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Après une première soirée annulée pour cause de grèves généralisées, le Festival MO’FO’ 2009 démarre pour de bon ce vendredi 30 janvier. Au programme : musique, débats et rencontres, dans une ambiance "Do It Yourself" des plus sympathiques…
En marge des deux scènes destinées à accueillir les concerts du Festival, Mains d’Oeuvres a mis en place, dans son grand gymnase réaménagé pour l’occasion, un lieu de rencontres (Mo’Forum). Une partie de la salle accueille plusieurs exposants (labels, fanzines…) tandis qu’un espace est dédié à l’organisation de débats touchant à divers thèmes cruciaux dans le paysage musical actuel.
C’est à Indiepoprock.net qu’échoit l’honneur d’ouvrir les débats, avec une séance dédiée aux Stratégies de Communication via le Web. Le sujet est traité par Chryde (La Blogothèque), Benoît Rousseau (Point Ephémère) et Oan Kim (du groupe Film Noir). L’analyse du cas MySpace est éclairante, puisque l’on sent, dans le discours des différents intervenants, une relation d’amour / haine avec un outil peu pratique d’utilisation, et vendu à la solde du grand capital, mais qui se révèle aussi un passage indispensable, pour les groupes comme pour les journalistes. Les outils de réseaux sociaux sont, de fait, un des principaux vecteurs de communication, tant pour les salles de concerts que pou les groupes. Leur avantage, en plus de permettre une communication rapide auprès d’un grand nombre de destinataires, est de permettre facilement de transmettre une information ciblée (en partant du principe qu’un ami sur MySpace ou Facebook est a priori intéressé par les informations que vous transmettez). Bien entendu, la course effrénée au plus grand nombre d’amis possibles conduit à une dilution de l’information assez nuisible : au final, difficile de faire le tri dans les innombrables sollicitations reçues chaque jour… Et une sollicitation par le biais d’un mail soigné, si possible légèrement personnalisé, reste la meilleure solution pour des artistes ou des groupes cherchant à trouver un écho favorable auprès de certains média.
Le temps de rhabiller pour l’hiver Grégoire de MyMajorCompany.com, pour détendre l’atmosphère, et on laisse la place à une seconde séance abordant l’épineuse problématique du téléchargement (et faisant intervenir Rémi Bouton, Gildas Lefeuvre, ainsi que Guillaume, membre de My Girlfriend Is Better Than Yours, et Robin Leduc). En fait, la discussion se déplacera rapidement vers l’étude du rôle des maisons de disque dans l’industrie musicale aujourd’hui. Si, par le passé, le rôle des labels était celui de la prise de risque (investissement sur un artiste), on observe de plus en plus un recentrage vers des activités (et des artistes) rentables. La prise de risque, est, dès lors, endossée par les artistes, lorsque ceux-ci peuvent se le permettre… Dommage car, paradoxalement, l’enregistrement et le pressage d’un disque n’ont jamais été aussi peu onéreux. Quant à l’évolution de la consommation de la musique, on entend souvent parler, en contrepoids des baisses massives de ventes de CD, d’une augmentation de la fréquentation des concerts. En fait, si le chiffre d’affaires global du live est effectivement en hausse, il s’agit surtout d’un effet secondaire de la hausse effrénée des prix des billets, plutôt que d’une croissance du public…
Dommage que la question de la qualité sonore n’ait été que trop rapidement abordée : si les formats dits lossless, effectuant une compression des morceaux sans perte de qualité du signal (à la différence des formats classiques MP3 et AAC) sont effectivement en plein essor, il aurait été intéressant de voir aussi comment nos habitudes quotidiennes d’écoute (baladeur, enceintes d’ordinateur), nous habituent progressivement à des conditions d’écoute dégradées qui disqualifient parfois des disques dont la production n’a pas été pensée pour s’adapter à une écoute tout-terrain…
Quelques heures plus tard, les concerts commencent. En ouverture de cette première soirée du festival, un peu de mélancolie. Les chansons de Pokett sont tristes (très), dépouillées, et souvent très belles. Le public, encore clairsemé, ne s’y trompe pas, et applaudit chaleureusement l’artiste qui, seul sur scène, monte lui-même ses accompagnements en direct à l’aide d’une guitare et d’un sampler (un dispositif assez classique à présent, mais qui fait toujours son petit effet). Les morceaux prennent leur envol progressivement et captent notre attention sans discontinuer : une découverte.
