"> Interview de Lise Westzynthius - Indiepoprock

Interview de Lise Westzynthius

Voilà une artiste rare. Découverte par hasard, au détour d?un chemin qu?un ami m?avait invité à suivre et sans doute déjà emprunté par Alpha, Julie Cruise (dans « Twin Peaks » de David Lynch) ou de Stina Nordemstam, je suis resté, là, sans voix en écoutant la sienne. Définitivement charmé par cette danoise qui vous invite à rester bien au chaud, protéger du froid par de suaves sensations, nous avons voulu lui consacrer un ZOOM pour vous la faire découvrir et aussi cette interview.

Avant ta carrière solo, tu jouais avec Rhonda Harris et Luksus… Ce sont des groupes danois, je suppose… Quel genre de musique faisiez-vous ? Est-ce que le fait de passer en solo, a constitué, musicalement, un virage dans ta carrière ou cela correspondait-il juste à une continuité ?
Luksus était un genre de groupe underground bien chroniqué, mais qui n?a jamais vendu beaucoup d?album tout en étant (et l?est étrangement encore) plutôt respecté. C?était une sorte, comment dire, d?indie pop ?sphérique? (sic)? Mais dans mes chansons, le songwriting était, pour l?essentiel, toujours le plus important pour moi, pas le son.
Rhonda Harris est plus important. C?était un duo, avec Nikolaj Nørlund. J?avais quelques chansons sur l’album « The Trouble with Rhonda Harris » mais c’était plutôt son projet à lui. Il est sorti en France et a été très bien chroniqué par les Inrocks. On a même joué à Paris au Café de la Danse. J?ai vraiment aimé ce dernier groupe car il s?agissait surtout de songwriting. Nikolaj est un grand songwriter, j’ai beaucoup appris à ses côtés mais j’avais aussi hâte de faire « Heavy Dream »

Comment as-tu franchis le cap de la carrière solo ? Est-ce que cela n’a pas été trop compliqué pour toi de t’avancer nue dans cette aventure ?
Si tu a des chansons qui meurent dans les mains de ton groupe – simplement parce que rien se passe – tu n’a pas vraiment de choix. Je n’ai pas pensé : « bon, je veux travailler en solo » . Cela s’est passé naturellement.
Dans Luksus, c’était une période très dure après notre deuxième disque. On est allé vivre ensemble pendant une année. On a vraiment essayé de le sauver, mais on n’y est pas parvenu. Les choses étaient alors claires pour moi, et finalement très simple. La seule solution était de commencer à enregistrer de nouveau des chansons que j’aurais joué avec eux.
Je n’avais pas de groupe, alors j’appelais presque tous les musiciens que je connaissais à Copenhague, et car je n’avais pas d’argent non plus, je ne voulais pas trop demander, alors il y a dix-sept musiciens sur le premier album et chacun joue sur deux-trois chansons.
Après deux disques solos, par contre, cela me manquait énormément d’avoir un groupe… Heureusement, je crois que ça commence à se manifester.

Tu veux dire que tu es en train de reformer un groupe ? Pour la scène ?
Jusqu’ici, nous jouons sous mon nom mes chansons mais j?ai le sentiment que ces 4 personnes sont là pour rester, que nous avons une mission ensemble… Dans le futur, ça serait super de former un groupe mais je ne crois pas qu’un vrai groupe se « crée ». Il se forme de manière naturelle, au hasard des rencontres et des affinités.

Pour revenir à ton premier album. Savais-tu déjà ce que tu souhaitais faire passer ? Savais-tu déjà qu?elle orientation musicale cela allait prendre ? D?après ce que tu nous disais juste avant cela semblait la suite mais sans le groupe. Quand est-il exactement ?
Non, je n?avais aucune idée mais je ne me sentais pas aveugle non plus. J’avais mes chansons. Elles m’ont pris par la main et je les ai suivies. C’était très simple, je ne pensais pas. Je n’avais pas peur car je ne voyais pas où cela me prendrait. Après, oui, j’ai eu peur, quand j?ai voulu faire la suite (ndlr : « Rock, You Can Fly »). Mais il faut toujours que je fasse ce qui me fait peur… Même si le résultat est bon ou mauvais (sourires).

Il me semble que le résultat a plutôt été une réussite puisque les retombées ont été très positives sur le premier album?
Oui, c’est vrai. Tout s?est en fait très bien passé et j’étais en fait un peu surprise. J’essaye toujours de faire mon mieux, mais… au Danemark, il n?y a pas vraiment de « demande » par les radios pour la musique que l’on joue… Il faut « avoir du temps » quand on écoute ma musique, il faut la laisser grandir lentement en soi. Ce n?est pas de la « consommation rapide ».

Est-ce que tu as déjà des retombées sur le second ?
L?album est sorti au Danemark en mars et on y a tourné en mai. Mais le Danemark et vraiment petit, quand tu as fait les 4-5 grandes villes, il ne reste plus vraiment de bonnes salles… Pour les ventes, je n’en sais pas encore, mais ceux qui s?occupent de la distrib et de la promo ont l’air satisfait. Mais là aussi, c’est un petit pays… Par contre du côté de la presse, l?accueil a été formidable, notamment par rapport au travail de Ian Caple. Je suis très, très contente.

Comment as-tu rencontré Ian Caple ? Comment s?est passé ton travail avec lui ?
J’aimais bien son travail et je lui ai écrit (cf. ZOOM). Travailler avec lui, était… « intime » ! Il est vraiment gentil. J’ai vécu avec sa famille – il a un petit studio dans son jardin dans le sud de l’Angleterre. J’ai l’impression qu’il a fait ce disque parce qu’il aimait bien ce que je faisais. Il travaillait de manière très intuitivement. Il n’y avait pas « on va faire cette sorte de disque » ? il suivait son idée qui bizarrement était celle que j?aurais aimé suivre. Il écoutait, sentait, jouait… il était presque plus artiste que moi (sourires).

