre musique semble plus sombre avec le temps ? As-tu le même sentiment ?
Non. Ça devient plus varié. Et, en général, moins pessimiste.

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur votre travail ? En quoi celui-ci a-t-il évolué ? Comment vois-tu son avenir ?
J?adore mon travail, comme tout parent aime ses enfants. C?est exactement pour cela que je ne veux pas parler du futur de ce projet. Mon opinion sur sa longévité n?a que peu d?intérêt. Les parents ne sont pas objectifs et donc se trompent souvent. Je veux juste continuer à composer du mieux possible.

Vous avez déjà quelques projets pour 2005 ?
Nous voulons terminer l?enregistrement de « Elvenmusic 3 » et commencer à travailler sur « Masquerade ». Mais en 2004, nous n?avons pas uniquement enregistré « Sister Simplicity », j?ai également composé trois pièces : la musique d?un documentaire, « Northern lights », la musique d?un ballet, « The Seasons of Lapland » (toutes deux des commandes de Santa Park, en Finlande) et une sonate en trois mouvements pour domra et piano (une commande d?amis russes, musiciens classiques). J?aimerais vraiment continuer à composer ce genre de musiques.

Chroniqueur
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