"> Benicassim, Jour 3 :: 18 juillet 2009 - Live Report - Indiepoprock

Benicassim, Jour 3 :: 18 juillet 2009


Samedi soir, on arrive encore en retard pour le premier concert, celui du groupe espagnol L.A. aka Luis Safe Albert. On assiste aux trois dernières chansons, le groupe est enthousiasmant, énergique et mélodique à souhait (curieusement, impossible de retrouver sa trace sur internet…). Sur la scène moyenne, le groupe Irlandais Bell X1 commence son set […]

Samedi soir, on arrive encore en retard pour le premier concert, celui du groupe espagnol L.A. aka Luis Safe Albert. On assiste aux trois dernières chansons, le groupe est enthousiasmant, énergique et mélodique à souhait (curieusement, impossible de retrouver sa trace sur internet…). Sur la scène moyenne, le groupe Irlandais Bell X1 commence son set baigné dans le soleil couchant, maintenant que le bâche de fond a été retirée (d’ailleurs, pas de vent ce soir). Le quintet (basse, batterie, clavier, guitares), que l’on pourrait décrire comme une sorte de Radiohead apaisé, séduit le public grâce à sa musique planante, son attitude empreinte d’humilité et la voix de son chanteur. Des fans un brin chauvins, déploient le drapeau irlandais, ils ont apparemment fait le voyage rien que pour les voir. Le set, qui manque de surprise et de passion, finit par sombrer dans un côté ronronnant.

Sur l’autre scène, le chanteur de Television Personalities, autre groupe punk revenant, est visiblement trop défoncé pour interpréter ses chansons avec un minimum de conviction. Il se cogne contre son micro, sa lèvre saigne, il n’a pas l’air de s’en rendre compte. Rock’n’roll. On oublie ce spectacle affligeant et on va plutôt écouter la chanteuse Russian Red (qui comme son nom l’indique est espagnole). Cette demoiselle et son groupe interprètent des chansons pop-folk un peu trop lisses et sages. Baillements. Retour à la petite scène. Encore des Irlandais, The Mighty Stef, et nous voilà en pleine ambiance « bar à bières ». C’est dynamique, mais pas spécialement mémorable. Sur la grande scène, un groupe barcelonais, The Unfinished Sympathy, envoie un set carré, très rock : rien de très neuf mais l’énergie du groupe est communicative, on se surprend à taper du pied et opiner du chef en rythme.

Lily Allen, excusée pour raisons de santé, est remplacée par Maxïmo Park, qui devait initialement jouer la veille. Pour nous ce groupe est une énigme : comment une musique aussi lisse et ennuyeuse peut déchaîner les foules ? Mystère. Le chanteur, courant et sautant en tous sens, déploie une énergie phénoménale pour essayer de nous convaincre qu’il se passe quelque chose sur scène.La soirée se poursuit avec The Wave Pictures qui se produit sur la scène moyenne. La réputation du groupe est d’évoluer sur la scène antifolk pas très loin de Herman Düne, mais en live leur son est plutôt électrique et le trio évoque plutôt Neil Young (la voix nasale du chanteur et les solos de guitare aidant) mixé avec The Libertines. Le tout orné de paroles légères qui réussiront plus d’une fois à esquisser des sourires sur de nombreux visages. Le tout se révèle plutôt convaincant, bien emmené par un groupe qui réussit un bien sympathique concert, tout en modestie; on sent qu’ils prennent plaisir sur scène, sont heureux d’être là et ce bien-être se révèle communicatif.

