"> Interview de Matt Elliott - Indiepoprock

Interview de Matt Elliott

On retient bien souvent de Matt Elliott ses débuts sous le pseudonyme de Third Eye Foundation. Pourtant, depuis qu’il a abandonné en 2003 ce projet électronique et conceptuel, Elliott s’est mué en songwriter plus traditionnel pour une carrière solo tout aussi intéressante. Alors que "Howling Songs" vient aujourd’hui clore une trilogie entamée avec "Drinking Songs" et "Failing Songs", nous avons recueilli ses états d’âme… Lire l’interview de Matt Elliott.

"Howling songs" referme une trilogie commencée avec "Drinking songs" il y a trois ans. Avais-tu l’intention de faire dès le début trois albums qui seraient liés ? 
Non, cette idée de trilogie n’a pris forme qu’une fois que j’ai terminé "Failing songs". Qui plus est, "Howling songs" a été enregistré de manière totalement différente de "Drinking songs" et "Failing songs", ce qui, par rapport aux deux autres, donne à cet album un peu plus de spontanéité et de dynamisme. 

Dans "Drinking songs", on trouvait encore des éléments électroniques qui rappelaient l’oeuvre de Third Eye Foundation. Petit à petit, avec "Failing songs" et aujourd’hui "Howling songs", tu sembles avoir évolué vers une musique plus organique. Peux-tu nous expliquer cette évolution ? 
En fait, il y a encore pas mal de passages dans "Failing songs" qui sont issus de samples, de boucles électro, mais ces éléments sont plus dispersés qu’auparavant, cachés derrière des arrangements purement instrumentaux. Et sur "Howling songs", j’ai beaucoup utilisé le sampler et divers logiciels dans l’élaboration des morceaux, pour aboutir au résultat qu’on entend sur l’album. Donc ma démarche a avant tout évolué en surface, je n’ai pas abandonné la technologie. 

Ce qui rapproche tes trois derniers albums, c’est l’influence de la musique slave. Est-ce un type de musique avec lequel tu as grandi, que tu as toujours écouté, ou bien as-tu appris à mieux la connaître au fil des années ou au cours de divers voyages ? 
Si je devais citer mon premier souvenir musical, je dirais que c’était alors que j’étais encore tout petit, et que c’était dans une église orthodoxe russe. Donc, en effet, la musique slave était là très tôt. Ce qui donne à mes derniers albums une tonalité qu’on retrouve dans les musiques d’Europe de l’est, c’est le refus d’utiliser l’échelle pentatonique dans la composition. Mais il est vrai que chaque fois que je voyage, je prends beaucoup de plaisir à aller écouter de la musique traditionnelle, comme du fado ou de la rembetika, joués dans l’environnement qui, selon moi, leur convient le mieux. La plupart du temps, un vieux bar enfumé. 

Sur "Howling songs" le chant est plus présent. Te sens-tu plus confiant en ta voix qu’avant, et cela a-t-il changé ta manière de composer ? 
Disons que cet aspect est surtout dû au travail de Nicolas Dick, mon ingénieur du son, qui a enregistré mes parties vocales d’une façon à laquelle, moi, je n’aurais pas pensé. Le résultat lui a plu, et j’ai décidé de lui faire confiance. Cela donne une forme plus directe, plus intime aux chansons que sur "Drinking songs" et "Failing songs". 

L’un des morceaux de "Howling songs" s’intitule Bomb the stock exchange. Peux-tu nous dire dans quel état d’esprit tu étais lorsque tu l’as écrit et quel est ton sentiment aujourd’hui face à la crise financière ? 
Parfois, lorsque le monde me désole au point de me désespérer, j’éprouve deux sentiments extrêmes : l’envie de faire sauter Wall Street ou bien  de me retirer de tout pour aller planter des graines. Les financiers font des profits grâce à l’exploitation, au gâchis, à la guerre, à la mort et à l’esclavage moderne. Le système s’effondre parce qu’il est vicié et corrompu. Je considère que, maintenant que l’on parle de dépenser des milliards de dollars, on pourrait peut-être penser à les utiliser à développer les énergies renouvelables pour tous. Si tout l’argent dépensé pour financer la guerre du Golfe et la guerre en Irak et renflouer les banques était reversé à cet effet, nous n’aurions plus de soucis ou presque d’énergie au niveau mondial, et ce serait meilleur pour l’économie. En fait, il y a de nombreuses réponses à apporter à cette crise, mais nous sommes peut-être trop arriérés pour les mettre en oeuvre. 

Avec "Howling songs", tu as écrit un album très intime dans son rapport à l’auditeur. Est-ce que tu évolues sciemment vers une musique "dépouillée", ou est-ce simplement une étape avant de passer à quelque chose de radicalement différent ? 
Ma musique et moi, nous allons là où nous portent nos envies et sentiments du moment, mais il n’y a aucun plan pré-établi. Le seul but, c’est d’essayer d’apporter quelque chose de différent à chaque fois, afin que chaque disque garde sa propre entité, même s’ils ont des liens entre eux. Alors je ne peux pas dire aujourd’hui de quoi sera fait l’avenir. 

P.S : merci à Léna

Rédacteur en chef
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