"> Interview de Hawksley Workman - Indiepoprock

Interview de Hawksley Workman

Le « Blues autour du zinc » à Beauvais dans l?Oise fut l?occasion pour Tyler, Lewis, Marylou et Mr.A de rencontrer, juste avant son concert, Sir Hawksley Workman, venu pour ouvrir le festival.

Vous avez vécu à Paris durant l?enregistrement de « Almost a full moon », est-ce un endroit que vous affectionnez, y-a-t-il une connexion ?
Je ne sais pas? Quand je viens en France je m?y sens comme chez moi, c?est ma seconde maison. Lorsque je suis en Europe, c?est le pays où je me sens le mieux. A partir de là, il me semblait logique d?y avoir un appartement où je pouvais me reposer, cuisiner? La vie dans les hôtels n?est pas si cool ! (rires)

Vous aimez cuisiner ?
J?adore ! J?aime la viande, le fromage? Quand je viens en France, la chose qui me vient immédiatement à l?esprit est « steak tartare » (rires)
Ça me donne de l?énergie, j?aime ça, je me sens bien dans une cuisine?

Vous avez tourné en France récemment, notamment à Marseille au mois de décembre?
Ce concert fut formidable? Il y a là-bas un restaurant que j?aime tout particulièrement pour son rosé et sa charcuterie.

Quels artistes français respectez-vous, et avec lesquels seriez-vous désireux de travailler ?
J?aime beaucoup Emilie SIMON, cette simplicité dans ses paroles. J?aime toujours également NOIR DESIR, leur dernier album. J?ai fait dix dates avec eux, notamment au Canada (Québec)
Quand j?ai entendu ce qui s?est passé il y a quelques mois au sujet de Bertrand . Je n?y ai pas cru . C?est un putain de mec.
J?apprécie aussi depuis longtemps Daft Punk et l?un de mes artistes français préférés est Erik Satie.

Vous dites aimer Daft Punk, envisageriez vous une direction electro ?
Je ne sais pas du tout à quoi ressemblera le prochain album?

Jouez vous des nouvelles chansons en concert ?
Je ne joue jamais d?inédits en concert car, en tant que fan, j?aime découvrir la musique sur disque avant de l?écouter live.

On vous a vu joué dans deux formules différentes, l?une plutôt intimiste où il n?y a que vous et Mr Lonely, et l?autre plus classique avec le line-up habituel, que préférez-vous ?
J?aime vraiment les deux, mais la formule acoustique était un choix économique !
J?aime également quand le groupe est au complet. En fait j?ai besoin d?avoir les deux. La bonne chose à propos de Mr Lonely et moi, c?est cet espace créatif que nous avons pour nous exprimer sur scène.

Vous jouez une musique qui a un aspect assez théâtral. N?avez-vous jamais pensé être acteur ?
A l?âge de dix-sept ans, j?ai quitté l?école pour faire du théâtre. Au Canada, j?ai joué dans deux films, mais je ne pense pas être un bon acteur. Je trouve cela intéressant, mais ça n?est pas mon truc. La musique est mon sang.

Tout le reste, mon livre par exemple, ou faire de la télévision, se veut accessoire.
J?ai détesté le rock?n roll de ces dix ou quinze dernières années. A vrai dire, et sans vouloir sonner vieux jeu, je ne comprend pas tout cet engouement autour du rock garage. Qu?arrive t ?il à la musique ? Même quand j?étais jeune, dans les années quatre-vingt, il y avait Les Smiths, A-HA, les Cure?Où est passé tout ce songwriting, il y a un cruel manque de mélodie aujourd?hui . Nous avons beaucoup tourné avec des groupes à la mode, et à la fin de chaque concert, j?étais fier de ne pas appartenir à cette tendance.

Quelquefois je suis vraiment frustré, car les maisons de disques te demandent toujours d?être comme ci, comme ça . Je veux juste être moi-même.
J?ai passé tellement d?années à apprendre la batterie et la guitare, le piano, apprendre le métier de musicien, étudier la composition, dois-je prétendre que je suis stupide pour appartenir à la scène actuelle, ça n?a aucun sens , je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je la trouve ennuyeuse?