C’est l’heure du concert d’Elbow. Si l’on avait beaucoup aimé “Cast of Thousands” en 2004,  le bien nommé "Asleep in the Back" (2001) et “Leaders of the Free World” (2005) nous avaient plutôt assommé. Du coup, on ne savait pas trop quoi penser du groupe : est-ce un groupe génial mais inégal, ou bien un groupe médiocre qui s’est surpassé pour son deuxième album ? Ce concert, dont on attendait des éléments de réponse, n’a pas complètement éclairci nos sentiments ambigus. Ce qui frappe d’abord, c’est la présence de Guy Garvey, frontman habité et charismatique malgré son air bonhomme, qui possède une voix clairement impressionnante en termes d’expressivité et de justesse. Mais le groupe ne parvient à convaincre que la moitié du temps : trop brouillon par moments, trop appliqué à d’autres. Pourtant, on se dit qu’il ne manquerait pas grand-chose pour que ce soit vraiment une tuerie sur scène.
Il faut dire que le son, assez bon sur la plupart des concerts, paraît peu précis pour Elbow, ce qui les dessert fortement, puisque les subtiles modulations d’accords qui soutiennent leurs pop-songs délicates sont un peu noyées ; la batterie manque également d’impact sur les moments énergiques ; enfin, trois choristes / violonistes, installées en fond de scène, soutiennent le groupe, mais hormis quand elles jouent seules, on a du mal à distinguer leur contribution.

Petite frustration personnelle : pas un seul morceau de "Cast of Thousands" ne sera joué. Le set est majoritairement composé de morceaux de leur dernier disque, "The Seldom seen kid", somptueux album de pop veloutée que l’on aura tout le loisir d’écouter à notre retour en France. (Il ressort de cette écoute que, si le groupe fascine en live, sa musique s’apprécie au final mieux sur disque.) En tout cas, les hordes d’Anglais de Benicassim répondent favorablement, reprenant en chœur les refrains, en particulier sur le superbe One Day Like This, majestueux single extrait du dernier album, qui clôture en beauté le set.Guy Garvey et son groupe semblent cultiver un coté humain qui les rapprochent du public, remerciant abondamment la foule et les organisateurs, la larme au coin de l’œil. Dans le même esprit, le groupe semble s’adonner à un petit rituel à mi-concert, ses membres se retrouvant au milieu de la scène pour trinquer et boire une bière ; cérémonie qui semble ravir le public.

On enchaîne ensuite avec le show de Peaches, qui remporte sans difficulté la palme du set le plus drôle, visuel, déjanté, énergique. Ses musiciens (un batteur, une claviériste-guitariste-chanteuse et un claviériste-chanteur, formant le groupe baptisé Sweet Machine) font irruption sur scène sur la musique de « l’Agence tous risques », casqués et revêtus de tenues étranges, mi-catcheurs, mi-cosmonautes. Puis, alors qu’ils commencent à faire gronder les synthés, Peaches apparaît dans une sorte de combinaison en forme de … boule rose. Encore plus forte qu’un lapin Duracell, elle danse, saute, bouge dans tous les sens, franchit les barrières pour plonger dans le public, change de costume, bondit jusqu’aux extrémités de la scène, devant les haut-parleurs, déclenchant des feedbacks stridents (ce qui donne probablement des cheveux blancs aux techniciens son). Batterie hyper-compressée, synthés proches de la saturation : le son est très rentre-dedans, et c’est vraiment parfait comme ça. Les morceaux sont plutôt courts et donnent l’impression de s’enchaîner vite ; Peaches pioche dans son répertoire, depuis son classique "Teaches of Peaches", jusqu’à certains titres de son dernier album "I Feel Cream" sorti au printemps. Parmi ceux-ci, on retiendra notamment l’imparable (et plutôt dark) More soutenu par des synthés « fat » à souhait ; sur ce morceau, Peaches semble produire des sons synthétiques avec une sorte de sabre-laser, sur le principe du theremin : vrai instrument ou gadget scénique ? en tout cas, l’effet est visuellement cool. Car là est l’un des points forts du set, il s’agit d’une performance visuelle tout autant que musicale, chaque morceau apporte son petit  truc : des danseurs à perruques monumentales (qui rappellent, en encore plus énorme, les danseurs de Katerine), des poses de guitare heavy-metal à hurler de rire, le claviériste qui se déguise en Iggy Pop pour interpréter le duo Kick It, etc (tout cela étant bien documenté sur Youtube).

