"> Ladyfest Festival - Diane Cluck & Laura J Martin @ La Loge - vendredi 26 octobre 2012 - Live Report - Indiepoprock

Ladyfest Festival – Diane Cluck & Laura J Martin @ La Loge – vendredi 26 octobre 2012


Je souhaite avant tout remercier Laurence Buisson, fan n°1 de Sharon Van Etten en France :) et conquise par la cause du Ladyfest comme je le suis, sans laquelle je n’aurais jamais assisté à cet adorable concert. Merci Laurence ! Le festival Ladyfest est auto-financé, et donc indépendant. Animé par huit jeunes militantes, il s’est révélé […]

Je souhaite avant tout remercier Laurence Buisson, fan n°1 de Sharon Van Etten en France :) et conquise par la cause du Ladyfest comme je le suis, sans laquelle je n’aurais jamais assisté à cet adorable concert. Merci Laurence !

Le festival Ladyfest est auto-financé, et donc indépendant. Animé par huit jeunes militantes, il s’est révélé une alternative très intéressante à la morosité du mois d’octobre, en s’adaptant parfaitement aux circonstances. Un concert en témoigne : celui de Diane Cluck, chanteuse américaine à l’image du festival : passionnée, humble, indépendante, brillante. Sharon Van Etten avait ouvert le Ladyfest et en demeure la tête d’affiche incontestée, apparaissant encore dans les conversations quatre semaines après être repartie pour New York. L’émotion fulgurante qui a parcouru l’échine des garçons et surtout des filles rassemblés nombreux au Café de la Danse ne pouvait être reproduite et les concerts suivants ont donc migré dans des espaces plus intimes, l’équipe du Ladyfest demeurant le noyau du public autour duquel gravitent quelques personnes déjà inconditionnelles de l’esprit du festival, à défaut d’en avoir toujours acheté le sac (8 petits euros) qui contribue pourtant largement à son financement. Nous sommes à la Loge, avec quelques soixante personnes venues voir Diane Cluck.

Si Sharon est revenue une fois de plus dans la discussion, c’est parce qu’elle s’était montrée très enthousiaste, lors de son dernier passage, en s’apercevant que Diane Cluck était également l’invitée du festival. Cette dernière nous a raconté qu’encore toute jeune, Sharon lui envoyait ses démos et lui demandait son avis sur ce qu’elle enregistrait, éprouvant une grande admiration pour elle. Diane Cluck apprécie maintenant avec fierté le parcours plein de promesses de sa jeune comparse.

Wear The Trousers Magazine a placé « Oh Vanilla » (2003) au 14ème rang de meilleur album de la décennie 2000-2010. Enregistré avec l’aide du musicien de jazz Todd Horton, cet album reste le véritable acte fondateur qui permit à Diane Cluck d’exporter, petit à petit, à  son échelle, sa musique, et lui a valu une admiration en progression constante de la part de gens du monde entier. Avant ça, elle les capturait souvent sur des cassettes, les manufacturait et les distribuait elle-même. Les enregistrements de cette époque sont en conséquence parsemés de bruits parasites.

Les oreilles aguerries de la presse  attentive n’ont pu que multiplier les commentaires élogieux après avoir entendu ce que ‘folk intuitif’, dans la bouche de Diane Cluck, voulait dire. Une voix extraordinairement riche, utilisée comme un instrument magique, et une volonté presque farouche d’explorer plus avant, d’un couplet à l’autre, les contours lumineux de ses poèmes obscurs et foisonnants ont renouvelé en moi la foi en ce genre folk parfois banalisé, ont inspiré de nouvelles idées sur ce que doit, ce qu’il peut être ; une musique profonde, une expérience totale et sans aucun cliché. L’influent Mojo Magazine plaçait en 2005 « Countless Times » en deuxième position de sa liste des meilleurs albums Underground de l’année. Undergound ? Malheureusement. Dans certains concerts qu’elle a joués en Europe avant de passer par Paris elle jouait pour moins de dix personnes. « Ce n’est pas grave, je reviendrai’, confie-t-elle. 

Mais elle n’a pas sorti d’album depuis longtemps, utilisant sur son site internet un système de souscription baptisé ‘song of the week’ pour vendre ses chansons. Une pratique discutable, puisque le coût de la conception des chansons – enregistrement, mixage, mastering, déplacement auprès des collaborateurs – est difficile à résorber et que l’absence d’album l’empêche d’attirer l’attention de la presse spécialisée.

Un EP de six titres a cependant été enregistré avant le début de la tournée européenne, de façon spontanée, et en compagnie de la violoncelliste Isabel Castellvi que l’on retrouvera le soir du concert. L’un des moments forts a été de les voir côte à côte chanter a cappella Petite Roses, un extrait de « Oh Vanilla ». Elles vous jettent un charme. Les deux vont naturellement interpréter les six chansons enregistrées ensemble, toujours aussi mystérieuses et abandonnées que le reste de l’oeuvre de Diane Cluck. Leur musique se complémente, s’entremêle. Castellvi sert d’oreille absolue à la chanteuse lorsqu’elle s’accorde, donnant son approbation à l’issue de la première note, avant de s’engager avec un visage rayonnant, dans une joute aussi enjouée qu’elle est intense, habitée d’une tristesse sublimée. Le niveau de liberté à l’œuvre est imbattable, c’est un sentiment impossible à étouffer, qui flotte autour de ces riches mélodies inspirées de musique classique, qui leur donne une beauté globale, un sentiment de transcendance qui vous gagne au fur et à mesure du concert, ainsi qu’un confort total. La magie à l’œuvre est ce qui sépare concert et albums. Ceux-ci sont considérés par Diane Cluck comme de simples ‘collections de chansons qui ne peuvent égaler la façon dont ces chansons prennent vie chaque soir, façonnées avec toute l’intuition et l’audace nécessaires. Easy To Be Around et ses diamants (« I was in a coal mine picking up diamonds/that the miners had left behind ») ou Phoenix and Doves constituent des sommets de la soirée. C’est de là que vient, jurerait t-on, un peu de la désespérance défiante des premiers Sharon Van Etten. On reste avec l’impression que Diane Cluck est en possession d’une collection de chansons au raffinement rarement égalé par ses pairs.

De son côté, Laura J. Martin a introduit la soirée en faisant surtout montre d’un grand talent à la flûte traversière et d’une énergie traversée d’éclats de mysticisme. Auteure d’un premier album charmant et versatile, elle laisse imaginer ce qu’auraient été les troubadours en marge de Woodstock s’ils avaient disposé de pédales de loop. Elle offre, souvent à mi-chanson, des moments de plénitude, d’intensité, à force de superposer et d’entrecroiser les parties instrumentales ou les brillantes utilisations de sa voix, qui n’est pas sans évoquer celle de Joanna Newsom.

Merci le Ladyfest, et à l’année prochaine !

Chroniqueur
  • Publication 351 vues10 novembre 2012
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Ladyfest Festival - Diane Cluck & Laura J Martin @ La Loge - vendredi 26 octobre 2012