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Interview de Rien

Deux ans après la parution de son très convaincant « Requiem pour des baroqueux », désormais téléchargeable gratuitement sur son site, le groupe grenoblois Rien nous a accordé une interview afin d’évoquer son actualité et ses projets. Les réponses du combo sont à l’image de sa musique : surprenantes et délirantes.

On a souvent du vous poser cette question, mais pourquoi ce nom ?

Drexl : A l’origine, c’était juste une appellation pour définir le genre de performance qui allait se produire, l’auguste soir du concert au 102. Et puis Goulag et Yugo se sont pris au jeu sentimental, à la nostalgie à la petite semaine, ont volontairement humidifié leurs yeux pour faire passer la pilule et ont opté pour l’adoption définitive de ce nom. Parfois, lorsqu’il devient tendresse après avoir mangé, Dos.3 confesse à mi-voix que Rien est en fait le sigle de Regarde Isabelle Eviter Noémie, une chanson de sa composition que le groupe a renoncé à enregistrer.

Yugo : Outre le fait qu’il s’est imposé violemment de lui-même à trois membres de la faction musicale du collectif dans un bar praguois un soir pluvieux et étrange, lors de ce que Laurent Boyer appellerait « un flash culturel total », le patronyme du groupe s’avère pratique à de nombreux degrés. Déjà, il est assez court (toute personne prétendant le contraire serait d’une incompréhensible mauvaise foi), ce qui est pratique pour les flyers tout comme pour stimuler l’inventivité visuelle que titille l’évocation de ce nom. A noter également qu’il est source de joie inextinguible pour les journalistes, qui se sont fait fort, à la plus grande joie de Dj Goulag, de recenser tous les jeux de mots possibles et imaginables avec Rien.

Monsieur F. : Il y a plusieurs types de réponses à cette question. Il faut se rappeler la formule, tant appréciée des philosophes grecs : « Du néant, rien ne saurait procéder » qui est devenu un aphorisme présenté sous la forme d’une locution latine « Ex nihilo nihil » (Rien ne vient de rien). Par une polysémie habile, il suffit de mettre une majuscule à « rien » pour que cet aphorisme change de sens. C’est aussi en prendre le contre-pied ou alors poser une question insoluble : si rien ne vient de rien pourquoi Rien est-il venu de rien ? En d’autres termes, et pour être plus direct, Rien est né de l’absurde. C’est aussi vrai pour le nom en lui-même que ce que le collectif veut véhiculer.
Ce n’est pas faux pour autant de dire qu’à la base, c’était essentiellement un projet musical, mais essentiellement ne veut pas dire exclusivement. Disons que la musique était présente dès les origines et qu’elle constituait alors le projet le plus avancé. Le nom est venu lors d’une discussion anodine dans la chambre de Yugo en présence de Goulag, Monsieur F et Yugo lui-même. Il a été immédiatement accepté par l’ensemble du collectif.

Bibi-fuck : Parce que Pink Floyd était déjà pris ?

Pouvez-vous présenter le groupe?

Drexl : Outre les Goulag, Yugo et Dos.3 précités, la formation musicale de Rien complète sa quadrature on ne peut plus harmonieusement en la personne de (…), dont la ferveur à la tâche n’a d’égale que la musicalité de son patronyme. Sur scène comme sur album, le groupe fait appel aux forces de frappe conjointes de Rachel, spectaculaire chanteuse lyrique, Arash, flûtiste émérite, ou Jull, chanteur admirablement singulier. Le collectif connexe est composé de Darlak, Bibi-fuck & Drexl, Yann le Bourreau… (vidéos, interventions diverses, élaboration depuis deux ans d’un réseau tentaculaire fonctionnant sur des systèmes de poulies et des contacts pris dans des évènements médiatiques prestigieux tels que l’avant-première du film Iznogoud).

Bibi-fuck : En théorie, et selon la police hollandaise, plus de 8 000 personnes travaillent pour L’Amicale Underground, la structure du groupe Rien, dans le monde, mais 7 990 n’en ont pas conscience. Parmi ceux que nous pouvons appeler les membres réveillés, on compte Yugo, dont le travail principal est de vérifier si le gaz est fermé, Goulag, qui lui s’occupe de chercher les clefs, Dos.3, l’amant du placard qui se dissimule aux yeux de { }, l’homme aux baguettes dont on n’a pas le droit de prononcer le nom, qui a commis voilà trente ans l’irréparable avec zo.A, le Tony Danza du collectif. Drexl, quant à lui, est connu pour être tellement cool que lorsqu’il compte les moutons, ce sont eux qui s’endorment avant. Darlak, l’homme du froid, doit certainement comme à l’habitude être en train de peaufiner quelque sort vaudou à l’envers de Bibi-fuck, dont la fonction principale est d’être en retard. A eux tous, ils forment le reflet direct de l’homme de l’an 2005.

Comment définiriez-vous votre musique?

