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C’est à Voxtrot (photo 1), petit poucet de cette journée à la programmation royale, qu’incombe la lourde tâche d’ouvrir le feu. Faut-il le rappeler, les Texans sont l’une de ces formations à avoir bénéficié d’un sérieux buzz internet, avant même d’avoir signé le moindre contrat. Arrivés sur scène avec dix minutes d’avance, ils semblent pressés d’en découvre et livrent l’un des tous meilleurs set du festival. Le public, encore très clairsemé, se montre malheureusement bien placide. Dommage. Quelques semaines après la sortie d’un album mitigé, Voxtrot met les points sur les « i » et joue les titres les plus nerveux d’un répertoire au lyrisme très smithien. Contre toute attente, il gagne même le droit à un petit rappel, illuminé par l’une de ses plus belles faces B, Missing Pieces.
Si le public n’a malheureusement pas répondu présent pour le set des Américains, il se presse nombreux pour voir celui des demoiselles de Brighton. Les 4 filles d’Electrelane (photos 2 à 4) ont droit à une belle ovation pour leur première apparition à la Route du Rock. Il en est une qui attire pourtant plus de regards que les autres, la jolie guitariste Mia Clarke semble en effet posséder un fort pouvoir d’attraction sur la gente masculine ici présente. La musique d’Electrelane oscille toujours entre les guitares saturées de Sonic Youth et les synthés vintage de Stereolab. Le fait d’être programmé le même jour que les premiers nommés semble décupler l’énergie déployée par les jeunes filles. Le set est d’une puissance rare, mélangeant les morceaux de "No Shouts, No Calls" avec quelques titres plus anciens. Mia Clarke démontre qu’elle est avant tout une guitariste de talent : affalée sur son ampli, elle martyrise les cordes de sa guitare pour un déluge sonique longuement acclamé. LE concert du festival pour bon nombre de festivaliers.
Echappé des Strokes, Albert Hammond Jr (photo 5) se voit proposer le défi de faire patienter les fans impatients d’en découdre avec Sonic Youth. Pour ne rien arranger, le guitariste frisé passe juste après les filles d’Electrelane qui ont mis le public du fort à genoux. On craint que les ballades pop du New-Yorkais ne soient un peu tendres pour ce public surexcité, mais c’est pied au plancher que Albert et son groupe attaquent leur set. Il se permet même une belle reprise du Old Black Dawning de Franck Black, avant d’enchainer par quelques titres plus pop dont le strokesien 101. Au final, Albert Hammond Jr s’est plutôt pas mal tiré du « piège » de la programmation et a permis aux plus réfractaires de se reposer avant le bouquet final.
Voici venu le deuxième évènement du festival. Si la reformation des Smashing Pumpkins a fait la veille l’effet d’un pétard mouillé, l’interprétation par Sonic Youth (photos 6 à 9) de son chef d’oeuvre "Daydream Nation", met tout le monde d’accord. De l’avis même du groupe, ce disque n’est pourtant pas le meilleur de la discographie de Sonic Youth. Il est néanmoins considéré comme l’une des pierres angulaires du rock indépendant américain. Paru en 1988, cet album est l’un des premiers à avoir mêlé avec autant de brio et d’audace dissonance et mélodie. Sur scène, les quatre New-Yorkais, rôdés à cet exercice particulier pour l’avoir déjà pratiqué aux USA, donnent donc une nouvelle vie (super)sonique à ces 12 titres de légende, interprétés dans l’ordre. De Teen Age Riot à Trilogy, on ne s’ennuie pas une seule seconde à l’écoute de cette magistrale leçon d’intransigeance rock et d’expérimentation pop. Les Américains nous gratifient même d’un rappel prodigieux, sur lequel Thurston Moore et Kim Gordon se montrent bien plus fringants que Billy Corgan la veille. Constitué de six titres du dernier opus, le plus accessible "Rather Ripped", ce bonus entérine une véritable victoire par KO !
Changement de style avec LCD Soundsystem. Emmené par James Murphy, le combo nous replonge dans un univers où s’entremêlent l’electro et le rock. En un peu plus d’une heure, James Murphy et ses musiciens offrent un très beau concert de clôture. Avec beaucoup d’humilité, LCD Soundsystem interprète les titres phares de "Sound Of Silver" : Us vs Them, All My Friends, Someone Great ou Get Innocuous !. James Murphy réussit à retraduire sur scène les arrangements et la production de l’album. Faisant vibrer le public au son de son disco punk-funk irréprochable, LCD Soundsystem livre un set spontané, tendu et sexy : l’un des moments forts de cette édition. Tout particulièrement ce final sur New York, I Love You But You’Re Bringing Me Down, qui hante l’esprit des festivaliers avinés jusqu’au lendemain matin.
La Route du Rock s’achève donc sur les chapeaux de roue, cette troisième soirée étant de loin la plus réussie. Le festival vient de souffler ses 17 bougies et, à l’image de cette édition, il fait bien son âge : turbulent, curieux mais aussi fragile. En effet, avec 23 000 spectateurs « seulement » au compteur, la survie financière de l’évènement n’est pas assurée, les Smashing Pumpkins ayant représenté le plus gros cachet de l’histoire du festival (à eux seuls, 45% du budget de la programmation 2007 !). Souhaitons toutefois que la Route du Rock atteigne la majorité, elle le mérite !
Lire le live-report du mercredi 15 août (1/3)
Lire le live-report du jeudi 16 août (2/3)
< Retour Zoom spécial Route du Rock 2007
Crédit photos : Hervé Le Gall (www.cinquiemenuit.com)
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