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Interview de Violent Sadie Mode

Interview de Violent Sadie Mode

Pour moi, le punk évolue avec les mouvements sociaux, donc c’est logique que nos identités et nos positionnements fassent partie du truc.

Violent Sadie Mode a étrenné sa discographie cette année avec Incelcore. 6 titres, 16 minutes, on peut difficilement faire plus efficace.

Le groupe nous a accordé une interview où il parle de sa place dans le milieu punk et des satisfactions de faire de la musique.

 

– On va partir sur une question bateau pour commencer : est-ce que chacun.e d’entre
vous peut se présenter, et me dire que a été son parcours avant d’intégrer le groupe ?

Sadie : Moi c’est Sadie, 23 ans, la chanteuse de Violent Sadie Mode. J’ai fait des
études de psycho (et j’enchaîne actuellement en psychocriminologie), et VSM c’est ma
première vraie expérience en groupe, que j’ai créé avec Rémi, avec qui je suis depuis
genre 4 ans. À la base je viens plutôt du garage et du grunge, mais je reste fidèle au
punk.
Rémi : Moi c’est Rémi, 27 ans, guitariste de Violent Sadie Mode. Je joue dans Bilbao
Kung Fu depuis des années, et j’ai aussi d’autres projets comme Kool-Aid et
Tacoblaster. Comme Sadie, je viens de la scène garage, mais j’ai grandi en écoutant du
punk hardcore des années 80 genre Minor Threat ou Up Front avec ma famille.
Hugo : Moi c’est Hugo, j’ai 27 ans, je suis bassiste depuis que j’ai intégré Violent Sadie
Mode. Je suis aussi chanteur, et je viens plutôt du métal et du Hardcore moderne.
J’ai étudié au CIAM, et avant ça j’ai passé un bac option musique dans mon lycée à
Royan, où j’ai rencontré Rémi, et c’est là que nous avons monté notre premier groupe,
dans lequel j’étais batteur.
Elmo : Moi c’est Elmo, 22 ans, le batteur de Violent Sadie Mode. J’ai commencé au
conservatoire de Gradignan en 2011, percus, batterie, orchestre, musique du monde…
ça m’a grave marqué. Mais j’ai appris beaucoup de choses à la batterie seul chez moi
en écoutant du métal surtout.
Après, j’ai tenté la fac en musicologie une année, puis un service civique à la
Rockschool Barbey. Et enfin, deux ans au CIAM, où j’ai rencontré les Hardwired, dont je
suis le batteur maintenant depuis 2 ans à peu près.

– Est-ce qu’il a été difficile de se faire une place et de sortir votre premier EP ?

Sadie : Ouais, on a eu pas mal de chance en vrai. On a vite chopé un bon entourage
musical, genre Lucie Marmiesse de See you in LA, et les labels qui ont bossé sur la
sortie (Two Gold Fishes, Flippin Freaks, Howlin Banana, Burdigala Records, Kick Your
Asso), et c’est surtout grâce à nos potes de la scène bordelaise qui nous ont soutenu
depuis le début.
Le plus chiant, c’était le choix de l’ordre des morceaux pour l’EP, tout le bordel
administratif et financier. Ça demande beaucoup d’organisation.
Hugo : Selon moi, notre début de carrière a été particulièrement facilité en comparaison
à la majorité des projets que j’ai pu avoir ou autour desquels j’ai évolué.
Je pense que notre lineup a beaucoup intéressé le public car nous sommes tous liés à
beaucoup de musicien.ne.s de Bordeaux, et que notre proposition musicale s’est vite
démarquée en étant à la croisée de l’univers du Garage, très en vogue à Bordeaux, et
du Hardcore, qui devient l’un des genres de musique extrême les plus populaires
depuis quelques années.

– Votre punk est plutôt radical et old school. Quels sont les groupes / artistes de la
première vague punk qui ont influencé votre son et/ou votre image ? Et avez-vous aussi
des références plus actuelles ?

Minor Threat, Bad Brains, Bikini Kill, Up Front, Sex Pistols…
Groupes plus modernes : Amyl and the Sniffers, Lambrini Girls, Soft Play, Show me the
body, Slutever

– Le fait d’avoir une frontwoman, est-il (encore) quelconquement « handicapant » en 2025,
ou bien est-ce une fierté, ou même un booster ?

