"> Interview de Nada Surf - 20 novembre 2005 - Indiepoprock

Interview de Nada Surf

Nada Surf

On n’a pas le sentiment, en écoutant votre album, et ce peut-être à cause du côté pop, que vous en avez accouché dans la douleur.
Je ne pense pas que cela ait un lien. Que la musique pète ou pas, cela n’a rien à voir avec les paroles. Je pense que d’une certaine manière, on a essayé de compenser le fait que les paroles soient basées sur des choses très très douloureuses, très lourdes et très troublantes. Comme pour nous la musique est quelque chose qui nous apporte beaucoup de joie et que l’on aime beaucoup en faire, on a compensé nos textes par des tonnes de voix et des harmonies, et c’est pourquoi c’est très mélodiquement noué.

Justement les paroles de vos chansons ont un côté simple, universel, apte à toucher tout le monde. Est-ce une volonté de votre part ?
On écrit assez naturellement. On se casse beaucoup la tête pour nos chansons, mais on n’a pas de direction, on ne se fixe pas de buts. On ne se dit surtout pas que l’on veut faire tel ou tel album, cela dépend uniquement des morceaux qui nous viennent. Parfois, on tente une chanson, et ça ne vient pas. On a beau essayer, on ne peut pas la jouer. Mais parfois, on essaie autre chose, et tout colle. Il y a plein de chansons que l’on ne joue pas dans le groupe parce que l’on n’a pas trouvé la bonne façon de le faire. Par exemple, pour « The Weight Is A Gift », on avait 20 ou 22 chansons, mais on n’avait pas le temps de toutes les finaliser. Ce sont donc les 12 premières, passées devant les autres, qui ont établi la sonorité de l’album. Si l’on n’avait pas réussi à finir les chansons calmes et que l’on avait uniquement terminé les chansons speed, l’album aurait été totalement différent.

À qui s’adresse What Is Your Secret, dont le refrain semble particulièrement rancunier ?
Cela s’adresse à une personne que l’on connaît qui fut très injuste, malhonnête avec nous. Au bout d’un moment, on s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose de louche dans cette histoire. Écrire une chanson, c’est comme une thérapie. Au lieu d’en parler à ton psy, tu écris un morceau et ça va mieux. Surtout que Matthew est tellement doux, presque incapable de dire quoi que ce soit de méchant. L’entendre dire « je n’en ai plus rien à faire de toi », c’est vrai que ça choque un peu.

Quel est votre album préféré de Nada Surf ?
Je n’y ai jamais vraiment pensé. Peut-être « The Proximity Effect ». Je ne les écoute pas. Pour moi, un album représente plutôt l’expérience de l’avoir fait, une certaine période de ma vie. On était à San Francisco pour celui-là, on vivait au jour le jour dans une ville mortelle. On habitait chez quelqu’un qui était parti en vacances pour un mois, on a loué une voiture, la maison avait un jardin, on était en juin. John Vanderslice, notre pote qui joue en première partie ce soir, nous avait prêté son studio. On pouvait se permettre de déconner. C’était un super moment de notre vie. Après, une fois le disque fini, tu l’aimes ou tu ne l’aimes pas, mais pour ma part, je ne le réécoute pas. L’impression que j’ai de notre musique, c’est tous les albums ensemble. Surtout, je vis notre musique plus qu’autre chose, car on tourne énormément : un an et dix mois, presque tout le temps sur la route, pour « Let Go ». On mélange des chansons du premier album, du dernier. Je ne limite pas album par album.

Peut-on vous imaginer sur scène à 60 ans, comme les Rolling Stones ou McCartney ?
Peut-être pas comme les Stones, mais pourquoi pas comme Guided By Voices, qui ont plus de 50 ans. Pourquoi pas ‘ Je ne sais pas. Dans 10 ans, je sais que je pourrai tout à fait être capable de faire ce que je fais aujourd’hui. Dans 30 ans, je ne pense pas, il y a un moment pour tous. Il y a quantité de choses que l’on meurt d’envie de faire, mais que l’on ne peut pas faire maintenant, comme produire des groupes que l’on aime. Avec Matthew, on s’est dit que l’on allait vivre en France pendant deux ans et produire des groupes français.

