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Le 13 mai dernier, La Carène accueillait Miossec pour un concert à haut pouvoir émotionnel, devant un public baignant dans une ferveur aussi douce que profonde. Mais, avant que l’artiste brestois n’habite la scène, Brieg Guerveno l’a emplie de sa musique entre les mondes et les temps. La langue bretonne, au cœur de son répertoire, est transcendée, positionnée au centre d’une modernité éclatante. Seul sur scène, Les Paul et guitare acoustique pour instruments, il déroule des chansons à la beauté surréelle, ancrées dans une poésie profonde et un rock indépendant.

Si, sur son dernier album, le musicien déroule des compositions richement serties d’arrangements, il en livre à la Carène une vision minimaliste, mais tout aussi renversante. Sa voix céleste, dont l’intensité rappelle celle de Nick Drake, entraîne dans un univers ambivalent. D’une profonde tristesse, d’une énergie folle. Traversée par les ombres d’une mélancolie intense, la sauvagerie contenue d’un brillant jeu de guitare.

Brieg Guerveno, sur le fil d’un néo folk magnifique, laisse alors à la légendaire poète bretonne Anjela Duval, une place. La lecture d’un texte bouleversant de cette autrice à redécouvrir absolument est venue renforcer la charge sensible d’un concert en apesanteur.

Dans la continuité de ce moment suspendu, entre grâce et électricité, Miossec s’est immédiatement imposé. Ouvrant sur un « On vient à peine de commencer » plus rock abrasif que pop, il donne, accompagné de deux musiciens, toute la mesure de ce qui suivra. La voix du Brestois, presque animale souvent, révèle toute la tendre bestialité de chansons transfigurées. Portées par un trio particulièrement affuté, elles éclairent l’ambiguïté d’un répertoire qui a toujours oscillé entre romantisme cramé et tension.

Évoluant d’un format pop à son explosion sonique, les titres – qui surplombent plusieurs albums – sont étirés jusqu’à leur point de rupture, offrant un autre visage, une autre puissance. Quelque chose d’enivrant, qui soulève littéralement des morceaux devenus cultes, bande-son de nos existences. Miossec les projette avec une aura renouvelée, une présence scénique impressionnante de sobriété et de charisme discret.

Il chante comme un Tom Waits lavé de sa caricature ; concentré et habité. Presque hanté parfois par le déluge sonore, électrorock à plein régime, qui se déverse majestueusement et rageusement. Pour un concert d’anthologie qui s’inscrit dans une renaissance artistique aux allures de miracle.

Crédit Photographies : © Mona PREMEL
Crédit photo : Mona PREMEL