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Interview de Editors

Rencontrer Editors en cette fin de mois de janvier a quelque chose d’assez irréel. Au moment où Tom Smith, l?élégant chanteur/guitariste du groupe, nous accueille dans la modeste loge du Trabendo, « The Back Room », le premier album du groupe, est en effet classé second des ventes dans les charts britanniques. En quelques minutes d?un discours pourtant un brin formaté, se brosse l?attachant portrait d?un groupe encore jeune, prompt à l?enthousiasme. A l?aube d?un succès que certains prédisent planétaire, Editors, pas encore blasés, semblent animés par une réelle foi en leur art. A la croisée des chemins entre rock mainstream taillé pour les stades et exigence artistique, les quatre Anglais évoluent avec brio sur le fil du rasoir. Il n?est pas certain que, d?ici quelques années, on les aime encore autant, si leur quête effrénée de la reconnaissance du grand public les mène à tomber du mauvais côté de la barrière. Mais qu?importe ! Pour l?instant, leur rock fiévreux et ténébreux est l?une des meilleures nouvelles qui nous soient venues d?outre-Manche depuis longtemps.

Peux-tu nous résumer l?histoire du groupe jusqu?ici ?

On s?est rencontrés à l?université, il y a de cela 6 ans. On suivait tous le même cursus d?ingénierie du son, et ça ne plaisait réellement à aucun d?entre nous, on suivait juste les cours pour décrocher un travail. Pour nous, le groupe était sérieux dès le départ. On avait tous joué dans des groupes au lycée, des groupes vraiment mauvais. On voulait tous faire de la musique, mais on n’avait pas rencontré les bonnes personnes pour ça. Après avoir obtenu nos diplômes, on s’est installés à Birmingham, parce que notre manager vivait là-bas. On travaillait le jour et on répétait le soir. Les représentants des labels ont commencé à venir à nos concerts, la plupart nous promettaient de nous rappeler mais n’en faisaient rien. Mais les gens de Kitchenware, eux, se sont vraiment pris de passion pour le groupe. Et on n’a pas eu peur de signer pour un label indépendant. Avec l’exemple de Franz Ferdinand ou Bloc Party, on voit que des groupes peuvent avoir un succès énorme sans passer par les majors. Tout s’est alors enchaîné très vite : notre premier single est sorti en début d’année dernière, l’album en juin et depuis, on est sur la route.

Comment vivez-vous ce succès si soudain ?

On voulait vraiment construire une carrière, éviter toute forme de hype, grandir de manière organique. On est très fiers de la façon dont notre succès s?est bâti l’année dernière. Tout va effectivement très vite, mais les choses s?enchaînent de façon naturelle, saine. Notre album est numéro 2 des ventes anglaises en ce moment, mais six mois après sa sortie, après être descendu à la 200ème place. On est un groupe sans visage, ça évite d’être trop exposés. Le fait d?être constamment sur la route nous oblige à rester en dehors de tout ça, à nous concentrer chaque soir sur le concert à venir. On a assuré la première partie Franz Ferdinand : on a joué devant dix mille personnes, c’est dingue. En même temps, on n?avait pas beaucoup de pression : le public n?était pas venu pour nous, alors notre seul but était de tout donner pour tenter de convaincre le maximum de gens. Franz Ferdinand est un groupe assez nouveau, leur public est probablement assez ouvert à la nouveauté. En tout cas, nos concerts semblaient plaire au public. L’organisation était remarquable, la nourriture géniale. C’était tellement nouveau pour nous, on était comme des gamins, à glousser tout le temps, tellement c’était incroyable.

Pensez-vous déjà au second album ?

On a une poignée de nouvelles chansons, on en jouera quelques-unes ce soir. Mais The Back Room vient juste de sortir en Amérique, on a fait une tournée là-bas, il est encore bien trop tôt pour savoir ce qu’il y aura sur notre second album, comment il sonnera. Cela m’étonnerait qu?il sorte en 2006, je pense qu’on ira en studio à la fin de l’année. En tout les cas, on veut mettre plus de sons sur cet album, on veut vraiment faire un gros disque.

Tous les morceaux sont crédités à l?ensemble du groupe. Cela reflète-t-il réellement votre mode de fonctionnement ?

J’écris les paroles, mais la musique vient de nous quatre. Chacun enregistre les idées qu’il a, à la guitare ou au clavier, ensuite on rassemble tout ça pour essayer de bâtir les chansons ensemble. On n’a pas intérêt à avoir des conflits d’ego, on a besoin de ce que chacun apporte. C’est vraiment pour ces moments là qu’on veut être en groupe, arriver à construire ensemble les chansons. Après six mois, on avait un peu perdu cette sensation là. On profite parfois des balances pour tenter quelques nouvelles choses, mais ce n’est pas tout à fait pareil. A Noël, on s’est retrouvé pour travailler ensemble de nouvelles chansons, c’était génial.

La musique d?Editors a parfois quelques chose d?hypnotique, même dans les titres les plus rapides. Tu fais souvent appel à des phrases répétitives dans tes paroles, ce qui accentue cet effet. Est-ce quelque chose que vous travaillez volontairement ?

A nos débuts, on nous a souvent classé dans la mouvance de groupes un peu sinistres, maussades, sans voir que plusieurs chansons de l’album, comme Open Your Arms, parlent de choses joyeuses. Mais c?est vrai, on cherche à créer de l?intensité grâce à la répétition. Pour les paroles, une de mes grandes influences reste R.E.M. Leurs premiers albums restent des références pour moi, et Michael Stipe utilise des paroles très répétitives sur ces disques. On est également très fans de dance music, on aime beaucoup la façon dont la dance utilise une accroche, et la répète sans fin. Je suis adepte du minimalisme, j’ai l’impression qu’on peut parfois mieux dire les choses avec peu de mots. Ou alors c’est peut-être simplement que je n’arrive pas à trouver assez de paroles !

D?autres influences ont-elles été importantes pour le groupe ?

Radiohead, essentiellement pour moi. Je suis plus attiré par leur rock enflammé des débuts. « OK Computer » reste mon album favori, j’aime aussi beaucoup « The Bends ». Je n’aime pas tout dans leurs derniers albums, mais ils recèlent également des choses fantastiques. On est aussi des grands fans d’Elbow, on a eu l’honneur de travailler avec eux. C’est à la fois bizarre et grisant quand tu finis par rencontrer tes héros, qu’ils te demandent de travailler avec eux. La frontière entre le rêve et la réalité devient floue…

Chroniqueur
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