Justement, parlons de la scène parisienne. Vous connaissez tous ces nouveaux groupes encensés par Rock’n’Folk ? The Parisians, Second Sex, Naast, Brats…
Non, je ne les connais pas. Ils ont des disques à la Fnac ‘ Non ‘ Je lisais Rock’n’Folk quand Philippe Man’uvre n’était que journaliste. Il écrivait des articles poilants sur les Clash. Mais ces concerts au Gibus, c’est cool. J’ai plus ou moins vécu en France durant six mois, et là, ça fait longtemps que je ne me suis pas posé ici. Mais je sais que dès que j’ai dix jours de libres, je fonce ici. Mais le dernier truc que je ferais, c’est aller dans les bars pour écouter des groupes. Je fais ça tous les soirs, à fumer, à boire. J’organiserais plutôt des dîners entre potes, plus calmes. Mais bien sûr, quand il y a des bons groupes, je vais les voir.

Difficile de parler de Nada Surf sans mentionner vos problèmes de label. On ne va pas revenir là-dessus, mais quels conseils donnerais-tu aux jeunes groupes qui foncent tête baissée dans cet univers ?
Il faut faire gaffe. On savait très bien, en signant avec Elektra, que l’on faisait un pacte avec le diable. On a failli ne pas le faire. Plusieurs maisons de disques nous ont proposé des contrats, et pendant des semaines, on s’appelait au milieu de la nuit, ne trouvant pas le sommeil. Si on avait eu 20 ans, on ne se serait pas posé la question, mais on avait déjà presque 30 ans, et nos vies étaient organisées, avec des boulots que l’on adorait, et l’on savait que l’on ferait une croix dessus. Moi, à l’origine, je suis programmateur. Et je ne peux pas dire à mes clients « ok, je finis dans deux semaines », pour finalement repartir sur la route et les laisser en plan. C’est vraiment un énorme choix. De plus, on signait avec une multinationale dont on ne voulait pas. Si Matador nous avait proposé un contrat, on aurait dit oui, on aurait envoyé chier Elektra. Mais on n’a pas eu ce genre de proposition. Et il faut aussi connaître les autres membres du groupe, car on passe réellement notre vie ensemble, et il vaut mieux être copains. Sinon, c’est impossible. Le groupe s’arrête.

Des regrets ?
Non, pas vraiment. On prend des décisions très pensées, chaque membre a un droit de veto sur lequel on ne peut revenir si l’on ne s’en sert pas. On ne peut pas dire « tu vois, j’avais raison ». Il n’y a pas de ça. Et il n’y a jamais de regrets après. On ne peut pas savoir. Peut-être que si l’on avait signé avec Matador, on aurait eu d’autres emmerdes, on ne sait pas. Maintenant on est dans une situation très cool, à l’exception du premier album, tout le catalogue est à nous. Dans un an et demi « Let Go » nous reviendra. Donc est-ce que à 60 ans on fera encore des tournées, je ne pense pas, mais on sera encore dans ce business, peut-être avec notre propre label. Un de nos rêves ! Au bout d’un moment, ça n’a plus de sens d’être en tournée et de jouer devant des filles de 15 ans.

