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Cette dernière journée de la Route du rock 2011 voit le retour du soleil, pas suffisant pour effacer les traces de la pluie de la veille sur le site mais permettant de vivre les concerts de façon plus conviviale. Cela débute dans l’écrin du Palais du Grand Large avec Chelsea Wolfe, Josh T. Pearson et Other Lives puis direction le fort de Saint-Père inondé de soleil pour Here We Go Magic, Okkervil River, Cat’s Eyes, Fleet Foxes, Crocodiles.
15h20, assis confortablement dans l’auditorium du Palais du Grand Large nous voyons l’immense rideau rouge s’ouvrir et un certain Ben Chisholm programme quelques samples plutôt gothiques sur un laptop, puis Chelsea Wolfe (photo 1) arrive sur scène, avec une robe noire et blanche ainsi qu’un étrange voile posé sur la tête, accentuant encore plus le mystère de ce sombre duo. Et puis la dame se met à chanter et nous nous laissons hypnotiser par cette musique portée par des vocalises qui trouvent ses fondements dans les chants folkloriques européens et la dark-pop de This Mortal Coil. Chelsea Wolfe joue aussi quelques arpèges en accords mineurs sur une Gibson SG noir pendant que son compagnon envoie des boucles vaguement drones, et toute la salle est visiblement très réceptive lorsque la dame n’hésite pas à sampler en live sa voix, procurant ainsi l’un de ces instants précieux et magiques que l’on a droit parfois en festival.
16h20, nous commençons à entendre les arpèges de la guitare électro-acoustique vaguement distordue de Josh T. Pearson (photo 2), le rideau rouge s’ouvre et on voit ce grand bonhomme, toujours avec sa grande barbe coupée façon Jésus Christ. Connu pour certains lives chaotiques, Josh T. Pearson est aujourd’hui dans un bon jour, enchainant avec intensité ses quelques morceaux – entre dix et quinze minutes à chaque fois – de sa belle voix aigue habitée par on ne saiy quelle prière, émergeant parfois de la fumée, quelque part dans ses psaumes …
18h00, les cinq musiciens de Other Lives (photo 3) attaquent à toute berzingue (Josh T. Pearson a joué trop longtemps, il faut dire que le bonhomme aime bien étirer au maximum chacun de ses titres), du coup le set est plutôt intense quoique très impersonnel, le groupe est à la fois trop ressemblant aux Fleet Foxes (option revival guitares folk 70’s) et à Arcade Fire (on joue aux hommes-orchestre pour jouer du rock symphonique, d’ailleurs chaque musicien en changeait généralement d’instrument deux ou trois fois par morceau). A la fin du rappel nous sortons tranquillement, et après le confort du Palais Du Grand Large, nous nous demandons bien dans quel état est le Fort de St-Père après le déluge de la veille.
19h15, le fort de Saint-Père a été "nettoyé" tant bien que mal de ses mares de boue par les services d’entretien, il faudra un peu plus que le soleil d’aujourd’hui pour assécher complètement le sol détrempé. Les New-Yorkais de Here We Go Magic (photo 4) sont les premiers à entrer en scène et on se réjouit de revoir la bande à Luke Temple après une jolie prestation l’an dernier à la Flêche d’Or. Malheureusement, le set s’avère cette fois-ci brouillon, ronronnant alors qu’il sait être sensuel et dansant comme les déhanchements de sa bassiste sur Collector. Une déception.
20h30, le public est plus clairsemé que la veille, l’affiche de ce dimanche comporte peut-être moins de noms ronflants que la veille. Parmi ceux que l’on attend le plus il y a Okkervil River (photos 5 et 6), même si le dernier opus des Texans, dans un style pompier, n’est pas celui que l’on retiendra de leur discographie dans quelques années. Heureusement pour nous, Will Sheff et sa bande savent se muer en parfait "entertainers" en live et l’on oublie bien vite nos réticences sur For Real même si l’ensemble manque quand même un peu de la finesse folk des débuts. On la retrouve l’espace d’un instant (A Girl in Port) et puis comme par magie la mayonnaise prend enfin sur la deuxième partie du set sans que l’on sache vraiment pourquoi ni comment. Le final, épique, est de toute beauté, des "ooh-ooh" de Our Life is Not a Movie or Maybe au chassé-croisé vocal de Loast Coastlines (que l’on avait déjà pu apprécier en acoustique pour notre session vidéo en leur compagnie). Enfin, cerise sur le gâteau, Unless It’s Kicks nous botte les fesses de belle manière avec son final électrique et déjanté.
21h45, la nuit est tombée sur le fort, les chats sont de sortie et Cat’s Eyes (photo 7) entre en scène. Le duo Farris Badwan/Rachel Zeffira est ici accompagné par quelques musiciens pour interpréter les titres de leur premier album. 30 petites minutes vont s’écouler entre le début et la fin du set, une durée qui s’explique par le peu de morceaux à l’actif du projet du leader de The Horrors et de sa dulcinée et par l’orchestration quelque peu différente des morceaux en live. Les ballades pop chantées par Rachel Zeffira sur l’album sont ici limitées à la portion congrue (I’m Not Stupid) et les morceaux plus "rock" sont ici mis en lumière (Face in The Crowd ; Bandit ; Over You ou encore la reprise du Lucifer Sam de Pink Floyd). Un set agréable que l’on aurait aimé un peu plus long.
23h00, la tête d’affiche de la soirée se nomme Fleet Foxes (photos 8 et 9) vu l’accueil chaleureux qui lui est réservé par le public. Robin Pecknold & co entament leur set par des titres issus de "Helplessness Blue", leur second album sorti en début d’année, et les fantômes folk des 60’s s’emparent du fort de Saint-Père. C’est pourtant sur les titres du précédent album, sur lequel tout a commencé, que le public va s’enflammer pour les harmonies vocales des barbus de Seatlle. Ca commence avec Mykonos puis Your Protector et sa flûte traversière avant l’enchaînement White Winter Hymnal/Ragged Wood. He Doesn’t Kno Why, repris en choeur par le public, parachève cette symphonie pastorale.
00h35, un crocodile gonflable dans le public accueille les Californiens Crocodiles (photos 10 et 11), le groupe de Charles Rowell et Brandon Welchez. Après les délices folk place aux décibels et au mur du son spectorien pour le groupe noisy/garage de San Diego. Les guitares saturées d’effets (distos, reverb) renvoient irrémédiablement aux Jesus and Mary Chain des frères Reid et si le groupe californien souffre bien évidemment de la comparaison, ils possèdent dans leur escarcelle quelques titres efficaces (Mirrors ; Stoned To Death ; Hearts of Love).
01h35, cette 21ème édition de la Route du rock se termine pour nous tandis que Dan Deacon puis Mondkopf vont faire danser les festivaliers. Une édition marquée par les concerts d’Electrelane, Low, Okkervil River ou encore Chelsea Wolfe, par une journée du samedi particulièrement arrosée mais riche de très beaux moments et enfin par un succès populaire (plus de 20 000 entrées) pour ce festival à taille humaine qui a parfois du mal à lutter à armes égales avec les grosses machines type Rock en Seine ou Main Square, mais qui arrive toujours à nous proposer une excellente programmation dans un cadre unique. Vivement l’année prochaine…
Crédit photo : La Route du Rock Eté 2011 – (c) Nicolas Joubard
Par Christophe et…