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La Route du Rock, 34e édition été. Un grand cru, mais sans grandes surprises pour ma part, les groupes attendus ayant rempli leur contrat haut la main !
Mercredi 12, ouverture à la Nouvelle Vague.
Ce soir, trois concerts et une éclipse. Joli programme. Cependant, les étoiles vont mettre un tout petit peu de temps à s’aligner. Elia Rønnenfelt a l’honneur d’ouvrir ce soir là. Assez convaincant sur album, il retrouve malheureusement les travers qui me rendent hermétique à Iceage, son autre groupe. Chaque musicien semble jouer de son côté, et il est très difficile d’identifier la cohérence sur scène. L’énergie est là, les mélodies ne suivent pas. Just Mustard ont eux, en revanche, trouvé la bonne formule. Katie Ball, à la voix toute vaporeuse, reste immobile durant tout le set. Elle laisse son groupe délivrer la partition musicale et le jeu de scène. Avec sa musique noisy / shooegaze, le combo venu d’Irlande redonne ses lettres de noblesse au style. Même chose du côté de Gurriers. Eux aussi venus de l’Île Verte, ils vont proposer un concert complètement habité. Lorgnant plutôt vers le post-punk, le groupe offre une prestation sans retenue, qui colle bien dans cette salle à taille raisonnable.
Jeudi 13, première soirée au Fort.
Avant de lâcher complètement les chevaux, petit détour par la ville de Saint-Malo. C’est en effet ici que se tient l’exposition « Jean-Louis Murat : Photorama« . Magnifique collection de clichés réalisés par Frank Loriou durant ses années auprès de l’Auvergnat. On y voit des moments de vie assez personnels, parfois déroutants, mais toujours touchants. Place ensuite aux concerts sur la plage. Mark Knekelhuis délivre un DJ set parfaitement adapté au moment (avec le petit verre de vin blanc qui va bien). Celui avant la déferlante de son qui va s’abattre sur nous le soir même. De bons enchainements de disques et une variation dans les styles, tout juste perturbés par le passage de deux avions militaires qui vont casser le calme de cet après-midi. La prestation de Helen Island m’aura par contre laissé de marbre. Sur les sonorités hyper pop et les voix vocodées, je passe mon tour.


©BRICEDELAMARCHE

©TITOUAN MASSÉ
Ouverture du Fort. C’est Horsegirl qui lance la soirée. Début de set, les trois filles du groupe semblent complètement perdues au milieu de la scène. Elles sont en formation très serrée, et laissent de grands espaces libres de chaque côté. On ne va pas se mentir, le trac se ressent jusque dans le public. Cependant, les morceaux commencent à se succéder, et le groupe semble prendre de plus en plus d’aisance. Très intéressant de voir l’évolution sur une durée aussi courte. Leur musique, simple et efficace , se prête parfaitement à l’horaire. Et au final, il en ressort quelque chose de touchant.

©TITOUAN MASSÉ
On passe sur la grande scène avec Cate Le Bon. Ici, on va faire rapide. Sa musique, dissonante, distante et farfelue, n’a jamais vraiment réussi à me toucher sur album. C’est exactement pareil sur scène. Le côté farfelu en moins.
Une petite pause, le temps de mettre en place le matériel, et c’est The Divine Comedy qui prend les rênes. Quel plaisir de revoir Neil Hannon et sa bande (24 ans après leur dernier concert ici) ! Sa musique défie littéralement le temps, et ses morceaux voyagent sans prendre une ride. Quand en plus, on ajoute l’humour typiquement british du personnage, notamment ses interventions pertinentes, ou sa présentation de groupe façon « apéro », c’est un set lumineux qui nous a été proposé. Les morceaux choisis étant en plus particulièrement à mon goût (cela a commencé presque comme un best of –Something for the weekend, Becoming more like Alfie, Noman and Norma, Generation sex, et un peu plus loin A lady of a certain age) , on tient ici une des plus belles prestations du week-end.

©TITOUAN MASSÉ
Smerz aura été un peu plus clivant. Les deux artistes de base sont ici accompagnées de deux musiciens additionnels. Elles se relaient sur le devant de la scène, alternant chacune chant et instrument. Si musicalement, leur mélange électro / pop a un rendu plutôt sympathique, et limite envoutant, c’est du côté du visuel que les débats ont eu lieu. Utilisant un énorme ventilateur pour un rendu « dans le vent », la question principale a été de savoir si elles n’en faisaient pas un peu trop. La forme a malheureusement pris le dessus sur le fond.

