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Interview de GusGus

GusGus existe depuis presque 20 ans. Le groupe a subi plusieurs changements dans la configuration de ses membres. En quoi cela a joué sur votre son ?

Birgir : GusGus a clairement changé en fonction du changement de ses membres. Il a changé en terme de son, et dans la façon de l’explorer. Nous avons commencé en 1995 avec des sons house. Après les années 90, quand les chanteurs nous ont quitté, nous avons continué les tournées instrumentales et nous voulions explorer davantage. Quand j’ai commencé la musique dans les années 80, j’aimais le disco, la new-wave, ce genre de sons et ça a conduit à l’album « Forever ». Puis Daniel est revenu et il y a eu « 24/7 ». Nous étions épris de techno allemande à cette époque. Il y a eu ensuite « Arabian Horse » avec des structures et des arrangements beaucoup plus forts.

Sur le dernier album « Mexico », nous voulions nous éloigner un peu de cette deep techno qu’il y avait sur « Arabian Horse ». Nous avons voulu assouplir ce son et avons essayé beaucoup de choses. On peut sentir un peu de l’influence de « Attention », « Forever » et du son des années 90. En fait, nous sommes toujours en train d’explorer.

Nous sommes toujours à la recherche de ce que nous voulons faire après. Cette prochaine étape est toujours une combinaison de ce que chacun des membres souhaite en faire. Je pense que « Mexico » est basé sur le fait de se libérer de « Arabian Horse » et de faire quelque chose de plus dingue.

 

Est-ce que la façon de créer de la musique a changé pour vous au cours de ces 20 ans ? Que ce soit en terme de technologie ou de l’avènement d’Internet ?

B: Je pense que c’est pareil. Nous commençons toujours avec quelques instruments, nous nous retrouvons au studio, nous les connectons et nous en discutons : « OK, j’aime bien ça. », « J’ai quelque chose qui peut aller avec ça. ».

Nous prenons aussi quelques vacances quand nous sommes tous ensemble. Nous nous retrouvons quelque part en Islande. Nous prenons une petite semaine pour explorer ensemble. Sur cet album, nous avons écrit Crossfade et Sustain grâce à cette session. Les 3 premiers titres de cet album à avoir été enregistrés en studio sont Crossfade, Sustain et Airwaves.

Nous essayons toutes sortes d’approches.

 

Quand avez-vous commencé à écrire « Mexico » ?

B : Nous avons composé le fond d’Airwaves à l’été 2012. En janvier 2013, c’est là que nous sommes partis en session dans le pavillon et avons composé Crossfade et Sustain.

 

 

Juste après « Arabian Horse » en fait.

B : Oui.

Högni : Je n’étais pas en grande forme à cette période. J’étais plus stable, plus sain dans ma vie personnelle. Je ne suis allé dans le pavillon que quelques jours. Ça m’a pris plus de temps pour me mettre dans l’album. Les 6 premiers mois de 2013, j’avais besoin d’être équilibré. J’allais tous les jours à la piscine. J’avais peur ne de plus être capable d’écrire à nouveau de la musique. Mais heureusement je me suis débarrassé de tout ça et ça m’a pris beaucoup d’énergie.

B : Nous avons pu recommencer à travailler sur les derniers titres de l’album entre Noël et février 2014.

H : L’album était presque terminé. Je n’y ai pas contribué beaucoup et je me disais « Oh mon Dieu ! J’ai besoin de me remettre à écrire des trucs. », ce que j’ai fait. Ça a été inspiré par les relations lascives et juste vivre de manière folle, l’envie de vivre.

B : En septembre 2013, nous étions au studio à écouter d’anciennes démos pour voir si nous pouvions reprendre quelque chose. Et [Högni] s’est toute de suite rapproché d’une ancienne démo qui est devenue le fond d’Obnoxiously Sexual. C’est une démo qui datait de 2006, de la période de « Forever ».

Puis il y a eu God Application.

H : C’est un peu le titre bâtard de l’album. C’est l’un des titres les plus nouveaux de l’album.

B : Même si pour Dan[iel] et moi, ce son plus breakbeat n’était pas nouveau. Il y a un titre sur « Attention » qui s’appelle Desire et qui a ce genre de son. Beaucoup de ces démos sur lesquels nous avons précédemment travaillé avec Daniel avant qu’il quitte le groupe ont ce son à la God Application.

 

Qu’est-ce qui vous motive toujours à écrire de nouveaux titres ?

B : C’est comme si tu demandais à quelqu’un « Pourquoi avez-vous fait une nouvelle peinture ? »

H : C’est notre boulot.

 

C’est un boulot sympa.

H : Oui, tu as raison, c’est sympa. (rires) Tu peux avoir le cœur brisé 4 fois de suite et demander si c’est un boulot sympa. (rires)

J’aime travailler dans un état d’esprit qui me donne des idées, des sentiments, des états qui me tirent d’un esprit normalisé pour atteindre un mode de vie où je me sens accaparé par quelque chose que je sais génial. Ça peut être horrible. Ou ça peut être joyeux et magnifique. J’existe à travers ça. C’est là où tu captures les choses et où ça t’excite. C’est juste des acrobaties à l’intérieur de ta propre tête. Et c’est là que tu écris. C’est comme donner à ton moteur de l’essence et créer l’étincelle qui va le faire démarrer.