Il a d?ailleurs baissé ses tarifs pour toi? Je crois d?ailleurs que pour le payer, tu as une anecdote, un peu triste et finalement pas tant que cela puisque cela t?a permis de sortir ce deuxième album?
Oui. Quand ma grand-mère est morte, elle m’a laissé un lustre ancien, français, qui dormait dans ma cave. Il était incroyablement moche… mais c?était le sien, alors je l’avais gardé… Quand j’ai reçu le devis de Ian Caple, je n’ai pas douté. Je suis allé le vendre aux enchères. Quand j’ai eu le chèque, il était du montant exact des honoraires de Ian. J’ai trouvé ça incroyable ! Notamment parce que ma grand-mère, elle aussi musicienne, était ma plus grande supportrice par rapport à la musique. Elle aurait aimé ça.

Ce lustre, Séance, Mousquetaire, Elite, Sans souci, et ce titre que tu chantes en français sur ton premier album. D?où te vient ce goût ou cette passion pour notre pays et notre langue ?
C’est une langue très musicale. Les sons sont juste magnifiques. J’ai vécu un an à Paris. C?était un peu l?aventure, je chantais des chansons de Noël danoises et je gagnais toujours exactement 60 francs l’heure… J’avais 18 ans, j’étais très courageuse? J’y retourne assez souvent.
C’est peut-être des grands mots, mais je trouve que la France garde un respect pour la bonne musique – et pour l’art et l’artiste en général, ce qui est vraiment unique, comparé à ce que j’ai vu dans des autres pays européens. À part ça, c’est difficile à dire. Il y des pays où l’on se sent « chez soi ». Je le sens surtout quand je suis en France et en Finlande. Deux pays vachement différents, mais tout de même… deux pays où l’on trouve un peu plus de tempérament qu’au Danemark. Au Danemark, les gens sont très calmes, jamais furieux, jamais « crazily happy ». Paradoxalement, cela me stresse…

Qu’écoutais-tu comme musique à cette époque ?
À l’époque, j’écoutais des groupes comme The Smiths, Cocteau Twins – et Prince. Je l’ai vu à Bercy, je me rappelles avoir pleuré quand il est entré sur scène …

Ce sont ces artistes qui t?ont influencé, qui t?ont donné envie de faire ce métier ?
Ça a commencé très tôt dans ma vie. Ma grand-mère m’enseignait la musique, elle était toujours très enthousiaste, elle me disait toujours d’y tenir. En même temps, j’avais un professeur au Danemark (ndlr : sa grand-mère est en effet finlandaise), quand j’avais 6 à 10 ans, qui m’a laissé très tôt penser la musique de manière créative. Elle m’enseignait des morceaux, puis elle me demandait d’oublier tout ça, la partition, les notes et d’écrire de nouvelles fins à certains morceaux. Plus tard, j’ai, bien sûr, rêvé de devenir une rockstar ! Mais après avoir essayé ça, je peux clairement dire que ce n’est pas ça qui me tient à c?ur dans ce métier (sourires).

Et maintenant que trouve-t-on sur ta chaîne ?
J’écoute plutôt ce qu?on appelle des songwriters : Nick Drake, Cat Stevens, Leonard Cohen, Cat Power… mais aussi Stina Nordenstam, Tindersticks, etc.

Tu viens d?enregistrer d?ailleurs une reprise d?un morceau de Leonard Cohen pour un album tribute. Peux-tu nous en dire plus ?
C’est un album tribute où 16 artistes danois font chacun une version d’une chanson de Cohen, traduite en danois. J’ai fait By The Rivers Dark avec une autre chanteuse. J’aime beaucoup ce disque, et comme j’aime Cohen aussi, je suis très heureuse et reconnaissante qu’on m’ait demandé de participer à ce projet. Il vient d?ailleurs de prendre la première place des charts.

J’ai entendu dire qu’une association toulousaine cherchait à faire un peu ta promo et te trouver des concerts sur la France…
Il y a un mec basé à Toulouse qui a fondé une association qui essaye à promouvoir la scène danoise en France avec des groupes comme Under Byen, Tiger Tunes et moi. Il a nommé l’association LiziSays en « hommage » à moi? j’étais vraiment émue. Mais je vais sans doute me baser à Paris quelques mois pour la promotion de « Rock, you can fly ». C’est une ville qui me manque toujours, il me faut y aller de temps en temps…

Qu?as-tu l?intention de faire désormais ?
C’est surtout la France qui est sur ma liste de v?ux (sourires). J’ai hâte de sortir mon album en France et d’y aller tourner. Ca serait vraiment un rêve. Mais il sort d’abord en septembre en Scandinavie et cela me réjouis aussi.
Je vais voyager un peu cet automne, et j’ai de nouvelles chansons qui arrivent, je crois? Je veux aller à New York (je n’y suis jamais allée) et je veux être sur mon piano dans une super maison que j?ai repéré en Suède. Je veux aller à Paris, il y a tant de choses. Je viens d’avoir un nouveau batteur et un nouveau bassiste aussi, alors il faut aussi aller chez eux et jouer !
Je pars en Finlande dans une semaine. Un mois sans électricité, téléphone, ordinateur. Je crois que tout sera beaucoup plus clair à mon retour.
Et puis d’abord : Samedi : Morrissey à Roskilde Festival. (rires !)

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