"> Interview de Larvae - Indiepoprock

Interview de Larvae

Larvae a sorti en 2003, deux maxis et surtout un premier album (chronique) qui évolue dans les sphères du dub indus, de l’illbient, de l’electronica et du noise. Dans la lignée d’un scorn, le groupe américain se révèle sombre et inventif.
Voici quelques questions posées à Matthew Jeanes, l’un des cerveaux du groupe.
[e-Interview de wqw… / traduction de olf bm ]

Pourriez-vous nous présenter un peu votre groupe ?

Nous sommes trois, Chris Burnett, Bryan Meng et moi. Notre collaboration est assez souple, donc sur certains projets nous sommes tous les trois, mais nous pouvons aussi être deux, voire un sur d’autres. Etant à l’origine du groupe je m’implique beaucoup dans toutes ses facettes, Chris, lui, travaille surtout sur le son et Bryan s’occupe maintenant de la vidéo.

Vous avez d’autres projets à côté ?

On ne fonctionne pas comme un groupe normal qui se retrouverait pour travailler, dans un même lieu au même moment. Comme l’idée de devoir donner une identité nouvelle à chaque projet sur lequel je travaille ne me plait pas, Larvae finit par être un nom sous lequel on trouve plein de choses différentes, allant de la musique à l’installation artistique en passant par la vidéo. En fait, on fait beaucoup de choses sous ce seul nom.

Votre premier album s’intitule « Fashion-victim ». Pourriez-vous parler un peu du concept qu’il développe ? Correspond-il a un engagement particulier de votre part ? Quel type de ‘fashion-victim’ êtes vous vous-même ? Un music-addict ? Ou autre chose ?

« Fashion Victim » est une façon de jouer sur les mots pour illustrer un peu ma relation avec la mode et l’industrie culturelle. En général, ce terme est employé pour décrire une personne qui n’a aucun sens de la mode ou qui est mal habillé par rapport aux codes totalement arbitraires, dictés par les journalistes, les créateurs de mode et les chasseurs de tendances.
Utiliser ce terme comme il est compris en général me décrit probablement car je ne m’intéresse absolument pas à la mode, au style et à l’image. Je ne m’habille jamais vraiment pour impressionner les gens.

Néanmoins, je pense qu’à l’inverse le terme peut s’appliquer à quelqu’un pour qui les pièges superficiels de la mode et de l’image ont pris le pas sur la substance et la profondeur. En fait une personne qui serait la victime du monde de la mode.

Le ton et le titre de l’album sont, avant tout, une réaction à ce qui s’est passé autour de moi en 2003, du grand retour du rétro-chic des années 80 à l’apparition quasi hebdomadaire d’un nouveau groupe en ‘The’, créant l’événement pour tous ces gens qui veulent à tout prix avoir un truc ‘cool’ à écouter et à encenser.

Je ne me définirais pas comme un ‘music-addict’. Pour moi la musique est juste la façon de traduire ma réaction à ce genre de choses.

On compare votre travail à celui d’un Scorn ou d’un Aphex Twin. Des références pour vous ? Quelles sont vos propres sources d’inspirations ?

Scorn nous a sans aucun doute influencé et il y a toujours au-dessus de nos têtes cette peur de travailler dans un style sans pour autant répéter ce qui a déjà été fait. J’ai l’impression que nous sommes parvenus à cela.

Il y a plein d’éléments dans notre album qui ne sont pas le genre de choses que vous entendrez un jour sur un album de Scorn, mais il y a sans aucun doute des similitudes dans les sons, la comparaison est donc justifiée.

Même si nous aimons tous le travail d’Aphex Twin, je ne pense pas qu’il nous ait particulièrement influencé. Le caractère expérimental de certains de ses albums a sans doute déteint sur moi quand j’étais plus jeune mais je n’en ferais pas un point de référence pour ce que nous faisons maintenant.

Musicalement parlant, je dirais que cet album est inspiré par des groupes aux univers sombres et planant comme Bowery Electric, Stars of the Lid ou Sigur Ros, plus que part de grosses rythmiques electro.
J’ai toujours été un grand fan de Meat Beat Manifesto et de nombreuses rythmiques sont inspirées par leurs anciennes réalisations. Mais je dirais que les sources d’inspirations principales de « Fashion Victim » ne sont pas musicales.

Les rythmiques semblent tenir une place particulière, vous jouez avec les ruptures, etc… Comment les recherchez-vous ? Votre création est-elle fruit du hasard ou celui du développement d’une idée bien précise ? Expliquez-nous un peu ce processus…

Je pense qu’il y a une bonne part de hasard dans toute démarche créative. J’ai essayé l’approche dogmatique de l’écriture musicale avec à l’esprit un objectif précis mais ça n’a jamais marché. La démarche d’écriture pour Larvae est peu commune car elle consiste à récupérer les sons de Chris, puis à trouver des idées et une manière de les arranger avec les sons que je réalise et que je sample de mon côté.

En général, je m’assoie avec grosso-modo à l’esprit, une idée de la direction dans laquelle je souhaite me diriger, une base souple ou un thème que je veux explorer. Ensuite, ce sont beaucoup d’essais, d’erreurs et d’expérimentations, avant que le morceau ne prenne forme.

Une fois que je suis content de la structure, j’affine la composition en enlevant ou en ajoutant des sons jusqu’à avoir le sentiment que le morceau est abouti.

Pendant ce processus, j’obtiens souvent une meilleure idée de l’endroit exact où j’essaye d’aller, de ce que j’essaye de dire avec la chanson, si bien qu’à la fin, j’ai l’impression que tout était minutieusement calculé.

Quelle est votre vision de la musique aujourd’hui et plus généralement de l’art ? Comment situez-vous votre travail dans cet ensemble ?

C’est le moment idéal pour s’intéresser à la création artistique et musicale. L’explosion des informations et la facilité d’accès à des outils de création intéressant, devraient permettre l’apparition en permanence de formes d’art totalement nouvelles et de nouveaux modes d’expressions.

C’est la même chose pour tout ce qui a été influencé par la technologie. Avant qu’on réussisse à maîtriser l’électricité, on faisait beaucoup moins de trucs, simplement parce que cela prenait trop de temps de concevoir et de réaliser une machine efficace.
L’électricité a changé tout ça, la téléphonie encore plus, sans parler de l’informatique. La courbe sur laquelle on peut visualiser les nouvelles idées et les nouvelles inventions est exponentielle.

C’est aussi vrai, ou ça devrait l’être, pour les arts, ce qui est plutôt excitant. Cela signifie que l’on va avoir encore plus de musique et d’œuvres d’art ‘prêt à jeter’ qui n’apportent rien à l’univers de la création, mais ça peut aussi vouloir dire qu’on découvrira beaucoup plus de gens qui travaillent dans des directions intéressantes et inédites. La technologie est ce qui nous en donne les moyens.

Quels sont désormais vos projets ?

Larvae devrait partir pour une petite tournée aux Etats-Unis au printemps prochain. Ensuite nous nous retrouverons probablement pour commencer un nouvel album. Ecrire et enregistrer, pour moi, c’est vraiment là que ça se passe, j’espère donc que les gens auront bientôt de nouvelles productions de Larvae à écouter.

Chroniqueur
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