Il y aura toujours quelque chose dans ma vie qui va me conduire vers une nouvelle destination. Et je ne veux pas perdre ça. C’est ce que je fais et c’est ce qui est excitant.

B : Je formulerais ça plus simplement. C’est simplement l’envie de faire de la musique. C’est le noyau de mon être. Juste après avoir sorti un album, et que ça commence à s’estomper, on sent l’envie de faire quelque chose de nouveau, d’explorer.

H : Et de s’amuser. Ce que je veux dire c’est qu’il y a peu de boulots dans le monde qui ont autant de possibilités de voyager comme nous le faisons.

B : Des possibilités de voyager ? (rires)

H : Comme dans une fiche de description de poste. Être musicien…

B : … C’est avoir des opportunités de voyager. (rires)

 

 

Vous avez encore cette envie de sortir de nouveaux albums alors ?

B : Oui. Elle n’est pas partie en 20 ans. Je ne pense pas que ça sera le cas.

H : On a toujours envie d’attraper un plus gros poisson. Nous sommes comme des chasseurs. Nous chassons autant que nous le pouvons.

 

Pour en revenir à God Application, ce titre si différent, comment est-il né ?

H : C’est le dernier titre que nous avons composé. Je suis allé au studio et je voulais programmer un battement de batterie. Birgir est venu au studio et je lui en ai parlé.

B : J’ai dit « OK, pas de problème. C’est facile. Je te montre. Tu appuies sur ce bouton, tu modifies le son et tu vois ce que ça donne. Je verrai le résultat et en ferai une copie. ». Quelques minutes plus tard, je suis revenu et nous avions le beat. Nous avons continué à travailler sur le morceau.

H : Ça a été facile.

B : [Högni] voulait faire quelque chose qui n’était pas de la techno.

H : J’en avais assez de ce 4/4.

B : J’étais d’accord. Nous avons fait du 4/4 avant, nous pourrions encore en faire.

 

Il y a quelques temps, nous avons pu parler avec Daniel Smith de T.O.L.D.. Il a mixé son EP avec toi, Birgir. Tu peux nous parler un peu de cette collaboration ?

B : J’ai travaillé sur 4 titres avec lui. Il a vraiment du talent. Quand on m’a proposé de travaillé lui, j’ai de suite accepté et il est venu 2 semaines en Islande pour travailler sur son projet. Nous avons trouvé quelques musiciens islandais. C’était une très bonne expérience. C’est un bon ami. Nous avons passé du bon temps à travailler ensemble.

 

Pour la vidéo déjantée de Crossfade vous avez travaillé avec Tommy Kha. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

H : Nous avons discuté avec un ami directeur artistique qui a travaillé sur pas mal de clips pour GusGus dans le passé. Il cherchait des artistes et a eu Tommy Kha en tête. Il nous a montré ce qu’il faisait, l’important travail de photographie qu’il a réalisé. Nous avons accepté et ça s’est avéré plutôt cool.

B : Sur cet album nous avons essayé d’expérimenter différents aspects de la vidéo car nous n’en avions pas de spécifique en tête.

 

Vous voulez aussi explorer la vidéo ?

B : L’aspect visuel faisait partie de GusGus à ses débuts. Ça a juste été moins présent ces dernières années. Nous utilisons des visuels pour la tournée actuelle dans de plus grandes salles que la Maroquinerie. Ils ont été réalisés par un ami à New-York. Ils sont basés sur le concept de visuels utilisés dans le clip pour Mexico.

 

 

Vous êtes actuellement en tournée. Qu’est-ce qui vous plaît tant en live ?

B : Les fans.

H : Tellement de gens aiment toujours le groupe, la musique, et nous connaissent. C’est génial de voir que les gens s’intéressent à ce que nous faisons. L’une des choses les plus difficiles en tant qu’artiste, c’est d’oublier pourquoi ce que tu offres est important. Parfois, certains artistes ne s’en rendent pas compte et commencent à s’intéresser à l’argent ou à d’autres choses secondaires. Ils ne comprennent pas que ce qui est merveilleux c’est d’être capable d’être en communion avec tous ces gens. La gloire et l’argent n’ont rien à voir.

B : Quand je produis un nouvel album, je fais toujours en sorte que ça soit mon préféré. Ça a toujours été génial de voir qu’il est apprécié.

 

Que peut-on attendre de GusGus à l’avenir ?

B : On verra. Nous envisageons différentes options, la stratégie est toujours en cours. Mais l’envie est toujours là, elle revient et les idées fusent. Rien n’est certain. Nous sommes encore dans la phase où nous nous sentons libres d’explorer ce qui viendra. Nous ne nous pressons pas encore à composer de la musique. Nous prenons les choses comme elles viennent.

 

L’album « Mexico » est sorti le 23 juin sur le label Kompakt.

Interview réalisée le 2 décembre.

Remerciements : Birgir, Högni, Agnès, Ophélie, Mounya.

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