Public encore plus clairsemé pour la curiosité de la soirée : The Nightcrawler. Etrange artiste que ce petit bonhomme débarquant sur scène coiffé d’une improbable casquette doublée de fourrure. Là encore, c’est seul avec sa guitare que ce Nightcrawler interprète ses chansons : voix nasillarde de crooner sous Helium, recours quasiment systématique aux bruits de guitare (claquements de corde, ou, plus surprenants, crissements du frottement d’un doigt mouillé sur le bois de la caisse de l’instrument) pour ponctuer ses paroles. Entre dépression et humour, la musique du Nightcrawler déconcerte, dérange parfois, séduit souvent sans totalement convaincre. On retiendra finalement surtout ce refrain qui résume bien le concert : I’m the man who’s only got one friend on MySpace… His nam’s Tom (je suis celui qui n’a qu’un seul ami sur MySpace, et il s’appelle Tom).
Formé sur les cendres de Cyann & Ben, Yeti Lane propose une mixture pop-rock énergique, souvent plus élaborée qu’il n’y paraît au premier abord. Les chansons reposent souvent sur des structures complexes, mais l’ensemble reste d’une remarquable lisibilité grâce à un talent mélodique irréprochable. Qui plus est, le groupe peut s’appuyer sur un batteur exceptionnel, qui parvient à dynamiser toute la rythmique, tout en gardant une grande subtilité. Après une première partie de concert vraiment soufflante, le show ronronne quelque peu en fin de parcours, avec des morceaux plus convenus. L’ensemble reste néanmoins de très bonne tenue !
Dommage pour Robin Leduc et ses Pacemakers : si leur rock sympathique et enjoué semble séduire le public (à juste titre, car s’ils ne révolutionnent rien, ces musiciens ont au moins le mérite d’interpréter avec une fraîcheur revigorante des morceaux bien fichus), la salle va pourtant se déserter brusquement au milieu de leur concert. Ce n’est pas de leur faute : simplement, dans la salle d’à côté, les Zombies viennent de monter sur scène.
Enfin, démarre le concert que tout le monde attend : pour la première fois depuis plus de quarante ans, les Zombies, groupe mythique des années 60, et auteurs d’un album ("Odyssey and Oracle") que beaucoup considèrent comme l’égal de "Sgt Pepper’s" ou "Pet Sounds" aux plus hautes marches du panthéon de la pop sixties, reviennent jouer en France. Le chanteur, Colin Blunstone, a le cheveu long (et visiblement teint), le claviériste et compositeur Rod Argent arbore une belle permanente eighties. Le concert démarre, et l’enthousiasme du public est incroyable. Tout au long du concert, le groupe croulera sous les acclamations des fans de tous âge. Pour notre part, en dehors de l’événement, et de la tension palpable qu’il a provoqué dans l’audience tout au long de la soirée, on estimera, poliment, que la performance, d’un strict point de vue musical, s’est avérée médiocre. Si Blunstone a encore une voix splendide, l’interprétation du groupe, dans un registre rock-prog FM très bourrin, casse beaucoup l’ambiance. Quand on incarne le summum de la sophistication et de la finesse de la pop, recruter un guitariste qui se croit obligé de dégainer des soli ineptes à tout va, en prenant des poses de rockstar ridicules, ça fait tâche. Et pour tout dire, même Argent se laisse aller à quelques divagations soporifiques sur son clavier. Alors certes, parfois, la grâce reprend ses droits, mais hélas, sur l’ensemble du concert, ces quelques éclairs sont bien trop clairsemés… Le concert ne survit pas réellement aux attentes qu’il a générées ; on retiendra cependant d’autres bons souvenirs de cette première journée.