Quel est ton premier souvenir musical ?
À Paris, je me suis acheté mon premier simple, et c’était un 7′ de Blondie. Ça faisait partie de la bande originale d' »American Gigolo ». J’habitais à Paris à l’époque, et il y avait toute une clique, tout le monde devait s’habiller comme Richard Gere. Avoir une 501. Et ici, sans 501, tu étais un plouc. Le film « La Boum » était sorti cette année-là. C’était une culture tellement différente, tellement une question d’apparence dans l’école. C’était un film que tout le monde était allé voir et que j’étais donc allé voir, et ça me faisait marrer, parce que fuck était traduit par baiser. Et je ne comprenais pas pourquoi ils traduisaient ça comme ça. Pour moi, un baiser, c’était un kiss. Je parlais le français du lycée. Je ne connaissais rien. Quand quelqu’un me disait bagnole, je pensais à une très grande baignoire. Et j’ai commencé à acheter des disques à cette époque. J’adorais Robert Gordon, qui faisait du rockabilly, et je suis rentré dans ma période rockabilly. Quand je suis allé à New York, les Stray Cats sortaient leur deuxième album, et je suis allé les voir en concert. C’était mon premier concert, les Stray Cats. Mais le premier souvenir, vraiment le premier lié d’une façon ou d’une autre à la musique, c’est marrant, c’est encore un single. Durant un cours d’anglais, le prof a fait une dictée, et je suis le seul à avoir correctement écrit « rock ». Tous les autres avaient écrit « roc » ou « roque », car pour un français la présence d’un « c » suivi d’un « k » est bizarre. Et je crois bien que ce mot, rock, est le seul mot de la dictée que j’ai correctement écrit. À la fin, le prof est venu me voir, et m’a demandé comment je connaissais ce mot. Et je lui ai dit que chez moi, mon père avait un disque de Billy Haley And The Comets, qui s’appelait « Rock Around The Clock ». Et la face B, c’était (il fredonne) « See you later alligator ».

Est-ce que l’on aura des surprises ce soir ?
Je ne pense pas. On avait fait un peu trop de surprises la dernière fois avec des cordes, et plein d’autres trucs. Ce soir, ce sera plutôt du rock commando, droit dans le tas !

On aura Là Pour Ca ?
Je ne pense pas. Peut-être. On était huit jours en concert de suite, ma voix était parfaite, pas de problèmes. Et à Londres, sur une scène incroyable avec un super son, on monte sur scène, et mes retours ne sont même pas allumés. Durant six chansons, les mecs couraient derrière moi, changeant tout, débranchant, rebranchant, changeant de matos’ J’en ai eu marre, et je leur ai dit d’arrêter, ça ne servait à rien. Comme je ne m’entendais pas, j’ai chanté trop fort, et je me suis complètement niqué la voix. Je récupère encore. Je ne devrais pas fumer. Peut-être que j’essaierais si j’ai le temps de chauffer ma voix.

Le mot de la fin ?
Pour moi, c’était même pas une interview. On parle, on boit une petite bière. Je préfère les interviews comme une conversation, c’est plus sympa. Ma copine est journaliste, et elle me raconte parfois comment les gens sont froids, répondant juste par oui ou par non, alors que moi, j’ai tendance à raconter ma vie. C’est facile de nous interviewer. Matthew et moi, on avait interviewé Jon Spencer pour un journal espagnol. Matthew écrivait le papier, moi je traduisais. Lui, il était très difficile. D’une timidité impressionnante. Tu penses qu’il va rentrer dans le bar et hurler à la mort, mais pas du tout. Ultra sérieux, super timide. Tu’aurais dû me demander comment allait Bush.

Un petit mot à dire là-dessus ?
Tu rigoles. Je me suis tiré des Etats-Unis, il y a 4 ans maintenant, parce que j’en avais marre de me plaindre tout le temps. Et puis j’ai un passeport européen, je n’ai pas à subir cette galère. Et je suis désolé pour les 50 % d’Américains qui ne sont pas cons. On s’est beaucoup impliqué là-dedans, on a été sur une compilation qui s’appelait « Change For America ». On n’a pas arrêté. Moi, là-bas, je ferme ma gueule, je ne suis pas Américain. Mais les gens ont presque attendu les élections et la guerre d’Irak pour commencer à dire quelque chose. Déjà, les premières élections étaient un véritable coup d’Etat. Mais personne ne dit rien. La presse, les gens’ Le 10 septembre, Bush était un clown, tout le monde le savait, et le 12 septembre, tu ne pouvais plus critiquer Bush, sinon tu étais toi aussi un terroriste.

Vous avez été interdit de radio, comme Rage Against The Machine ?
Non. À part le fait que dès qu’il y a le mot shit ou fuck, tu es interdit de radio.

Chroniqueur
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