"> Interview de Girls in Hawaii - Indiepoprock

Interview de Girls In Hawaii

Girls In Hawaii

Deux semaines avant la sortie de leur très attendu deuxième album, nous avons rencontré Lio et Denis pour parler du successeur de "From Here to There" et revenir sur leur début de carrière. C’est emmitouflés dans des écharpes que les deux filles d’Hawaii ont gentiment répondu à nos questions au terme d’une longue journée de promo.

On va commencer par LA question que tout le monde se pose : pourquoi si longtemps?
Denis : Ça a été long pour plusieurs raisons: d’abord l’album a connu des sorties échelonnées. On a tourné encore très longtemps après la sortie du disque jusqu’à fin 2005. Mais on avait un peu de mal, on tirait sur la corde parce qu’on avait que dix morceaux. Puis il y a eu une longue période à se reposer de la tournée parce qu’on avait besoin d’un break et de se reposer de la musique, besoin de souffler.

C’est vrai qu’à l’époque de "From Here To There", vous étiez étudiants ou vous aviez des boulots à coté mais maintenant vous êtes musiciens à part entière.
Denis :
Oui. Pour le premier disque c’était vraiment Antoine et Lio, le groupe est arrivé par la suite pour transposer sur scène mais en gros c’était une sorte de hobby entre deux potes. Ca a complètement changé de statut. 
Lio :
Tout ça c’est une expérience normale, logique dans l’histoire d’un groupe. 
Denis : On a eu besoin de réfléchir à ce qu’on allait faire, comment rester pertinent. On s’est même posé des questions : est-ce qu’on va en faire un second, est-ce qu’on a toujours quelque chose à dire ? Tout ça a pris beaucoup de temps, mais ça a été instructif car c’est aussi à cette période là qu’on a pris conscience de ce que c’est que faire carrière sur la longueur. Le disque en soi a été réalisé assez vite : une grosse année et demie, à composer et à enregistrer. 

Pour ce deuxième album, est-ce que vous avez été plusieurs à composer?
Lio : C’est un peu sur la même base que pour le premier. Mais on a beaucoup plus travaillé avec Denis, à trois donc. En session d’enregistrement on a plus travaillé ensemble.

Quand on écoute l’album il semble très différent : le premier était très cohérent mais celui-ci est beaucoup plus contrasté.
Denis : Quand Antoine et Lio se sont mis à composer puis qu’ils nous ont proposé leurs idées, c’étaient des choses beaucoup moins immédiates, plus complexes aussi dans les arrangements. On a encore étoffé ces arrangements en groupe. Un morceau comme Birthday Call, c’est quasi quatre morceaux en un. 
Lio : C’est une volonté. On voulait explorer ça. Quelque chose de moins spontané, enfin pas moins spontané mais s’étalant plus sur la longueur. C’est une expérience.

Peut-être qu’après le succès mérité mais inattendu du premier album, vous vous êtes demandé comment faire pour vous renouveler ou ne pas vous laisser enfermer dans un style.
Ensemble : Oui, il y a de ça aussi. 
Lio : Et aussi pour s’amuser, il y a un coté ludique. Si on fait le troisième par exemple, tu ne vas pas savoir à quoi t’attendre et ça c’est chouette. 

Road To Luna se retrouve sur l’album, pourquoi? 
Lio : C’est un morceau qu’on aime bien, tout simplement. Il rentre bien dans l’ambiance du disque. C’était un de nos premiers titres.
 
Ça fait tellement longtemps que vous la jouez qu’on pouvait penser qu’elle allait rester en version live.
Lio : C’est vrai, ça aurait aussi été intéressant. 
Denis : C’était une manière de ne pas nous attendre au tournant. C’est vrai qu’il y a l’instrumental qu’on livre en live mais en studio on peut beaucoup plus travailler sur les ambiances. On lui a donné un côté beaucoup plus effrayant, planant et bizarre.

Une particularité du disque, ce sont ces petits interludes musicaux, un peu déstabilisants aussi.
Lio : C’est une espèce de chapitrage. Ce sont des choses qu’on a enregistrées dans notre local de répet’. On a voulu garder une trace du son. Nous on y trouve beaucoup de choses. On collecte ces souvenirs… en fait on le fait pour nous. Ça peut ne pas parler. 
Denis : L’interlude qui est au début du disque, c’est une longue nuit qu’on avait passée au local où on a enregistré l’orage, le chien d’à côté qui aboie… Ca illustre tout à fait l’état d’esprit dans lequel on était. Tout va lentement, tu as l’impression que c’est un vieux bateau qui est en train de craquer, à la limite de couler… On ne savait plus trop où on en était. Donc c’est super gai de garder une trace, ça a aussi un côté sincère de montrer cet aspect-là. 
Lio : Il est rattaché à Shades of Time juste après. 

Ah, Shades of Time, très bien ce morceau, ça évoque Calc.
Lio : Hum… Moi ça me fait penser aux Cités d’Or. 

Parlons de Couples On TV, différent dans le chant, dans la musique, tout ! 
Lio : Ce n’est pas étonnant, c’est un morceau de Daniel, notre bassiste. On prend tous ses bons morceaux… et il n’y en avait qu’un ! Il m’a fait écouter toute une série de démos qu’il avait faites. C’est un poème allemand qu’il a remis en musique. J’ai flashé dessus, je l’ai fait écouter à Denis. Et on a tout doucement commencé à intégrer l’idée que ça pourrait rentrer dans le thème du disque. Puis il l’a traduite en anglais. On aimait bien les paroles, ça reflétait une période. 
Denis : Ce morceau traite un sujet déprimant et banal mais en même temps il a un côté décalé, à la fois lancinant et joyeux. Je crois que c’est ça qu’on aimait bien. Ça fera un peu l’ovni du disque. C’est un cool morceau.

Vous l’avez déjà testée en live ?
Denis :
Hier soir on l’a testé en concert pour la toute première fois, lors d’un concert privé en Belgique pour des amis et ça a vraiment eu un effet, comme sur le disque. On se rend compte qu’on tient un super truc, un moment décalé où Daniel chante, où c’est très dépouillé, un peu acoustique.

Et les autres ?
Denis :
Le disque qui demande plusieurs écoutes. Il est plus sombre et plus riche mais sans doute aussi plus dense. Mais en concert c’est différent. Il y a un chouette équilibre qui s’est installé entre les autres titres qui sont plus simples et ceux-là qui sont plus épiques. On est assez confiants sur ce qu’on va livrer, on est plus sûrs de nous que pour le premier disque, du coup on prend beaucoup plus de plaisir car on est très fiers de ce qu’on joue.
Lio : Pas de regret à ce niveau là.

Vous allez jouer prochainement à l’Olympia, ça y est, c’est la gloire ?
Lio
: Pas du tout, je sais même pas comment ça se fait!
Denis : Maintenant peut-être que tout le monde va trouver notre disque pourri. Quand tu choisis de te mettre en danger, tu prends le risque que certains s’y retrouvent pas du tout.

Peut-être que des gens seront déçus, peut-être que vous toucherez un autre public.
Denis :
Oui je pense aussi. Et peut-être satisfaire des gens parmi notre public qui étaient plus proches de nos goûts à nous. 
Lio : De toute façon tu ne décides pas ce genre de choses, tu fais juste les chansons que tu as envie de faire à ce moment là.

Kim
Chroniqueur