©Nicolas-Joubard
Changement d’ambiance avec Darkside. Ici, pas de fioritures sur la mise en place. Les trois musiciens restent en poste et nous balancent un set absolument hypnotique. Avec un éclairage parfaitement maitrisé et adapté, difficile de détourner le regard de la scène. Leur musique prend une dimension quasi fantastique en live. Quelque chose de grandiose, aussi captivant que difficile à décrire avec des mots.

©TITOUAN MASSÉ
On repart quelques minutes plus tard sur la petite scène avec Ditz. Déjà passés ici il y a quatre ans, les Anglais avaient mis le feu. Il semblerait que rien n’ait changé ! La sortie entre temps de leur nouvel album n’a fait que confirmer tout le bien que l’on pouvait penser d’eux. Cal Francis a toujours cette énergie débordante sur le devant de la scène, et le reste du groupe balance sans retenue. Petit clin d’œil sympa, la reprise de Fuck the pain away de Peaches, qui joue jute après.

©TITOUAN MASSÉ
Peaches donc. Là, on est sur quelque chose de vraiment unique. Lors de son dernier passage par le festival (2009), la Canadienne avait laissé une trace indélébile (avec notamment une escalade de la structure de la scène). Ce soir, pas d’alpinisme, mais une performance physique XXL. Visuellement, c’est absolument dingue. Des costumes tous plus barrés les uns que les autres, des danseurs franchement de haut niveau, et des décors complètement dingues (la nature de la première structure gonflable reste encore sujette à débat : ver géant, utérus en 3D, porte des enfers, …). La chanteuse, que l’on qualifiera plus aisément de performeuse donne de sa personne. Danses, chorégraphies, traversée de la foule pour aller chanter sur la régie, les 2000 calories conseillées par jour sont largement dépensées. Un petit bémol cependant. Pas de groupe derrière, mais une « simple » bande-son.

©Nicolas Joubard
Vendredi 14, deuxième soirée au Fort.
Vendredi après-midi c’est foot. Point. Le tournoi SAND a lieu sur la plage, au soleil. Avec un petit bain entre les matches pour regagner quelques points de vie. Bonne humeur et transpi au rendez-vous. Résultat : une bonne demi-finale pour mon équipe The Avalanches, qui jouait probablement son jubilée. L’effectif étant clairement sur le déclin.
Au Fort, c’est Alice Costelloe qui ouvre, toujours sous le soleil. Un concert d’ouverture comme il fait bon en vivre. Musique assez calme, groupe qui prend du plaisir, festivaliers qui reprennent leurs marques.

©TITOUAN MASSÉ
Dry Cleaning prend la suite sur la grande scène. Lors de leur dernier passage (2023), j’avais regretté le côté figé de Florence Shaw. Cette fois-ci, je suis parti du principe qu’il fallait l’accepter, et que cela faisait partie du package. Au final, c’était la bonne attitude à adopter. Car le set prend une toute autre saveur. Avec justement cette opposition entre Tom Dowse à la guitare (qui saute dans tous les sens, balance ses riffs comme si c’était la fin du monde, harangue la foule autant physiquement que verbalement) et Florence qui semble dans un monde parallèle pendant tout le concert, à se tordre et à débiter ses paroles, on tient quelque chose d’assez magique.

©Nicolas Joubard
Je n’ai clairement pas été happé par le concert de Moin, Quelque chose de trop expérimental, et difficilement pénétrable.

©Mathieu Foucher
On attaque maintenant le gros morceau de la soirée. L’enchainement Mogwai / Baxter Dury. Mogwai n’est plus venu au festival depuis 2011, cela commence à dater. Mais le groupe n’a rien perdu de sa superbe. Le spectacle est pro, carré, mais en met plein les oreilles à qui veut bien les ouvrir. Déluge sonore, mur du son, avalanche retentissante. On peut tourner autour du pot pendant un bon moment, le fait est que c’était tout bonnement superbe. Leur post-rock reste incroyablement d’actualité, que les morceaux aient cinq ou trente ans. Avec un décor d’une simplicité déconcertante, mais d’un rendu magnifique, les Ecossais ont réussi à capter le public tout autant visuellement que phoniquement.

