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Dans l’écrasant et quelque peu guindé cadre de l’Olympia, cette soirée de clôture du vingtième Festival des Inrockuptibles s’annonçait comme un feu d’artifice sonore placée sous le signe du songwriting chic. De l’Ouest américain aux Balkans en passant par la Scandinavie, pas moins de cinq groupes et artistes se sont succédés face à un public demandeur et réactif pour un concert marathon de plus de cinq heures. Sélection des temps forts…
En ouverture, Loney, Dear groupe proposant une pop douce et mignonne faisant fortement penser à Belle and Sebastian pour le côté susuré mais avec certaines intonations musicales de Kent, les voisins suédois. C’est charmant et rafraichissant, de quoi entrer dans la danse en douceur. Un seul regret : c’est trop court, une petite demi-heure à peine.
On peut lire sur nos billets que Remi Nicole nous attend en deuxième position, mais qui donc est ce garçon ? Stupeur lorsque l’on voit apparaître un petit bout de femme qui mène ses hommes à la baguette et balance ses titres dans la lignée de The Thermals sans faire de manière. Pourtant, alors qu’on croit pouvoir cataloguer sa musique, on est surpris par la tournure que prennent les choses : reggae et ska côtoient de la romance larmoyante à la Kelly Clarkson. Bref, on s’égare et le public est dérouté par cet ovni, lui qui était venu alléché par le côté folk de l’affiche.
Heureusement pour lui, l’attente finira par payer. Un an jour pour jour après l’annulation malheureuse du concert de Beirut au Festival des Inrockuptibles, c’est acclamés en héros que Zach Condon et sa troupe entrent sur scène. Ils débutent avec Nantes, un des meilleurs titres de leur tout récent album »The Flying Club Cup ». Si la fanfare fait des merveilles, un problème technique nous empêche de savourer pleinement le spectacle et si on en prend plein les yeux (toute cette agitation est réjouissante) nos oreilles n’en diront pas autant. Après cinq titres le mal est réparé et les chansons prennent une autre ampleur. L’accordéon valse avec le violon, les cuivres s’enflamment et la fête bat son plein. C’est alors que le francophile Zach Condon, flatté de jouer dans cette salle mythique qui a vu se produire Jacques Brel, se lance dans une reprise fort appréciée du Moribond avant de donner le signal à ses camarades pour le bouquet final, The Gulag Orkestar, toujours aussi exalté et impressionnant. On a sans doute bien atteint un sommet ce soir là.
Peut-être parce qu’il faisait suite à ce feu d’artifice sonore ou peut-être à cause des nouvelles orientations prises depuis »Armchairs Apocrypha » son dernier album en date, Andrew Bird a opté pour un concert teinté de rock et relativement rentre dedans. Si les trois premiers morceaux ont la main lourde sur le son, la deuxième partie du concert est nettement supérieure et on assiste à l’élaboration de petites merveilles sous nos yeux, comme Imitosis ou le titre plus ancien Happy Birthday Song qu’on est ravi de réentendre sous cette forme. Andrew Bird, être délicat et attentionné aurait-il pensé à célébrer en chanson les vingt ans du Festival à défaut de gâteau?
Enfin, vient le tour du très attendu Devendra Banhart, véritable tête d’affiche de la soirée. Si la salle était déjà bien remplie, on a soudain l’impression que tout l’espace est occupé. Les musiciens alternent compositions rythmées et morceaux plus calmes avec beaucoup d’aisance. On ne s’ennuie pas tant c’est varié et agréable à l’oreille et on ne voit pas le temps passer. Déjà l’heure du rappel approche avec l’apparition de Spleen, la boîte à rythme humaine, en invité surprise. Une chose est sûre : des fans les plus convaincus (tenues colorées et fleurs en plastique dans les cheveux) aux simples curieux, le groupe de chevelus sait mettre tout le monde d’accord en créant une ambiance bon enfant et dansante qui fait oublier la fatigue et le froid qui nous attend. Et si c’était cela la recette du succès ?
Crédit photos : Robert Gil