Je dirais pas que c’est “handicapant”, mais ça m’arrive encore de me prendre des
comportements sexistes, même si globalement, la plupart des gens que j’ai croisé dans
le milieu ont l’air plutôt sensibilisé·es.
Je sais pas si je parlerais de “fierté”, mais je suis quand même content d’être une
personne non binaire avec une expression plutôt féminine qui fait du punk hardcore. Ça
ouvre peut-être des portes pour jouer dans des events plus inclusifs et féministes, et ça
me parle beaucoup. Pour moi, le punk évolue avec les mouvements sociaux, donc c’est
logique que nos identités et nos positionnements fassent partie du truc.

– Les questions d’égalité et de dénonciation (principalement sexuelles) sont au cœur de
vos textes.
Quand vous composez, est-ce que le fond doit, pour vous, prendre le dessus sur la
forme ?

Pas forcément, non. J’ai même envie de dire que si la forme n’est pas là, le fond
passera beaucoup moins bien. Tu peux avoir un texte super bien écrit, mais si le son
est nul ou chiant, c’est dommage. À l’inverse, tu peux avoir des paroles assez
médiocres sur un vrai banger, et ça marche quand même. Ça dépend aussi de l’identité
du groupe et de ce que tu veux faire passer comme message. Perso, j’ai toujours eu
tendance à préférer les morceaux avec des textes “bien écrits” (même si c’est hyper
subjectif), donc dans mes propres textes j’essaie vraiment de faire un effort là-dessus.

– Est-ce que vous considérez la musique comme un moyen de communication, ou
bien est-ce que c’est naturellement que vos textes ont pris cette orientation ?

Ce n’était pas forcément mon intention à la base, ça a été plutôt un moyen d’expression
et d’extériorisation au début. Je pense que l’interprétation vocale est plus le moyen de
communication et de “partage”, car c’est ça qui transforme les textes en quelque chose
d’entendable, de résonant.

– Toutes les petites histoires que vous racontez sont-elles inspirées de choses vécues ?

Ouais, principalement. Stupid Little Rich Fucking Fuck Face parle de mon expérience
dans la restauration, où je me suis sentie complètement déshumanisée par des clients.
Ça m’a vraiment fait voir les gens autrement. J’ai constaté à quel point certaines
personnes peuvent devenir hyper méprisantes avec les employés dans ce genre de taf.
J’ai voulu écrire cette chanson pour que celles et ceux qui bossent là-dedans puissent
extérioriser un peu… et s’imaginer insulter un connard impatient, quoi.
Incelcore, c’est sur les comportements sexistes des masculinistes, surtout les “nice
guys”, ces gars qui se montrent gentils juste pour donner l’impression d’être safe, alors
qu’en vrai, c’est purement manipulatoire pour coucher avec des meufs. J’y ai été
souvent (trop souvent) confrontée, dans ma vie et surtout dans mes amitiés avec des
mecs. C’est ultra perturbant de faire confiance à quelqu’un et de capter qu’en fait, t’as
été sexualisée et essentialisée depuis le départ. J’ai aussi écrit cette chanson pour une
pote à moi, qui a vécu la même chose. J’étais vénère, alors j’en ai fait un morceau.
Mr. Bunny, c’est un peu mon histoire quand j’ai décidé de partir vivre dans une grande
ville, que j’idéalisais de ouf. Et en fait, j’ai vite capté que la réalité est bien moins
glorieuse et que t’as les inégalités en pleine face, tout coûte une blinde… J’ai dû voler
de la bouffe, des produits d’hygiène, frauder les transports, et enchaîner les petits
boulots pour payer le loyer tout en continuant mes études. Mais le pouvoir de l’amitié
m’a sauvé… (et la CAF).

– Question bonus : pouvez-vous me donner un groupe qui mériterait un petit coup de
projecteur actuellement ?

Kool-Aid, pur banger (en plus il y a Rémi le guitariste dedans). Ils ont deux albums qui
sont vraiment incroyables, je recommande.

 

Pour écouter le premier EP de Violent Sadie Mode, c’est par ici :

Et pour écouter Kool-Aid, c’est par là :

 

Merci à Lucie Marmiesse pour le contact.

Photo : Jean-Baptiste Laporte-Fray

Chroniqueur