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Le retour aux affaires de My Bloody Valentine aura marqué l’année rock 2008, mais cette annonce a déclenché autant d’interrogations que d’enthousiasme. En l’absence d’un nouvel album, que doit-on attendre, quinze ans après, d’un tel groupe ? C’est sur la scène du Zénith ce 9 juillet que l’on a pu obtenir une réponse à cette lancinante interrogation et mettre fin à ce suspense insoutenable.
La fosse est pleine à craquer, la chaleur y est accablante, mais les tentures qui drapent une grande partie des gradins latéraux révèlent clairement que le Zénith est bien loin de faire salle comble… Mais après tout, My Bloody Valentine n’a jamais rencontré un succès énorme auprès du grand public : que plusieurs milliers de fans se rassemblent dans la grande salle de la Villette est donc en soi révélateur du culte voué au quatuor.
Après une première partie très calme et plutôt sympathique assurée par Le Volume Courbe (photos 1 à 4), les Ecossais entrent en scène ; en un coup d’œil, on juge l’effet que ces quinze années ont eu sur les musiciens, Kevin Shields en tête. Le génie de My Bloody Valentine (photos de 5 à 10) est hirsute, mal fagoté et gras, bref un peu comme avant, mais en plus gras : voilà qui ne nous rajeunit pas, même si Bilinda Butcher semble, de loin, avoir gardé son charme étrange.
My Bloody Valentine ouvre la boîte à souvenirs avec I Only Said, et l’on se sent presque hébété, rien que d’y être. Pas besoin de se pincer pour y croire, le volume sonore, forcément délirant, nous cloue au sol. Le mixage des instruments est plutôt acceptable, moins brouillon que ce que l’on en était venu à craindre. Mais quant aux voix, c’est simple : si, au cours du concert, on parviendra à distinguer ça et là quelques lignes du côté de Bilinda Butcher, on n’entend absolument pas Kevin Shields… et ce n’est bien sûr pas sa loquacité entre les morceaux qui nous permettra de nous assurer que son micro fonctionne bien. On ne l’entendra brièvement que pour s’excuser du son, pas aussi puissant qu’il l’aurait souhaité (pardon ?), et pour récriminer contre la technique.
Pas ou peu de surprises, My Bloody Valentine parcourt l’essentiel de ses albums et aligne les classiques : Only Shallow, Soon, When You Wake (You’re Still In A Dream)… Il ne manquera pas grand-chose à l’appel, et l’on passe donc par quelques très beaux moments de rêverie nostalgique, les yeux perdus dans les vidéos psychédéliques (parfois très proches d’un bête économiseur d’écran iTunes) que le groupe projette sur le grand écran tendu au fond de la scène.
Le classique chaos sonore achevant You Made Me Realise tourne court (si l’on peut dire) : à plusieurs reprises, les enceintes du Zénith se taisent, et le seul son que l’on entend provient des retours placés sur scène. Devant un tel volume sonore, le groupe est forcé de s’interrompre, et devise avec les techniciens, sans quitter la scène. Le bruit blanc reprend après quelques minutes de flottement, mais de nouveau des problèmes de son viennent couper les Ecossais dans leur élan. Shields et les siens terminent rapidement le morceau, et quittent la scène, visiblement excédés.
Sonné et hébété, on sort de ce concert maintes fois fantasmé avec une impression mitigée : ce fut indéniablement un bon concert, mais si l’on a vécu un grand moment de nostalgie, a-t-on pour autant vécu un grand moment de musique ? En tout cas une chose est sûre : la journée du lendemain sera un grand moment de surdité…
Crédit photos : Antoine Legond