©BRICEDELAMARCHE
Le temps de changer le plateau, et c’est Baxter Dury qui prend le relais. Son set de 2022 était resté dans les mémoires. Celui de 2026 sera un poil moins bon, mais pas loin. Le bonhomme a toujours un capital sympathie hors norme, et il en profite. Il joue avec le public, avec son groupe, et toujours avec une bonne humeur manifeste. Sur son dernier album, le virage électro est assez clair. Il l’a d’ailleurs dit lui-même, il souhaite que sa musique nous transporte dans un dance club. Mission réussie. Le Fort a complètement viré au son des singles de Allbarone (dont le morceau titre, un pur plaisir). Par contre, pour les fans qui espèrent encore retrouver le Baxter des débuts, intimiste et exposant ses problèmes avec les filles (Claire, Isabel, …), il faudra repasser.

©TITOUAN MASSÉ
Un autre groupe irlandais se présente sur scène. Sprints. Qui aura-lui aussi, absolument rempli son rôle. Mettre le feu à la scène et filer la banane à tout le monde. Karla Chubb a de l’énergie à revendre, et ça tombe bien, c’était le moment parfait. En faisant participer le public, et en s’y mêlant même un peu, le groupe l’a facilement mis dans sa poche.

©Mathieu Foucher
Marie Davidson, quant à elle, aura aussi mis le feu, mais toute seule, comme une grande. Pas évident de tenir tout un public avec uniquement ses platines et son micro. Mais la Canadienne sait faire le show.

©BRICEDELAMARCHE
Petit passage par l’aftershow pour voir The Femcels. Les deux artistes proposent un set avec des morceaux ultra courts et complètement survoltés. Comme si des personnages de mangas venaient nous crier leur générique dans les oreilles. Je n’ai pas fait de vieux os.

©BRICEDELAMARCHE
Samedi 15, troisième soirée au Fort.
C’est parti pour le 4e et dernier jour de festival, qui va être une longue montée en puissance.
Lael Neal, en formule duo sur la plage, ouvre le bal. Encore une fois sous le soleil avec la mer en toile de fond, une bande-son idéale pour récupérer des excès de la veille, et se préparer à ceux à venir. La pop folk toute posée de la chanteuse se laisse écouter et permet, s’il en est possible , de voir encore un peu plus loin que l’horizon.
Dans le fort, c’est Snuggle qui prend le relais. Snuggle, cela signifie « câlins ». Pas vraiment besoin d’en dire plus pour se rendre compte que ce concert est la suite logique de celui de la plage. Une pop toute douce, toute ronde, qui permet aux spectateurs de prendre leurs marques sans se faire brusquer.

©Nicolas Joubard
Aldous Harding ne va pas venir troubler l’ordre établi. Passée en 2022 à la Nouvelle Vague, elle a cette fois-ci l’honneur de la grande scène. Un cadre quasi opposé au précédent (nuit / jour, intérieur / extérieur, petite jauge / grand jauge), mais qui n’a pas semblé la perturber le moins du monde. Fidèle à son habitude, elle a peu parlé (demandant simplement à la foule qui était amoureux en ce moment), a peu bougé (elle a passé une bonne partie du concert assise sur un petit banc), mais a usé sans limites de ses mimiques et de ses petits gestes qui font de ses prestations un spectacle assez unique. Associés à sa musique intime et réservée, le combo est parfait pour qui veut bien se laisser emporter dans ce monde imaginaire et imaginatif.

©BRICEDELAMARCHE
Ulrika Spacek restera le concert le plus cérébral du week-end. Leur production reste assez difficile d’accès, et le set de ce soir aura été à son image. Une pop référencée, léchée et pointue. Le timing aura été favorable, car le même concert un peu trop tôt ou un peu trop tard peut vite faire perdre une bonne partie du public potentiel. Un set à apprécier avec le cerveau grand ouvert.

