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Interview de Julii Sharp

Interview de Julii Sharp

Même si ce n'est pas forcément évident aux premières écoutes, il y a de la "lumière au bout du couloir" dans tous les textes.

Le nouvel album de Julii Sharp, Burning Line, est toujours attendu pour le 24 octobre.

Pour patienter encore un tout petit peu, cette dernière a accepté de répondre à quelques questions concernant sa musique.


– Avec l’expérience du premier EP, qu’est-ce qui a été plus simple à faire, et au contraire, plus difficile ?

Presque tout est devenu plus simple avec l’expérience du premier EP. Je savais que je voulais passer à de l’enregistrement live — pour plus de fluidité dans le jeu et pour donner un côté plus brut aux morceaux. C’est exactement ce qu’il s’est passé, et tout ça entre les mains d’Olivier Cussac. Ça faisait un moment que je voulais travailler avec lui, et je ne me suis pas trompée. Réaliser un album avec une personne qui partage une sensibilité aussi proche que la mienne, mais avec tout un background et des compétences qui lui appartiennent, ça ne faisait que donner de l’évidence à l’évolution des morceaux.
Je n’arrive pas à trouver ce qui a été plus compliqué… Peut-être simplement qu’un « premier album » implique plus de responsabilités et donc plus de pression…

– Sur ton premier EP, tu chantes 50 % en français, 50 % en anglais. Qu’est-ce qui fait la décision ? Est-ce que tu penses qu’inverser aurait eu un impact significatif ?

La raison pour laquelle il y a les deux langues ne relève pas d’une décision mais du pur hasard… C’est comme ça que les morceaux sont venus, et ce sont ceux-là que je voulais enregistrer. L’EP a beaucoup été présenté comme hybride, « naviguant entre les deux langues ». Ça lui donnait une petite particularité dont se servaient les personnes qui le défendaient… Donc ça a eu son tout petit impact en éveillant peut-être la curiosité de certain·e·s.

– Au contraire, sur le second (qui sort bientôt), c’est uniquement en anglais. Qu’est-ce qui t’a fait prendre cette direction ?

Encore une fois, ça n’est que le fruit du hasard !

– Ce que j’aime beaucoup dans ta musique, c’est ce côté « minimal », avec pourtant l’impression de « grands espaces ». Quelle est la recette ?

Je pense que c’est en partie de travailler avec des musiciens venant d’univers complètement différents. Je suis la seule à faire de la folk dans ce groupe ! Mes chansons, à la base, sont assez minimalistes, mais il y avait « plus » à exprimer. On est parti de ça, d’une guitare-voix, et on lui a donné plein de vêtements sonores qui l’emmenaient là où on ne l’attendait pas forcément.
Quand je joue en solo, ça n’arrive pas trop que ma voix s’élève beaucoup, ou que je gratte très fort sur les cordes… Ça permettait d’ajouter du « cri » dans ma musique. Et de jolis cris, parce que j’ai enregistré cet album avec des musiciens exceptionnels, et des amis… qui comprenaient là où je voulais en venir.

– Quand on lit les paroles, sans musique, comme des poèmes, il y a une certaine évolution tout au long de l’album. Comme si on passait d’une tristesse totale à une forme de « lumière au bout du couloir ». Les morceaux ont-ils été écrits dans l’ordre de publication de l’album ?

Pas du tout ! Je pense qu’il y a une évolution évidente entre les morceaux, mais plus par les sujets que par la chronologie elle-même. Aussi, même si ce n’est pas forcément évident aux premières écoutes, il y a de la « lumière au bout du couloir » dans tous les textes, sauf peut-être Atmosphère… qui, pour le coup, est en dernier. Mais c’est un morceau en écho avec Burning Line. Les deux vont ensemble, et Burning Line porte beaucoup de lumière en lui.

– Pour en venir au visuel, tu passes d’une photo (Toucan) à une peinture (Burning Line). Quelles sont les histoires de ces deux images ? On a un peu la sensation d’être passé, comme sur les albums, de quelque chose de très épuré à quelque chose de beaucoup plus fouillé.

Le visuel de Toucan a été réalisé dans une période assez grise de ma vie, et j’ai l’impression qu’il correspond plus à l’état de sa sortie qu’à l’enregistrement lui-même. J’ai rencontré une photographe, Danya Kiernan, qui fait de la photo argentique en noir et blanc, et je lui ai proposé de réaliser la pochette. Je me sentais connectée à cette atmosphère à ce moment-là, et c’est une part de moi qui, de toute façon, est présente dans ces chansons. Je pense aussi qu’il y avait une certaine timidité de ma part, ou une difficulté à « arriver » avec des grosses banderoles de couleurs !
À l’inverse, Burning Line avait besoin de sortir et qu’on l’entende, qu’on le voie. Pour moi, il fait presque office de cérémonie, avec toutes les fleurs et les couleurs que j’aime lui conférer. Les sujets abordés y sont assez durs, mais méritaient à mon avis d’être escortés par une grande fête. L’expression du visage lui donne un peu de nuances… En tout cas, j’avais très envie de réaliser la pochette. Je ne suis pas peintre, j’ai très peu d’expérience dans ce domaine, mais j’avais quelque chose à dire et à montrer par ce biais-là. Une manière, peut-être, de signifier à celles et ceux qui l’écoutent que j’y ai laissé une part très profonde de moi.

– Question bonus. Est-ce que tu peux me recommander un·e artiste qui n’est pas sous le feu des projecteurs, mais qui le mérite ?

C’est très dur parce qu’il y en a trop… Alors si je dois vraiment choisir, ça serait Danger Zoo, qui sort son album le 26 septembre 2025. Elle écrit des chansons magnifiques, c’est une musicienne exceptionnelle, et une consœur.


 

Un grand merci à Julii pour le temps consacré à répondre à mes questions.

Pour écouter son premier EP, Toucan, c’est par ici.

Et pour écouter Danger Zoo, c’est juste par là.

 

 

Photos : Maeva CARON

Chroniqueur
  • Date de l'interview 382 vues 2025-09-15
  • Tags Julii Sharp
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