"> Lemonheads @ La Maroquinerie - 26 avril 2012 - Live Report - Indiepoprock

Lemonheads @ La Maroquinerie – 26 avril 2012


On devrait être immunisés, depuis le temps, contre ces reformations tiroir-caisse, ces tournées souvenir qui pullulent, faisant les choux gras des festivals ravis de pouvoir attirer grâce à ces têtes d’affiches un large public de trentenaires au portefeuille plus fourni (et donc plus enclin à céder aux sirènes du merchandising) qu’il y a 20 ans, […]

On devrait être immunisés, depuis le temps, contre ces reformations tiroir-caisse, ces tournées souvenir qui pullulent, faisant les choux gras des festivals ravis de pouvoir attirer grâce à ces têtes d’affiches un large public de trentenaires au portefeuille plus fourni (et donc plus enclin à céder aux sirènes du merchandising) qu’il y a 20 ans, mais montrant également nos idoles d’antan sous un jour peu flatteur. Car en définitive, ces reformations, ces tours de piste ne sont rien de plus que des tournées « âge tendre et tête de bois » pour nous, les vieux en devenir, ces groupes ne sont plus là pour faire œuvre mais simplement pour relever les compteurs. Pixies, Richard Anthony, même combat !

On le sait, et puis… Et puis à chaque fois on se fait avoir ; il suffit de voir à l’affiche les Lemonheads annonçant une tournée autour de leur chef-d’œuvre « It’s A Shame About Ray » pour que des monceaux de souvenirs se manifestent en grandes bouffées douce-amères, pour que l’on se rappelle ce fichu bon vieux temps… Pour que l’on tente le coup, tout simplement.

De tiroir-caisse il n’y aura probablement pas ce soir ; si Pavement ou les Pixies jouent au Zénith, c’est à la Maroquinerie, face à un public dont la moyenne d’âge trahit sans équivoque, pour la carrière du groupe, un apogée depuis près de 20 ans dépassé, qu’une formation composée d’Evan Dando et de deux musiciens (un bassiste, un batteur) vient jouer ses chansons. Dando arrive sur scène seul avec une guitare folk en bandoulière. On a beau savoir que l’homme s’est peu épargné, la vision est édifiante : du flamboyant slacker punk à belle gueule qu’était Dando ne reste plus grand chose : une chevelure filasse et terne, un visage quelque peu empâté, des traits flous.

Evan Dando commence seul le concert, enchaînant très rapidement une série de morceaux en acoustique, sans laisser le temps au public d’applaudir, sans véritablement reprendre son souffle. Si le chanteur a vieilli physiquement, sa voix, elle, passe bien les années et conserve son timbre caractéristique. On a envie d’y croire, de se replonger dans l’univers des Lemonheads en ce début de concert mais l’interprétation, l’attitude de Dando ne nous le permettent pas : les morceaux s’enchaînent trop rapidement, sans pause, sans respiration, sans âme. Le malaise s’installe assez vite et on attend alors un second départ pour ce spectacle mal entamé. Après une dizaine de minutes, guitariste et batteur entrent enfin en scène et la visite guidée d' »It’s A Shame About Ray » commence. Les morceaux s’enchaînent dans l’ordre exact de l’album, en commençant par l’entraînant Rockin Stroll. L’énergie est là et l’on aimerait croire que Dando avait simplement besoin d’un peu de soutien mais là encore, la réalité contredira nos vœux. Tout reste mécanique, sans âme. Oh, bien sûr, les morceaux sont exécutés (c’est le terme qui convient) de façon très propre, le groupe est en place, le bassiste et le batteur font le travail. Fermerait-on les yeux que l’on s’y croirait… mais ces sons finalement agréables contrastent fortement avec la réalité sur scène, avec le malaise visible de Dando, planté sur scène comme s’il était attaché à un poteau, attendant que le peloton d’exécution lui règle son compte, les yeux rivés vers le plafond. Pénible spectacle en vérité que cet homme qui prend aussi visiblement peu de plaisir à jouer devant un public pourtant acquis à sa cause, dont la présence sur scène n’est en vérité qu’une pathétique béance.

Au terme d’un morceau, Dando se fend d’un ultime « thanks » et quitte brusquement la scène, sous les regards ébahis de ses musiciens qui s’attendaient visiblement à enchaîner sur les morceaux suivants d’une playlist qu’on imagine plus fournie. Les lumières se rallument, il n’y aura pas de rappel. A nous alors de décider, entre la pitié pour un homme visiblement en bien piètre état et le dégoût d’avoir payé pour un spectacle aussi piteux, quel sentiment doit l’emporter. En tout cas, une chose est sûre ce soir : la nostalgie, c’est vraiment de la merde.

Chroniqueur
  • Publication 230 vues1 mai 2012
  • Tags Lemonheads
  • Partagez cet article