©TITOUAN MASSÉ
Au tour de Kurt Vile de délivrer ses compositions. Toujours bonne, mais jamais plus ou jamais moins, la musique de Kurt Vile a ce côté rassurant. Quand on lance un de ses albums, on sait à quoi s’attendre, on sait que l’on ne sera pas surpris, et on sait que l’on va passer un bon moment. C’est immuable, aucune exception n’existe. Sur scène, c’est pareil. Les morceaux s’enchainent avec facilité, plaisir et avec un certain confort. L’indie pop US a trouvé depuis quelques années un leader incontesté, et ce n’est sûrement pas ce soir que cette règle sera remise en question. Agréable, sans excès et sans temps faibles.

©Nicolas Joubard
Friko avait la malchance de jouer juste avant Fontaines D.C., ce qui fait que la majeure partie du public était déjà devant les barrières de l’autre côté du site. Pas de quoi décontenancer le groupe qui a balancé ses compositions sans complexes. Avec un jeu de scène assez amusant et plein de mouvements / changements, ils auront réussi à capter la partie du public qui a choisi de rester. Ce qui au final était une très bonne idée étant donnée l’intensité du set.

©Nicolas Joubard
On en arrive au concert de Fontaines D.C.. Le moment tant attendu par une écrasante majorité du public. À titre de comparaison, lorsque je suis rentré sur le site jeudi soir, il n’y avait strictement personne devant la grande scène. Ce samedi, à 18H30, il y a avait déjà une quarantaine de fans assis devant les barrières de la grande scène. Pour un show qui débutait plus de cinq heures plus tard. Il fallait donc se lever tôt pour voir le groupe de près. Et effectivement, la vue de la foule avait quelque chose de vertigineux (on reviendra sur la capacité d’accueil lors du bilan). Pour ceux qui étaient là en 2019 et 2022, il faut se faire une raison, Les Dublinois ne sont plus les mêmes. Depuis le premier concert de 45 minutes ultra instinctif, au second bien plus pro et qui augurait de la ligne que le groupe allait suivre, il faut maintenant se faire une raison. Les Fontaines D.C. sont devenus une énorme machine qui écrase tout sur son passage. Le son, les lumières, le spectacle. Rien n’est laissé au hasard, et rien ne semble pouvoir arrêter le groupe. La grosse différence avec certains groupes qui ont connu cette trajectoire et qui sont maintenant bien moins fréquentables, c’est que les Fontaines D.C. font encore de l’excellente musique, et qu’ils sont peut-être en train de définir le rock des prochaines années. Rien que cela. Je citerais d’ailleurs mon voisin de concert : « ce groupe est tellement Route du Rock, que je pense qu’il a été crée par la Route du Rock« . Le show était donc démentiel, puissant, jouissif, et j’en passe. Avec, en surprise du chef, un featuring avec Kurt Vile, pour un très beau clin d’œil. Le cinquième album du groupe vient d’être annoncé pour octobre, le rock est en marche.
Après une jolie chenille, c’est le groupe français Chest. qui conclut dans le fort. Un concert post-punk canonique, avec tout ce qu’il faut de grosses guitares et d’émotion (le chanteur aura a de nombreuses reprises fait part de son amour pour la Route du Rock) pour lever la foule qui a encore un peu d’énergie dans les jambes.

©TITOUAN MASSÉ
Bilan du weekend :
Côté météo, rien à redire. Le soleil aura répondu largement présent. Pour ce qui est des concerts, mes coups de cœur iront à Just Mustard, Gurriers, The Divine Comedy, Peaches, Mogwai, Baxter Dury et Fontaines D.C.. Comme je le disais en ouverture, on reste globalement sur des valeurs sûres. Une année pour les anciens en somme ! On ne doit pas cependant oublier de mettre en avant le renouveau de la scène rock en général, et celle d’Irlande (Eire et Irlande du Nord) en particulier. Encore beaucoup de nouveaux groupes étaient présents cette année, et on peut sentir que certains d’entre eux iront loin. Le public aussi semble se renouveler. Le samedi soir avec Fontaines D.C. aura d’ailleurs réussi un majestueux melting-pot entre ancien.ne.s routier.e.s et jeunes pousses.
Selon les chiffres annoncés par l’organisation, on est sur une très bonne fréquentation. Revers de la médaille, la circulation sur et hors du site a été relativement compliquée le samedi (complet). On sent que le Fort atteint ses limites lors des gros soirs, mais cette année, cela s’est encore plus fait sentir.
Un gros merci à tout l’échelle de l’organisation, qui a encore fait un super boulot. Et rendez-vous l’an prochain !