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Pour cette première journée de la 21ème édition de la Route du rock, le fort de saint Père nous accueille dans son bel écrin sous un soleil timide mais bel et bien présent. Au menu de ce premier jour la petite protégée de Geoff Barrow, Anika ; le dinosaure Lou Barlow aux commandes de la reformation de Sebadoh ; le retour des filles d’Electrelane ; le meilleur ennemi de votre O.R.L, Mogwaï et enfin le premier groupe à cumuler Route du Rock hiver/été dans la même année, Suuns.
19h, c’est Anika (photo 1) qui a l’immense responsabilité d’ouvrir l’édition 2011 de la Route Du Rock. Coiffée d’une coupe à la Catherine Deneuve circa 1965, habillée d’une robe noire et stricte, Anika chante d’une voix grave, très froide, un peu trop forcée dans son évocation de Nico, peut être avec plus d’émotion et moins de substances hallucinogènes dans le sang. Les premiers morceaux passent tranquillement, appuyés par une section rythmique précise qui doit beaucoup au bassiste de Beak> dont l’instrument est mixé très en avant (Anika a enregistré son premier disque après avoir rencontré Geoff Barrow). Les lignes de basse varient entre un dub blanc hérité du post-punk et le trip-hop façon Portishead. A la fin, l’ex-journaliste berlinoise lasse un peu avec un set trop statique. On se dit qu’il faudra réécouter son premier album dans le calme du salon, là où cette musique semble être plus indiquée.
20h10, Sebadoh (photos 2 et 3) arrive sur scène, ouvrant avec l’un des plus beaux morceaux abrasifs de Lou Barlow, le magnifique On Fire, avant d’enchainer avec l’énorme Skull, et le chef d’œuvre d’"Harmacy", Ocean. Sebadoh joint efficacité et énergie bourrine pour son entrée en la matière et ça fait du bien à voir. Lou Barlow balance quelques riffs rageurs et salement distordus sur sa Gibson noire tout en jouant avec urgence certains de ses plus beaux titres de power-pop abrasive. Il s’excite sur une vieille basse en accompagnant Jason Loewenstein dont les hurlements cadrent assez bien avec ses compositions assez punk, noisy et hardcore (outre le magnifique Careful on y entend aussi le terrible Love To Fight). Sous pression, Barlow continue de jouer même lorsqu’il pète la lanière de son instrument et le groupe termine son set avec le gigantesque Beauty Of The Ride chanté par un Lou faussement branleur et soudainement classe derrière une vieille guitare demi-caisse …
21h30, le temps de manger quelque chose sur le pouce et déjà les quatre filles d’Electrelane (photos 4 et 5) arrivent sur scène. Il faudra peu de temps pour qu’elles se mettent le public dans la poche à coup de rythmiques métronomiques et de riffs de guitare tour à tour précis et noisy. D’une puissante efficacité, les filles d’Electrelane font danser le fort de St-Père, et elles semblent visiblement émues par les réactions du public. Elles n’hésitent pas à se laisser emporter à quelques improvisations au milieu de certains de leurs titres, que se soit lorsque Verity Susman délaisse un temps son synthétiseur ou sa guitare pour prendre un saxophone sur l’hypnotique Only One Thing Is Needed ou encore Mia Clarke qui triture sa guitare en la coinçant sur son ampli pour en sortir des sons déglingués, soutenus par de long feedbacks ambiants et réverbérés. Pour terminer, le quatuor de Brighton nous envoie deux puissantes reprises, à commencer par le très dansant Small Town Boy de Bronsky Beat et le nerveux The Partisan, chant traditionnel joué ce soir avec une énergie somme toute abrasive et quasi Stoogienne. On se dit alors qu’Electrelane vient de nous offrir le plus beau set de la soirée.
23h, la joue encore rougie par la claque administrée par les filles d’Electrelane et c’est nos oreilles qui s’apprêtent à passer un sale quart-d’heure (d’1 heure 10 environ). Les protections auditives sont solidement enfoncées dans les esgourdes mais Mogwaï (photos 6 et 7) entame son set avec un peu de bruit blanc (White Noise), comme pour mieux nous aider à éviter les acouphènes. Hormis ce gros son si caractéristique du post-rock des Ecossais (déluge de guitares saturées, rythmique étouffante), on s’ennuie un peu sur les premiers titres de la bande à Stuart Braithwaite. Le set décolle littéralement avec How To Be a Werewolf puis San Pedro, tous deux présents sur "Hardcore Will Never Die, But You Will", la dernière galette des Ecossais. La deuxième moitié du set est plus intéressante, moins froide, moins instrumentale, même si on est pas super fan du chant vocodé de Barry Burns (Hunted by a Freak). L’excellent Auto Rock prouve à ceux qui en doutaient que le piano a aussi droit de cité chez Mogwaï tandis que le bien nommé Mogwaï Fear Satan manque de faire sauter nos protections auditives hors de leur gangue, tels des bouchons de champagne. Au final on se sent assez partagé sur la qualité de la prestation des Ecossais, tantôt emballante, tantôt un peu chiante, il faut se le dire.
00h45, l’heure est aux sonorités électroniques puisque avant Etienne Jaumet et la tête d’affiche Aphex Twin ce sont les Montréalais de Suuns (photos 8 et 9) qui se produisent dans l’arène du fort de Saint Père. En parlant d’arène, c’est avec un Arena mixant électro hypnotique et rock incendiaire que s’ouvre le set du quatuor canadien. Les comparaisons avec les Liverpuldiens de Clinic, que l’on a vu fleurir un peu partout pour définir la musique de Suuns, sont tout sauf usurpées comme le prouvent Up Past The Nursery ou encore PVC avec ce chant susurré, cette ligne de basse géométrique, cette noirceur sourde qui transpire par tous les pores de leur musique. Suuns confirme donc en live les bonnes impressions laissées par leur album "Zeroes QC" et justifie le privilège qui lui a été accordé par les organisateurs d’être le premier groupe invité successivement pour la Route du Rock version hiver puis été.
01h30, on laisse Etienne Jaumet et Aphex Twin clôturer cette première soirée déjà riche en émotions sans nous, une soirée qui restera marquée du sceau de la classe des filles d’Electrelane.
Crédit photos : La Route du Rock Eté 2011 – (c) Nicolas Joubard
Par Christophe et…