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Après une première journée clémente sur le plan de la météo, celle du samedi s’est révélée particulièrement éprouvante pour les festivaliers venus assister à ce qui apparaissait sur le papier comme la journée la plus dense et la plus intéressante, avec Still Corners et Cults pour la découverte à côté d’une ribambelle de groupes confirmés (Low, Blonde Redhead, The Kills et Battles).
19h15, nous entendons les premières notes de Still Corners (photo 1) et la pluie s’abat sur nous. Les mélodies passent plutôt bien même si on se sent un peu en décalage lorsque le groupe chante son Endless Summer. La chanteuse enveloppe chaque composition d’une voix douce, tandis que son guitariste triture sa Fender Jaguar pour en sortir d’étranges rythmiques biscornues ainsi que deux ou trois accords vaguement distordus. Vers la fin du set, le groupe nous propose même une partie instrumentale assez rythmée, de quoi se réchauffer sans trop se forcer, on entend quelques phrases assez mélancoliques sortir d’un synthétiseur alors que le bassiste joue une ligne répétitive dont les vibrations savent produire un bel effet. Mais déjà le court passage de Still Corners se termine et il est temps d’aller vite se mettre à l’abri.
20h25, le Fort de St-Père se transforme en un immense tas de boue, et Alan Sparhawk commence de jouer un étrange solo distordu sur sa Gibson blanche. Tout proche de la scène, on voit Low (photos 2 et 3) qui débute calmement son set avec un Nothing But Heart d’une beauté somme toute charnelle et dont les moments de grâce semblent presque toucher au sacré. Alan Sparhawk et Mimi Parker chante en boucle « I’m nothing but heart » comme s’il s’agissait d’une supplique pour mieux nous aider à tenir sous la pluie battante. Après une si belle entrée en la matière, Low continue avec des titres issus pour la plupart de "C’mon" ainsi que "The Great Destroyer", l’occasion de redécouvrir en live Monkey dont la noirceur passe plutôt bien dans la boue et surtout le magnifique Silver Rider qui permet à Low de retrouver ainsi ses compositions étirées. Les phrases de guitare en accords mineurs restent minimalistes et le chant à l’émotion prégnante d’Alan Sparhawk arrive presque à nous tirer des larmes de tristesse. Debout derrière sa batterie, Mimi Parker chante aussi d’une voix lointaine sur le magnifique You See Everything et on se dit que même si Low joue là ses titres les plus musclés pour passer en festival, on serait mieux dans une salle sombre à les regarder religieusement …
21h50, les premiers accords de la sunshine pop 60’s de Cults (photo 4) résonnent sur la scène du fort de Saint Père mais la pluie est toujours là, redoublant d’intensité depuis maintenant 3h. Trempés jusqu’aux os malgré nos k-way, on choisit de regarder le set des New-Yorkais à l’abri des tentes de l’espace restauration. Le set a l’air un peu plus pêchu que celui (décevant) vu quelques mois plus tôt au Primavera mais hormis sur 2/3 titres (Go Outside ; You Know What I Mean ; Oh My God) la prestation de Cults ne parvient pas à nous faire regretter ce léger répit au sec.
23h05, on part affronter les éléments et les piscines de boue pour le début du concert de Blonde Redhead (photos 5 et 6). Le trio s’est coupé d’une partie de son auditoire depuis 2/3 albums (et une signature chez 4AD), un auditoire qui lui reproche un son trop lisse, bien loin de la jeunesse sonique des débuts. C’est pourtant dans ces 3 derniers albums que le groupe est allé piocher l’essentiel de sa setlist, l’excellent In Particular étant le seul à trouver grâce à leurs yeux dans le reste de leur discographie. Malgré le virage pop, ce qui ne change pas c’est l’incroyable sensualité de Kazu, captivante dans sa robe blanche, ou bien l’émotion qui se dégage des titres chantés par Amedeo (Spring and By Summer Fall ; Falling Man), l’un des jumeaux Pace. Un des très bons concerts de la soirée.
00h55, une bonne partie de l’assistance a déjà quittée les lieux, harassée par cette pluie qui ne cesse de tomber depuis 6h et par un site transformé en champ de bataille. On est pas loin de suivre le mouvement mais on décide de rester pour The Kills (photos 7 et 8), le duo nous ayant toujours donné plus satisfaction en live que sur album. Encore une fois la prestation d’Alison Mosshart et Jamie Hince, sans être impeccable, fut incandescente, féline, même si VV tient de plus en plus du "cougar" plutôt que de la "panthère féline"…Exit les petits jeux de scène entre les 2 acolytes depuis que le désormais très classe Jamie Hince a passé la bague au doigt à Kate Moss, le duo parvient tout de même à magnifiquement occuper l’espace comme sur ce No Wow enragé en début de set. La tension ne va pas retomber pendant 1 heure et un enchainement de tubes plus ou moins récents de leur discographie (Satellite ; The Heart is a Beating Drum ; Fried My Little Brains), dans la plus pure tradition live du duo qui reste quoi qu’on en dise un valeur sûre en live.
01h55, la pluie a cessé depuis peu mais les corps sont meurtris, trempés et la perspective de devoir attendre encore 1h avant le pourtant très attendu concert de Battles a raison de nos ardeurs. Les échos du lendemain seront dithyrambiques, on se rattrapera de retour à Paris avec la vidéo filmée par les caméras d’Arte Live Web.
Crédit photo : La Route du Rock Eté 2011 – (c) Nicolas Joubard
Par Christophe et…