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Jerome Soligny – Rainbowman (David Bowie 1967-1980)

On ne vous parle pas très souvent d’ouvrages traitant de la musique mais, quand l’occasion se présente, on ne s’en prive pas. D’autant qu’ici, elle ne manque pas de consistance. Jerôme Soligny, contributeur de longue date à Rock’n’Folk, collaborateur de Daho ou Françoise Hardy et déjà auteur de divers ouvrages sur David Bowie, qu’il a directement fréquenté de nombreuses années, ne fait pas que remettre le couvert avec « Rainbowman ».

En effet, comme il l’explique en préambule de l’ouvrage paru en novembre chez Gallimard, éditer une biographie revue, corrigée et complètée du Thin White Duke aurait tenu de la redondance et il lui a paru plus intéressant de parler d’un artiste dont l’aura dépasse le simple cadre de la musique en revenant précisément à l’essentiel, David Bowie en tant que musicien. Le livre suit donc le schéma suivant : chaque chapitre correspond aux différents albums publiés par Bowie entre 1967 et 1980, soit de son premier opus éponyme à « Scary Monsters », la seconde partie de sa carrière étant réservée à un second volume qui paraîtra courant 2020. Chaque album est minutieusement détaillé, du contexte de son enregistrement à celui des tournées qui les précèdent ou suivent leurs publications en passant par une revue de la teneur de chaque album quasiment morceau par morceau avec luxe de détails. La parole est ensuite donnée aux musiciens qui ont collaboré à ces albums ou tournées ainsi qu’à d’autres témoins directs et indirects de chaque période.

En ressort le portrait d’un homme tout entier dédié à son art et qui pourtant savait faire la distinction entre les deux facettes de sa vie, ce qui n’était pas évident pour quelqu’un qui n’a cessé de s’inventer des doubles, du Major Tom en passant par Ziggy Stardust ou le Thin White Duke pour n’en citer que quelques uns et aurait facilement pu sombrer dans la schizophrénie. On découvre aussi l’unanimité des témoignages, dont la sincérité n’est pas sujette à caution, pour louer la simplicité de David Bowie dans les rapports humains, même après qu’il soit devenu une star et même si la prépondérance de son art, encore une fois, le poussait parfois à rompre brutalement avec ceux qui contribuaient à son aura musicale (l’épisode de la fin des Spiders From Mars en 1973 entre autres).

L’ouvrage remet en outre, sans insister sur ce point mais par sa forme, quelques notions en place : Bowie était une éponge qui s’appropriait des idées qui n’étaient pas les siennes au départ, l’assumait pleinement, mais n’était pour autant pas, comme on cherche parfois à nous le faire croire, un opportuniste mais un artiste qui captait l’air du temps comme personne, et, souvent, devançait les tendances ou les créait. Il est également salutaire de se voir rappeler qu’il s’intéressait à d’autres artistes comme Iggy Pop ou Lou Reed alors même qu’ils végétaient dans un quasi-anonymat. On ne peut passer en revue tout ce que l’ouvrage dévoile et il n’est pas question de vous priver du plaisir de la lecture mais, que vous vous considériez comme calé sur David Bowie ou totalement novice en la matière, « Rainbowman » se lit comme le cerveau de son sujet fonctionnait : un flot permanent de créativité artistique et de musique. Indispensable.

Jerome Soligny, « Rainbowman », David Bowie, 1967-1980, 596 pages, éditions Gallimard, 35 euros.

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  • Publication 650 vues21 décembre 2019
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Jerome Soligny - Rainbowman (David Bowie 1967-1980)