A la base, vous êtes batteur ?
H.Workman : oui (rires)

En ce qui concerne le songwriting, comment procédez vous ? Avec quel instrument ?
Piano, guitare ou batterie? ça dépend. Quand je suis au piano, ça donne des chansons plus cabaret, l?écriture c?est comme les maths, l?harmonie dans la musique est la plus belle des mathématiques.
Vous connaissez ma chanson « Paper Shoes » ?

Bien sûr, elle est sur le premier album !
Eh bien, celle-ci ou bien « Dirty & True », sonnent théâtrales, alors que des chansons comme « Tonight Romanticize The Automobile » sont plus orientés batterie.
Quand je suis derrière une batterie, je ne pense guère aux règles de l? harmonie, j?ai juste le rythme sur lequel je chante ce que je veux, je me sens plus libre.

Qu?écoutez-vous comme musique actuellement ?
De la musique rap.
A la fin de chaque jour d?enregistrements de Lover/ Fighter, j?écoutais du rap pour me reposer l?esprit. Je ne sais pas ce qui m?attire dedans, sûrement l?élément rythmique. Le rock m?a beaucoup déçu ces 12 dernières années, c?est peut-être pour cela que je me suis intéressé au rap.

Vous écoutez les artistes rap plutôt underground ou mainstream ?
Mainstream ! Jay-Z, Eminem, ? j?ai toujours aimé la musique commerciale, mon père m?a éduqué avec la pop-music, je n?ai jamais eu l?envie ou le besoin de me sentir underground.
Mon but en tant qu?artiste a toujours été de créer quelque chose qui toucherait le grand public. C?est très difficile aujourd?hui.
Pour moi, il n?y a pas de honte à faire de la musique pour le grand public, mais je veux le faire selon mes règles. Il est difficile aujourd?hui de toucher le grand public tout en restant soi-même.

Quels conseils donneriez-vous aux groupes qui essaient de se faire connaître ?
Préparez-vous à travailler très très dur car cela représente beaucoup d?investissement et de sacrifices ! Ce n?est ni facile ni glorieux !

Ce n?est pas aussi facile qu?on le pense?
Yeah !

Parlons de votre voix : comment l?entretenez-vous ?
J?ai étudié l?Opéra pendant quatre ans. Je dirais que la voix est mon instrument le plus précieux. C?est une sorte de drogue quand vous commencez à chanter, cela vous connecte à quelque chose de spirituel.
En tournée cela est très difficile de garder sa voix intacte, surtout avec le vin (rires) ! De plus je ne fume pas, bien que j?aimerais quelque fois !

Croyez-vous au « rock?n roll life style » ?
Non je n?y crois pas , je le vis : drogues, alcool, tout est là ! En me réveillant ce matin après avoir bu trop de whisky la veille ,je me suis dit ; Beauvais ? ? ? c?est gris, Bullshit you know ! (rires)

Parlez-nous de l?alchimie qui règne entre vous et Mr Lonely.
Je ne sais pas? C?est tellement spécial, lui et moi avons fait près de huit cents concerts ensemble en cinq ans. Nous avons tous deux une formation théâtrale. Le théâtre demande beaucoup de concentration, vous devez être attentif au jeu de l?autre, savoir improviser au bon moment?.

Après cette interview mémorable, nous nous sommes rendus dans les coulisses où se trouvaient tous les musiciens du sieur Workman? Une discussion s?ensuivit avec l?affable Mr Lonely, qui nous parla en toute modestie du fait de tourner, de jouer du piano, et du plaisir qu?il éprouvait à jouer avec son grand ami Hawksley, un plaisir basé sur l?improvisation (voir fin de l??interview)?

Après un repas pris à la hâte en ville, retour à la salle, où le Canadien Steve Hill était déjà en train de chauffer le public avec son blues-rock survitaminé et ses solis joués sans mediator (comme Mark Knopfler !)

Après cette agréable ouverture, place au show théâtral de notre nouvel ami, et là comme toujours on reste sans voix devant cet être charismatique au talent démesuré, accompagné sur quelques chansons par la tout aussi talentueuse Serena Ryder (qui l?accompagnait sur cette tournée).
Ebouriffant, c?est le mot?

Chroniqueur