Jude :: Paris [Point Ephémère] :: 20 et 21 novembre 2006
À quoi reconnaît-on un bon concert ? Une interprétation originale des chansons, un réel plaisir des musiciens à être sur scène, un son de qualité ? Certes… mais ne sous-estimons pas le pouvoir du public, capable à lui seul de transformer un bon concert en un moment d’exception…
Déjà aperçu début septembre en solo, Jude faisait son retour dans la capitale accompagné par ses musiciens et fort du succès de son dernier album "Redemption", dont les ventes laissent présager que l’américain passera un joyeux Noël. Les concerts affichant complets depuis plus de deux mois, les spectateurs avaient décidé de venir suffisamment tôt pour être bien placés et c’est sous la pluie qu’ils se sont massés Quai Valmy.
Pour débuter la soirée, une jeune femme gracile s’assied sur un tabouret et s’empare d’une guitare. Là, elle livre une musique dépouillée comme les arbres d’automne. Très impressionnée par les spectateurs agglutinés devant la scène qui la dévisagent avec curiosité, ce n’est qu’à la toute fin de son mini concert qu’elle révélera son nom : Marie Modiano (photos n°1 et 2). Au fil des six titres, on évoque l’univers de Carson McCullers et son roman »The Heart Is A Lonely Hunter », pas étonnant pour une fille d’écrivain me direz-vous ! Puis on passe par Honolulu, tellement joli que le public se met à chanter. Plus tard on côtoie Peter Von Poehl (photo n°3) chanteur guitariste à la blondeur toute suédoise, qui a participé à l‘album de la jeune parisienne et qui est invité pour interpréter un de ses titres en duo avec la chanteuse. Sachant très bien qu’elle ne sert que d’apéritif à ce qui va suivre, la jolie Marie ne s’attarde pas trop, juste assez longtemps pour éveiller la curiosité des spectateurs et leur donner envie de jeter une oreille sur son album "I’m not a rose".
Les choses sérieuses commencent à 21h45 lorsque Jude (photos n°4, 5, 6 et 7) et ses musiciens entament le concert avec Perfect Plank, accueilli gaiement par le public. Il est accompagné de Craig Wahl à la basse et à la contrebasse et de David Kendrick, très bon batteur connu pour son goût prononcé pour les chemises extravagantes. Indian Lover, composition à fleur de peau, aux paroles pas très joyeuses ("I’ll cross the Gates of Hell and sell what is left then of my soul…") marque un changement radical. I Do permet au chanteur de reposer sa voix, les spectateurs connaissant par cœur les paroles de cette romance vouée à l’échec.
Toujours à l’écoute de son public, il demandera à plusieurs reprises quelles chansons feraient plaisir à l’audience et finira par les interpréter toutes pour notre plus grand plaisir: The Asshole song, I Will Not Die, Fly again, King of Yesterday… Ces deux soirs, tous les albums de l’américain seront revisités : du classique Madonna en rappel à In Between extrait de "430 N. Harper Avenue", en passant par le très funky Brad and Suzy, pivot d’un medley regroupant aussi Love, Love, Love le single actuel et Ain’t No Sunshine une reprise de Bill Withers.
Le premier soir, on a même droit à Cuba, tragi-comique et magnifique chanson qui figure sur la deuxième édition de "King of Yesterday", disque boudé par le public, les critiques et qui valut à Jude d’être remercié par Maverick. N’ayant plus rien à perdre, il réenregistra les titres surproduits et ajouta cette chanson aux paroles assassines mais ô combien réalistes. Aux mots parfois un peu rudes, viennent s’opposer un rythme dénué de toute agressivité et des envolées lyriques de toute beauté ; un des plus beaux moments de ce double spectacle.
Pour conclure chacun de ses concerts, l’incontournable On The Dance Floor et ses jeux de lumières étudiés, transforme le Point Ephémère en gigantesque club disco. David Kendrick donne le rythme, Craig Wahl (photo n°8) fait les chœurs en jetant des coups d’œil aux premiers rangs et Jude en maître de cérémonie derrière son piano raconte des blagues et amuse la galerie. Ce rôle d’amuseur lui va à merveille, il n’est jamais aussi drôle que lorsqu’il parle de ses expériences diverses à la télévision française, et l’entendre raconter plusieurs fois la même histoire n’enlève rien au charme. Changeant les paroles de ses chansons, il s’essaie à des improvisations autour du nom de son bassiste ou de la dernière opération chirurgicale de Johnny Halliday. En plus d’être un excellent chanteur et compositeur, c’est un véritable acteur.
Jude aime la France et elle lui rend bien. Acclamé par le public parisien, il s’est livré deux soirs de suite à des performances-marathons de plus de deux heures enchaînant au bas mot vingt-cinq titres. Il a ce supplément d’âme qui le rend si cher au public. À la fois très professionnel et perfectionniste, il sait faire vivre ses concerts et laisser une forte impression sur le public. Et si avec tout cela vous n’êtes pas convaincus, vous pourrez toujours juger sur pièces lors de son prochain concert parisien au Trabendo en avril.
Crédit photos: Robert Gil




