"> Cold Specks @ Point FMR - lundi 8 octobre 2012 - Live Report - Indiepoprock

Cold Specks @ Point FMR – lundi 8 octobre 2012


La dernière étape sur le chemin de la reconnaissance est, de loin, celle qu’Al Spx, la révélation blues-folk de 2012, regrette le plus de devoir mener. Elle me le révélera avec un aplomb mémorable. « Je fais des concerts parce que c’est la seule façon de vendre des albums. Je déteste jouer live. Je ne le […]

La dernière étape sur le chemin de la reconnaissance est, de loin, celle qu’Al Spx, la révélation blues-folk de 2012, regrette le plus de devoir mener. Elle me le révélera avec un aplomb mémorable. « Je fais des concerts parce que c’est la seule façon de vendre des albums. Je déteste jouer live. Je ne le fais que parce que c’est le métier. J’aime enregistrer la musique, j’apprécie d’écrire les chansons, mais tu sais que, quand vient le temps de la tournée, tu les détestes déjà, elles te rendent malades, et tu dois les jouer encore et encore. C’est seulement une performance, donner aux gens ce qu’ils veulent, mais je me moque des chansons, pour être honnête. Je me suis complètement retirée de ce qu’elles peuvent provoquer. »« J’essaie de ne pas regarder le public. Je ne cherche pas à communier avec lui. Je suis seulement là pour jouer une heure, sortir de scène, aller au lit et me rendre dans la ville suivante pour recommencer, puis dans la suivante pour recommencer encore. » « Ce qui me fait avancer ? Ca paye mes factures. » Son pseudonyme lui permet le stratagème d’un quasi dédoublement de personnalité : elle a créé ce personnage différent de celle qu’elle était quand elle a créé ces chansons, ce qui paradoxalement lui permet, comme avec un regard extérieur, d’en tirer l’émotion la plus libre possible.

En concert, Rob Ellis (qui a officié notamment auprès de PJ Harvey) s’efface derrière la chanteuse, que cinq autres musiciens  accompagnent. La meilleure idée, sans doute : un saxophone ténor, dont les longues notes graves gonflent l’émotion contenue dans les mots sourds, le timbre cotonneux et puissant d’Al Spx. Difficile de ne pas y imaginer la résurrection d’un blues engagé s’échappant comme une traînée de cendres. Les arpèges mineurs sur la guitare de la chanteuse résonnent bien au delà de leur simplicité. Une égérie du folk revival de 85 ans, Barbara Dane, devrait un de ces jours finir par assister à l’un des ces concerts, dans lesquels la voix d’Al Spx se fait chaque fois plus assurée, démesurée. L’album, « I Predict a Graceful Expulsion », est bien loin désormais. A 24 ans, en quelques mois, Cold Specks a réussi à faire triompher les chansons. Son opinion sans concession que ces chansons doivent rester à leur place est le prix à payer pour qu’elle les interprète avec autant d’abandon.

Le plaisir viendra encore à tête reposée, en réalisant combien le simple plaisir musical habite la chanteuse. On se souvient alors qu’après avoir retrouvé avec un plaisir évident sa propre voix, dès les premières chansons du concert, elle a interrompu l’interprétation de l’album pour une reprise joyeuse du thème de la série télévisée The Fresh Prince of Bel Air. Puis elle s’est lancée dans une réinvention de la chanson Reeling the Liars In, les trois minutes les plus dénudées et ouvertement country à avoir été enregistrées pour un album de Swans par Michael Gira. Personne ne se doute que la chanson qu’Al Spx préfère revivre en concert est celle qui, arrivant vers la fin de l’album, laisse éclore une certaine forme de joie : c’est Steady, avec cette phrase répétée sur un crescendo qui évoque, pour certains, Arcade Fire : “We have caught fire and the night is ours”.

Chroniqueur
  • Publication 273 vues27 octobre 2012
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