Drexl : Je crois que tout le monde sera d’accord (« ouais ouais OUAIS ») pour dire qu’au-delà de l’aspect purement sonore, « Requiem pour des Baroqueux » est avant tout un nouvel ami pour quiconque ose y jeter ses oreilles délicates (ou non). Sinon, on pourrait dire que si les Pink Floyd et Air avaient pris ensemble un Thé au Sahara en parlant de la politique de De Gaulle, le résultat aurait été vaguement approchant.

dos.3 : Instrumental, on cherche à faire une musique accessible et populaire, même si certains nous trouvent malgré cela intello… Ca reste quand même de la pop dans les mélodies.

Quelle est votre méthode de travail ? Laissez-vous beaucoup de place à l’improvisation ?

Yugo : La musique n?étant pour nous en aucun cas un travail, nous ne nous sommes jamais senti obligé de nous donner une méthode, d?où la difficulté de répondre à cette question? sur le premier disque, l?improvisation avait très peu de place, en concert elle en occupe de plus en plus. Les morceaux du prochain disque seront par contre pour la plupart issus de sessions d?improvisation !

Quelles sont vos principales références et influences musicales ?

Drexl : Elles sont trop nombreuses et finissent par ne devenir qu’un tout cohérent qui UN JOUR trouvera sa finalité. Disons pour n’avoir pas trop l’air de fuir la question à toutes jambes potelées que si Robert Plant avait regardé le Mont Fuji dans une chambrette, avec le « 10 000 Hz Legend » de Air en fond sonore, tandis que la télévision diffusait l’enterrement du Général de Gaulle, il aurait pu avoir à cet instant précis les mélodies de « Requiem pour des Baroqueux » en tête. Robert Plant a refusé de répondre à nos questions.

Yugo : Sans aucune hésitation : J.S. Bach, les Beatles et Nirvana.

Bibifuck : A la croisée des chemins de traverse qui jalonnent le vaste champs des possibles du Dieu rock’n’roll, Rien se fait fort d’inspirer moult appellations malencontreuses chez les poseurs d’étiquettes, qui tels les collectionneurs de vignettes Panini se confectionnent de beaux albums aux couleurs bien définies. Rien est ainsi à l’occasion post-rock, pop de séries B, électro-rock, voire fusion pour les plus inspirés. Disons que pour rassembler toutes ces images bariolées, Rien compose des bandes originales de films d’action introspectifs

Après avoir été édité par le label grenoblois Un dimanche, l’album est maintenant en libre téléchargement sur le site de l’Amicale Undergroud. A l’heure où beaucoup craignent la gratuité de la musique, c’est un choix pour le moins courageux. Pouvez-vous nous en dire plus à ce propos ?

Yugo : Le « Requiem… » étant épuisé avant que nous ayons entrepris sa réédition, nous souhaitions qu’il reste disponible pour toutes les personnes désireuses de se le procurer? Internet reste à ce jour le meilleur moyen de le diffuser gratuitement au plus grand nombre. Notre séparation du label Un dimanche nous a permis de le mettre gratuitement en téléchargement.

J’ai cru noté un certain goût pour le psychédélisme et le dadaïsme dans le « Requiem… ». Ai-je tort ?

Yugo : La Musique Psychédélique, pour moi, est largement sous influence de L.S.D et autres drogues? Je tiens à rassurer nos lecteurs, aujourd?hui aucun membre de Rien ne se drogue et n?a les moyens de le faire. Pour ce qui est du dadaïsme? tu n?es pas le premier à nous en parler? mais nous sommes plus « sérieux » que les dadas je pense.

Y a t-il un deuxième album en préparation. Si oui, de quoi aura t’il l’air ?

Yugo : Le deuxième disque est effectivement en préparation, au vue des idées que l’on développe en ce moment, il devrait être scindé en deux. Une première partie plutôt « shamanique » et une deuxième en forme de conte. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment… en espérant qu’il voit le jour en mars 2006 !

Le packaging en forme de cube dépliable du « Requiem… » avait beaucoup plu. Avez-vous une nouvelle idée aussi originale pour le second ?

Yugo : Nous n’avons pas encore d’idée fixe pour le prochain disque. Peut-être nous inspirerons nous de la sonde Voyager II, qui avait pour le coup un packaging rempli d’humanité et de grands symboles… à voir.

Vous êtes plutôt uniques dans le paysage rock français. Y a t-il des groupes ou artistes dont vous vous sentez proches en France ?

Yugo : Non, pas tellement. Mais nous avons aussi une connaissance limitée des artistes français… dans tous les cas, nous écoutons beaucoup plus de musiques étrangères que françaises. Par contre, nous apprécions fortement l’univers de Philippe Katerine, Dominique A ainsi que Françoiz Breut ! Mais on est d’accord, notre musique n’a pas grand-chose à voir avec ces artistes !

Comment entrevoyez-vous votre avenir ?

Yugo : Difficile à dire? j?espère que le second disque sera à la hauteur des idées qui nous traversent la tête en ce moment et qu?il nous permettra de faire encore plus de concerts. Mais personnellement, je ne me vois absolument pas intermittent et je ne souhaite pas vivre de la musique pour la garder comme passion !

Chroniqueur
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