Foals devait prendre la relève mais, grosse déception, le concert est annulé suite à des problèmes de santé du chanteur. Pendant ce temps, le concert de Franz Ferdinand (paraît-il le groupe le plus populaire du moment en Espagne) est déjà largement commencé. On essaie de se rapprocher de la grande scène mais c’est désespéré : le terme « marée humaine » paraît faible pour décrire le spectacle qui s’offre à nos yeux. Même à plusieurs centaines de mètres de la scène, la foule est déjà si dense que l’on peine à avancer. Franz Ferdinand déroule un show carré, énergique, efficace, sans grande surprise la plupart du temps. Les Ecossais sont capables du pire comme du meilleur, sublimant This Fire en laissant les guitares partir dans de furieuses échappées, avant de massacrer Michael avec une interprétation plus qu’approximative. On retiendra finalement de ce concert l’étonnant final durant lequel le groupe a pris tout le public à contrepied avec 10 minutes de boucles électroniques un poil répétitives mais furieusement dansantes. Franz Ferdinand prépare-t-il son "Kid A" ou était-ce là juste une envie live ? seul l’avenir nous le dira.

Les bars sont pris d’assaut à l’issue de ce concert, chacun réalisant la nécessité de se réhydrater/réalcooliser/réénergiser avant le set des 2 Many Dj’s, habituellement redoutable machine à faire danser les foules. Durée nécessaire au duo belge (pour l’occasion en tenue de soirée) pour déchaîner le public : 5 minutes, le temps d’un méconnaissable Ready For The Floor de Hot Chip. Sur l’écran géant surgit la pochette de "Standing in the Way of Control", pendant que retentit l’un des plus célèbres mix du tandem. Un DJ-set, même mené par 2 des plus doués représentants du genre, c’est parfait pour danser mais il n’y a généralement rien à regarder sur la scène à part un gars qui bouge des boutons ; 2 Many DJ’s ont eu pour compenser la bonne idée non seulement de diffuser les pochettes des singles ou albums qu’ils passent à la moulinette, mais surtout de les animer. On aura ainsi pu voir Beth Ditto remuer les bras au son de son tube, Dizzee Rascal headbanger sur son irrésistible Bonkers, la poitrine de l’horrible pochette de Windowlicker remuer au rythme des basses ou Michael Jackson époque "Thriller" moonwalker sur Billie Jean. On aura du mal à cerner précisément ce qui fait que 2 Many DJ’s sont assez loin au dessus de leurs concurrents, en ne passant pourtant que des disques d’autres groupes : leur sens inné du mariage sonore, une culture musicale immense, une oreille qui peut repérer un gimmick caché dans une chanson… autant d’éléments explicatifs mais qui semblent pourtant bien insuffisants pour expliquer l’état de transe du public de Benicassim en cette nuit étoilée.

On notera en tout cas la versatilité du duo, capable aussi bien de caresser leur auditoire dans le sens du poil en passant tubes espagnols, numéros 1 des ventes en Angleterre ou tubes hype (un long passage sur MGMT notamment) que de passer à la moulinette un extrait de l’album de Major Lazer 2 semaines à peine après sa sortie, ressortir des tubes oubliés (comme le French Kiss de Lil Louis), passer du hard-rock d’AC-DC à l’électro de Vitalic et d’envoyer un clin d’oeil aux Français du public au son du Vous êtes des animaux de Mr Oizo. S’il fallait retenir un grand moment, on penserait à l’enchaînement sidérant entre le Phantom de Justice et le Rebel, Rebel de Bowie durant lequel, encore plus que le reste du temps, la foule dansait dans une immense communion musicale. Il semblerait que personne n’ait vu le temps passer, jusqu’au final explosif sur le Breed de Nirvana, repris en choeur par un public bondissant entre 2 explosions de conffetis, sous les yeux du bébé de la pochette de "Nevermind" s’éclatant dans sa piscine.

Autant dire qu’après un show pareil, surtout après la nuit romanesque de la veille, nous sommes trop fatigués pour jeter un coup d’oeil au peu aguichant reste du programme. L’appel de la tente était trop fort…

Par Nassim et

Lire le compte rendu du 16 juillet 2009.
Lire le compte-rendu du 17 juillet 2009.
Lire le compte-rendu du 19 juillet 2009.

Chroniqueur
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