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Alors évidemment, chez les BB Brunes, les efforts du bassiste pour toujours être dans le champ de la caméra qui balaie la scène avant de jeter des coups d’oeil inquiets en direction de la batterie pour rattraper le tempo font sourire, les solos de guitare sont sans coup férir chaque fois à côté de la plaque, etc… Cependant, les garçons ont au moins eu le mérite de vite comprendre que deux rangs de préados excitées, c’est un peu juste pour mettre l’ambiance et que tout le reste de l’assistance par ailleurs clairsemée est plus là pour le bain de soleil avant les choses sérieuses que pour eux. Conséquence, un set serré, sans esbrouffes qui les auraient immédiatement condamnés aux huées. C’est déjà ça.
Direction le chapiteau pour la collaboration de Sophie Hunger, Piers Faccini et Patrick Watson avec des musiciens et choeurs des conservatoires locaux. La performance s’annonçait un challenge, nos trois oiseaux ayant des univers délicats pas faciles à installer dans le contexte d’un festival. Pourtant, les trois artistes ont su tirer parti des moyens offerts (choeurs, section de cordes) pour donner de l’ampleur à leurs compositions et réussir à mettre le public dans leur poche. Seul bémol, les trois artistes n’ont fait que se succéder pour interpréter leurs chansons, et n’ont jamais été tous trois en scène en même temps, sauf en toute fin de concert.
Retour vers la grande scène pour un des moments les plus attendus de la soirée avec le "supergroupe" The Dead weather. Décevant sur disque mais ayant publié deux albums très vite avant tout pour jouer live, la troupe menée par Jack White et Alisson Mosshart était attendue au tournant. D’entrée, le décorum est là : le matériel vintage rutile sur scène, Jack White est plus que jamais le sosie de Johnny Depp dans "Dead man" et Alison Mosshart, qui semble hermétique à la chaleur ambiante, déborde de classe et de sex-appeal. Niveau musique, le combo installe rapidement son blues rock avec aplomb. Ca ronronne un peu au départ, mais au fil des morceaux, tout se débride, et la force de frappe du groupe devient impressionnante. L’occupation de la scène est assurée par Alison Mosshart qui joue de déhanchements lassifs, puis Jack White émerge de derrière sa batterie une première fois pour prendre le micro avant de venir reprendre la guitare pour le final. L’accueil du public est des plus enthousiastes pour un groupe qui se sera donné à fond et aura permis à la soirée de réellement trouver son rythme.
Après ça, c’était un peu dur pour les Black keys d’enchaîner peu ou prou dans le même registre sous le chapiteau. De loin, le duo semble s’en tirer de belle manière, le public ayant répondu présent semble accrocher, mais pour cela, sans doute fallait-il faire un choix…
Alors que le soleil entame lentement sa descente sur la presqu’île du Malsaucy, les anglais de Kasabian investissent la grande scène. Retrouver ce groupe qu’on aurait parié éphémère il y a cinq ans (une éternité) constituait une surprise. Et, à vrai dire, au bout de deux morceaux maximum, on commence à se dire que la seule hypothèse plausible à leur pérennité est le besoin des anglais de pallier au retrait des frères Gallagher. Le groupe a en effet la même allure, ce qui signifie qu’ils ne ressemblent à rien, leur jeu de scène est inexistant, quant à la musique…. de gros pâtés indigestes noyés sous des synthés à la ringardise inégalable. A fuir au plus vite.
Heureusement derrière se profile un autre moment attendu de la soirée avec la prestation des brillants Foals sur la plage. Le public est au rendez-vous et à l’accueil fait aux musiciens, on a vite compris que l’attente est partagée et les gars d’Oxford se sont fait un plaisir d’y répondre. Enchaînant des titres de leurs premiers EPs et de leurs deux albums, le groupe a d’entrée de jeu installé ses rythmes syncopés et ses structures en boucle pour se mettre le public dans la poche, se permettant en milieu de set un passage plus calme avec les morceaux les plus apaisés de "Total life forever". Vraie gageure parfaitement négociée, même si ces pièces complexes peuvent sans doute encore évoluer en live, qui aura permis au combo de s’offrir ensuite un beau final libéré, Yannis Philippakis venant lui-même participer aux slams qui auront émaillé tout le concert. Sans conteste la plus belle ambiance et la performance la plus convaincante de la soirée.
Changement radical de registre ensuite avec Jay Z sur la grande scène. Mais même pour les plus circonspects, ce concert revêt quelque intérêt : en effet, le rappeur mégalo avait déclaré venir pour faire un show total, et ce avec un véritable groupe. Effectivement, niveau sonore, il y a de quoi faire. Ensuite, le concert est au moins autant visuel, avec un immense écran LCD en fond de scène qui diffuse des images en permanence. Parfois pour égrener des clichés, d’autres fois pour apporter un réel plus au concert, notamment lorsqu’on assiste à un survol nocturne de New York à couper le souffle. Quant à Jay Z lui-même, il aura parfois donné de sa personne également le temps de quelques raps, sans non plus franchement se dépouiller…. Bref, la performance vaux le coup d’oeil au moins une fois, sans plus.
Il commençait alors à se faire tard, et pourtant les londoniens de Hot chip avaient pour mission de faire danser les festivaliers sous le chapiteau. Mission réussie dans l’ensemble, même si le manque de charisme des membres du groupe aura quelque peu créé un décalage entre une musique hédoniste et une dégaine de vieux noceurs un brin fatigués.
A la fin de ce concert, tout le monde commence à tirer le bilan d’une journée sans accrocs, à l’organisation impeccable, chacun a vu au moins deux ou trois bons concerts, bref, tout promettait de se terminer pour le mieux… jusqu’à l’arrivée de Missy Elliot, censée conclure cette première journée sur la grande scène. Au final, une belle arnaque qui fera date : une demi-heure de retard, une chanteuse complètement à la ramasse réduite à laisser la scène à ses danseurs et à chanter en semi-play-back, et, toutes les trente secondes, à interrompre les morceaux pour raconter tout et surtout n’importe quoi pour dissimuler l’improvisation totale du concert et faire passer le temps. Conséquence : jets de bouteilles sur scène, sifflets, et les trois quarts des festivaliers qui s’en vont au bout de dix minutes. Les organisateurs eux-mêmes ont juré qu’on ne les y reprendrait plus.
Quoi qu’il en soit, cette triste fin ne devait pas dissimuler le fait que les Eurockéennes restent un rendez-vous incontournable du début d’été, et ce pour sans doute encore longtemps, si du moins les mastodontes type Live nation (responsables en grande partie de la venue de Missy Elliot) ne finissent pas par imposer leur mauvais goût et leur hégémonie à tous.