"> des Terras Neuvas - Live Report - Indiepoprock

des Terras Neuvas


De tous les festivals d’été, les Terra Neuvas de Bobital est sans aucun doute le plus iconoclaste, rassemblant sur trois jours des groupes d’horizons et de notoriété très différents, d’Indochine aux Dandy Warhols en passant par des artistes ressuscités (Bonnie Tyler, Trust). A noter aussi, la présence des bûcherons finlandais Lordi, spectaculaires gagnants de l’Eurovision, […]

De tous les festivals d’été, les Terra Neuvas de Bobital est sans aucun doute le plus iconoclaste, rassemblant sur trois jours des groupes d’horizons et de notoriété très différents, d’Indochine aux Dandy Warhols en passant par des artistes ressuscités (Bonnie Tyler, Trust). A noter aussi, la présence des bûcherons finlandais Lordi, spectaculaires gagnants de l’Eurovision, ou encore de Dick Rivers, convié au pied levé pour remplacer Elmer Food Beat. Mais, l’événement majeur de Bobital, qui a déplacé les 120 000 festivaliers, c’est la réunion exceptionnelle des grand-pères fondateurs du rock, ceux à qui l’on doit le dernier demi-siècle de bonne musique et qui ont enfanté les Stones, Led Zeppelin jusqu’aux groupes d’aujourd’hui : Jerry Lee Lewis, Little Richard et Chuck Berry sont réunis ce soir dans les Côtes d’Armor pour rappeler les origines du rock et confirmer qu’on leur doit beaucoup. Les papys sont attendus religieusement pour la grand-messe du soir.

L’après-midi se déroule tranquillemment, rythmée par les shows des différents stands et scènes, tandis que les plus téméraires de la veille font sécher leurs fringues et commencent à ouvrir les yeux. La bière n’est pas chère à Bobital et les bouteilles d’alcool sont autorisées, le résultat se lit dans la quantité d’ivrognes qui jonchent le sol. Sous son petit chapiteau, le Café du Port ne désemplit pas, déversant sa bière traditionnelle de Dinan, au gré de la musique festive de groupes locaux (l’incroyable reprise de L’aventurier par les Princes Chameaux version électro et binioux). Sur la scène Grand Banc, Hubert-FelixThiéfaine tente d’amuser la foule par ses clowneries et ses textes filandreux. On l’a connu plus en verbe et plus en forme. Il se contente ici de sauver un concert qui aurait mérité plus d’entrain. L’incontournable Fille du coupeur de joints, réclamée et reprise à tue-tête par le public, achève le set tandis que sur la grande scène des Terra Neuvas, Jean-Louis Aubert attaque son répertoire, plus direct, composé des grands standards et de ses derniers titres.

Programmé en dernière minute et donc très peu annoncé, Bikini Machine se donne un mal fou sur la scène du département pour récupérer quelques curieux en transit entre les deux grosses scènes d’Aubert et Mickey 3 D. L’électro rock des rennais, en léger décallage dans ce festival à la programmation plutôt grand public, ne rencontre pas le succès mérité. Le groupe interprète vaillamment quatres reprises de Dutronc, extraites de leur dernier album, et des titres de leur prochain opus prévu pour la fin de l’année, qui s’annonce très électrisant, dans la veine de leur premier opus. Une très belle performance, malheureusement pas assez acclamée.

Quelques bières et galettes saucisses plus tard, la foule commence à se tasser vers la grande scène pour attendre l’arrivée des trois dinosaures. C’est Jerry Lee Lewis qui attaque les festivités dans une cacophonie épouvantable, tandis que les techniciens luttent pour stopper les larsens qui déchirent les tympans du public. Accompagné d’un backing band aussi septuagénaire que lui, Jerry Lee enchaine ses standards, figé sur son piano, le regard fixé sur la liesse massée devant la scène qui danse en rythme. Seuls ses doigts s’agitent et donnent un peu de fougue à son jeu, bien loin des excentricités qui l’ont fait connaitre cinquante ans plus tôt. Great balls of fire clotûre le set sous les ovations de la foule, satisfaite de ces trente minutes de souvenirs.

Après cette savoureuse mise en bouche, la grande scène sombre dans l’ennui, une demi-heure d’attente occupée par des jeux de caméras sur les écrans géants, des ollas "Allez les Bleus" et autres occupations d’une foule impatiente. A force de sifflements, le programmateur vient annoncer que Little Richard s’est perdu à Dinan (on apprendra le lendemain que Monsieur s’était en fait arrêté au Mac Do de Quévert). Jean-Louis Aubert vient jouer quelques couplets d’Imagine au piano pour faire patienter, alors qu’au loin une limousine apparaît. Encore un bon quart d’heure d’attente et enfin, les musiciens se mettent en place et se lancent dans un jazz rock enflammé qui déchaine le public. Après vingt minutes d’impros et de breaks, Little Richard arrive enfin accroché au bras d’un gorille, en costume bleu strass, et s’installe au piano. Cette fois, ça va pouvoir commencer… et bien non, le papy refuse de jouer tant qu’il y aura des caméras. Intervention du manager, négociations, les caméramans quittent la scène, seul un plan large de la scène sera retransmis sur les écrans géants. Nouvelle vague de sifflements du public exaspéré. Mister Richard menace de ne pas jouer si les sifflements ne cessent pas et réclame du public sur scène avec lui ; quelques gamines sont donc conviées à venir se trémousser niaisement à ses côtés. Le show commence enfin avec 55 minutes de retard. Little Richard a encore le doigté de sa jeunesse mais a l’aigreur capricieuse d’un vieux d’aujourd’hui. La qualité du concert ne pourra effacer ces insupportables préliminaires. Certains mythes gagneraient à mourir jeune.

Après cette longue et pathétique prestation, Chuck Berry, qui gratte du pied depuis un bon bout de temps, n’a droit qu’à une vingtaine de minutes pour interpréter ses standards. Visiblement trè heureux d’être là, l’ancien s’amuse sur sa Gibson déambulant sur scène avec la joie et la pêche d’un gamin. Ses riffs rappelent les fondements du rock, la messe est dite. Sur le magistral Little Quenie, Jean-Louis Aubert vient donner un coup de main à la guitare et au chant, comblé de réaliser ce soir le rêve inoui de tout guitariste. Le set s’achève sur l’incontournable Johnny B Good, diqnement salué par la foule, Chuck Berry abandonnant Aubert et ses groupies sur scène.

Pas de boeuf à trois, ni de rappels, le festival reprend son cours normal. Un peu comme les Bleus le lendemain, les trois papys du rock ont loupé ce rendez-vous avec une nouvelle gloire… de peu. Remercions Bikini Machine d’avoir illuminer ce samedi breton.

Chroniqueur
  • Publication 338 vues8 juillet 2006
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